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La Chine dévalue sa monnaie, pénalisant les marchés européens et américains

Boursorama11/08/2015 à 18:11

Les valeurs de l'automobile et du luxe pâtissent de la dévaluation monétaire chinoise décidée lundi soir.

Lundi soir, la Chine a dévalué de 2% le yuan (ou renminbi) par rapport au dollar. Le but : relancer l’économie chinoise en essayant notamment de doper les exportations, tout en retrouvant davantage de compétitivité dans l’industrie. Les places européennes et américaines ont mal digéré la nouvelle.

Plus un jour ne passe sans que l’économie chinoise fasse parler d’elle. Pour pallier au ralentissement de l’activité industrielle dans le pays et à la baisse des exportations, la banque centrale chinoise a décidé lundi soir de dévaluer de 2% le yuan par rapport au dollar.

Pour rappel, depuis 2005, la parité yuan-dollar n’est plus fixe, mais le yuan reste indexé sur un panier de grandes monnaies parmi lesquelles le dollar garde un poids prépondérant.

Réponse face aux doutes sur la croissance

« La Chine a dévalué le yuan mardi après une série d'indicateurs macroéconomiques décevants », explique Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC, dans une note de marché parue en matinée. « La Banque de Chine a annoncé qu'elle fixait le point médian de la bande de fluctuation quotidienne autorisée du yuan à 6,2298 pour un dollar, contre 6,1162 lundi. Selon la banque centrale, il s'agit d'une dépréciation exceptionnelle de 2% ».

Le courtier XTB remarque pour sa part que « si la réaction semble exceptionnelle de la part de l’exécutif chinois, elle se justifie en grande partie par le violent recul de 8,3% des exportations nationales enregistrées le mois dernier ».

Christian Parisot d’Aurel BGC explique : « cette dévaluation reste limitée, mais elle confirme plusieurs éléments : la situation économique du pays est grave et l'objectif de croissance de 7% est loin d'être atteint. Cette réaction de la PBoC [banque centrale chinoise] pourrait renforcer les discours les plus négatifs sur l'économie chinoise. La Chine a aussi un problème de compétitivité et de positionnement dans le commerce international. Les politiques de montée en gamme de l'industrie sont, pour le moment, un échec. Cette annonce pourrait donc peser sur la valorisation des entreprises américaines qui dépendent du marché chinois ».

Malgré le récent ralentissement de l’activité industrielle chinoise, le crédit bancaire continue d’être en plein boom dans le pays selon les statistiques publiées par la banque centrale chinoise. « Les prêts des banques sont en croissance de 15,5% contre 13,6% attendu. Les nouveaux crédits représentent 1.480 Mds de yuan contre 738 Mds attendu », relève ainsi Christian Parisot. L’expansion du crédit, qui devrait être une bonne nouvelle, reste observée avec prudence alors que l’économie chinoise est déjà réputée pour être très « leveragée » (financée par de la dette), ce qui peut être une faiblesse en cas de retournement de la conjoncture.

Les marchés occidentaux pâtissent de la nouvelle

Le chef économiste d’Aurel BGC note également que mardi, « la plupart des bourses d'Asie ont peu réagi à cette annonce de la PBoC ». La bourse de Tokyo a terminé en baisse de 0,42%, et celle de Shanghai en baisse de 0,01%, stable après de nombreuses séances de montagnes russes.

Néanmoins, du côté des marchés européens, les indices ont terminé nettement dans le rouge, notamment le CAC40 français (-1,86% à la clôture), ou encore le Dax allemand (-2,68%). Les indices européens ont notamment été tirés à la baisse par les valeurs les plus exposées au marché chinois, notamment celles des secteurs de l’automobile et du luxe. En France, LVMH a terminé la séance à la dernière place du CAC40 avec une baisse de 5,42%. Du côté des valeurs liées au secteur automobile, l’équipementier Valeo a perdu 4,92%, tandis que Peugeot et Renault se sont respectivement contractées de 3,65% et 3,79%.

La dévaluation de la monnaie chinoise pénalise dans une certaine mesure ces entreprises, alors que les bénéfices réalisés en yuans sur le territoire chinois représenteront des montants sensiblement plus faibles dans les comptes annuels réalisés en euros ou en dollars. Surtout, la dévaluation monétaire chinoise est perçue comme une confirmation du ralentissement économique qui concerne le pays, et donc les entreprises qui y sont exposées.

« Guerre des monnaies »

Pour le courtier XTB, « la guerre des monnaies s’accentue » suite à cette décision. On parle de « guerre des monnaies » lorsque plusieurs Etats ou zones monétaires cherchent simultanément à dévaluer leur devise pour bénéficier de gains de compétitivité économique et pour exporter plus facilement leurs produits qui, libellés dans une devise moins "forte", deviennent ainsi moins chers pour les acheterus étrangers. Le plan de « quantitative easing » actuellement à l’œuvre en Europe s’inscrit dans cette même logique pour relancer l’économie européenne.

Tel n'est pas pour autant l'avis de Craig Botham, économiste marchés émergents chez Schroders. Celui-ci rappelait dans une note de mi-séance que la dévaluation de la monnaie chinoise décidée lundi reste extrêmement faible, et ne devrait pas être considérée comme une véritable tentative de relance de l'économie chinoise. "La dépréciation, moins de 2% [par rapport au dollar], signifie que le yuan est revenu à son niveau d'il y a 10 jours. Ce n'est pas le genre de changement qui peut provoquer un boom des exportations chinoises".

Si l'on s'en tient à cette approche purement fondamentale, les investisseurs auraient surréagi négativement ce mardi par rapport à l'annonce de la dépréciation. Néanmoins, ce serait oublier la psychologie très particulière des investisseurs, qui en l'occurence semblent avoir interprété comme un nouveau signal négatif le fait que la Chine en arrive à intervenir sur le taux de change de sa monnaie nationale, alors que l'évolution de son économie à moyen terme laisse un certain nombre de doutes.

Lire aussi : Le pétrole poursuit sa chute rapide

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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