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L'histoire du financement des États-Unis, à travers six crises
information fournie par Reuters 02/09/2026 à 11:39
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par Karen Brettell

Les inquiétudes concernant les perspectives budgétaires des États-Unis ne cessent de croître, avec des rendements des bons du Trésor à long terme à leur plus haut niveau depuis 2007 et une dette publique qui a dépassé les 40.000 milliards de dollars (34.550 milliards d'euros environ).

Ce n'est pas la première fois que Washington est confronté à un défi financier de taille. Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, affirme que les États-Unis peuvent sortir de la dette grâce à la croissance. Mais l'histoire montre que lorsque le Trésor ne peut plus compter sur la combinaison habituelle d'investisseurs, d'instruments et de conditions de marché, il a su créer de nouvelles méthodes pour lever des fonds.

Voici six défis financiers auxquels Washington a dû faire face et la manière dont il les a surmontés.

CRÉER DE NOUVEAUX ACHETEURS

La guerre de Sécession a contraint Washington à emprunter à une échelle sans précédent. La dette fédérale est passée d'environ 65 millions de dollars en 1860 à près de 2,7 milliards de dollars en 1865, doublant approximativement chaque année sur cette période. À titre de comparaison, la dette publique américaine a progressé à un taux annuel moyen de 6,6% depuis 1946, selon Morgan Stanley.

Pour absorber ces nouvelles émissions, Washington avait édicté des règles créant une nouvelle catégorie d'acheteurs. Les lois sur les banques nationales (National Banking Acts) exigeaient ainsi que les banques agréées par le gouvernement fédéral garantissent leur monnaie par des obligations américaines.

L'homme d'affaires Jay Cooke a lui aussi trouvé des acheteurs, vendant des titres de dette à l'échelle nationale par l'intermédiaire de banques, de sous-agents, de publicités et d'appels à l'esprit patriotique. Les "cinq-vingt" à 6% de Jay Cooke étaient remboursables par anticipation au bout de cinq ans et arrivaient à échéance au bout de vingt ans, avec des intérêts payés en or ; ses billets "7-30" à trois ans rapportaient 7,30%, soit un rendement de 3,65 dollars par an, et étaient commercialisés comme un centime par jour pour un investissement de 50 dollars. Ces campagnes ont contribué à transformer la dette fédérale en un produit de grande consommation.

L'APPEL À WALL STREET

En février 1895, la récession, les exportations d'or et les craintes d'un remplacement de l'or par l'argent avaient réduit la réserve d'or du Trésor à 41,3 millions de dollars, bien en deçà de son seuil, alors considéré comme vital, de 100 millions de dollars. Les ventes publiques d'obligations n'avaient apporté qu'un soulagement temporaire.

En l'absence de banque centrale, le président Grover Cleveland fit appel à deux financiers privés, J.P. Morgan et August Belmont Jr., pour diriger un consortium qui accepta de fournir plus de 65 millions de dollars en or, provenant en grande partie d’Europe, et d'aider à mettre un terme aux nouveaux retraits. En contrepartie, le consortium reçut environ 62 millions de dollars en obligations d'État à 30 ans et à 4%.

Cet accord a stabilisé les réserves, mais a fait de Morgan et Belmont les symboles de l’emprise de Wall Street sur la politique publique, attisant ainsi une révolte populiste qui grondait déjà.

MOBILISER LES ÉPARGNANTS, FIXER LES TAUX DE RENDEMENT

Le financement de la Deuxième Guerre mondiale a exigé à la fois des emprunts à faible coût et une modération des dépenses civiles pour endiguer l’inflation. Washington s'est donc tourné vers les obligations de guerre. Grâce à des plans de prélèvement volontaire sur salaire, environ 27 millions d'Américains en achetèrent régulièrement dès juin 1943. À la fin de la guerre, les obligations de guerre avaient financé environ la moitié de la dette de guerre.

La Fed a renforcé ce système en subordonnant la politique monétaire au financement du Trésor. À partir d’avril 1942, elle a ancré les taux des bons du Trésor à 0,375% et a, de fait, plafonné les rendements des titres du Trésor à long terme à 2,5% par le biais d'achats sur le marché libre. Cela a permis de maintenir les coûts d’emprunt de l'État à un niveau bas, mais a accru les pressions inflationnistes.

Une fois les contrôles de guerre levés, les pressions sur les prix qu'ils avaient contenues se sont déchaînées, alimentant une forte inflation d'après-guerre qui a rendu le ancrage impossible à maintenir. Celui-ci a finalement cédé la place avec l'accord entre le Trésor et la Fed de mars 1951.

LE "TWIST"

Au début des années 1960, les créances étrangères en dollars dépassaient les réserves d'or des États-Unis, menaçant la confiance dans la convertibilité du dollar en or. Washington souhaitait endiguer les sorties de capitaux sans étouffer la croissance intérieure.

L'opération Twist visait ces deux objectifs : la Fed vendait des bons du Trésor à court terme et achetait des bons du Trésor à long terme, faisant ainsi monter les taux courts pour soutenir le dollar tout en maintenant les taux longs à un niveau bas afin de favoriser l'investissement. Le Trésor a renforcé cette stratégie avec des "obligations Roosa" - du nom de sécrétaire au Trésor de l'époque Robert Roosa - libellées en devises étrangères, vendues aux banques centrales étrangères et protégées contre la dévaluation du dollar.

L'opération Twist a été relancée entre 2011 et 2012 afin de contribuer à la reprise économique après la crise financière de 2007 à 2009.

LAISSER LE MARCHÉ FIXER LE PRIX

Jusqu'au début des années 1970, le Trésor vendait des bons et des obligations selon des conditions qu’il fixait à l’avance. Mais la hausse de l'inflation et la volatilité des taux d'intérêt à la fin des années 1960 ont rendu ce système de prix fixes risqué, exposant le Trésor au risque de surpayer les investisseurs ou de passer à côté de la demande du marché.

Afin de laisser le marché fixer le prix, le Trésor a commencé à mettre aux enchères des titres de dette à coupon en 1970, en fixant initialement le coupon tandis que les investisseurs enchérissaient sur le prix.

À la mi-1973, les enchères avaient remplacé les anciennes méthodes à prix fixe pour les bons du Trésor et les obligations. En 1974, le Trésor a introduit des enchères basées sur le rendement pour certains titres à coupon, permettant ainsi aux résultats des enchères de déterminer à la fois le prix et le taux du coupon.

Cette réforme a transféré la détermination des prix aux investisseurs, jetant ainsi les bases du marché des titres du Trésor tel que nous le connaissons aujourd'hui.

DÉFENDRE LE DOLLAR

Lorsque le dollar a subi de nouvelles pressions en 1978, l'administration du président Jimmy Carter a mis en place une défense exceptionnellement vigoureuse, comprenant notamment la vente de dette publique américaine libellée en devises étrangères.

Le 1er novembre 1978, Jimmy Carter a dévoilé un programme de soutien coordonné avec l’Allemagne de l’Ouest, le Japon et la Suisse, réunissant l’équivalent de jusqu’à 30 milliards de dollars de ressources en devises étrangères à des fins d’intervention.

Ce dispositif comprenait l’élargissement des lignes de swap, un prélèvement sur la tranche de réserve américaine auprès du FMI, la vente de droits de tirage spéciaux et des emprunts en devises étrangères. Au coeur de cette initiative se trouvaient les "obligations Carter", libellées en marks allemands et en francs suisses et vendues sur les marchés allemands et suisses, qui ont permis de lever des liquidités en devises pouvant servir à acheter des dollars afin de soutenir la devise américaine.

(Reportage de Karen Brettell, Version française Matthieu Huchet, édité par Benoit Van Overstraeten)

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