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L'âge de la retraite peut-il avoir une influence sur les marchés financiers ?
information fournie par Le Cercle des économistes 27/10/2025 à 08:37

Le Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris. (Crédits: L. Grassin)

Le Palais Brongniart, ancien siège de la Bourse de Paris. (Crédits: L. Grassin)

Depuis la mi-septembre, les agences de notation se relaient pour souligner l'incapacité de la France à respecter ses engagements de redressement de ses finances publiques. Fitch et S&P ont dégradé la note française, et Moody's a annoncé maintenir la note de la France tout en la plaçant sous perspective négative, ce qui n'est pas une bonne nouvelle.

La France est en sursis, et sans redressement de ses comptes publics, elle verra sa note abaissée. Quelles raisons ont motivé ces décisions ?

Instabilité politique durable et incertitudes budgétaires

Fitch a abaissé la note souveraine de la France à A+, sanctionnant le pays pour son instabilité politique persistante et les incertitudes budgétaires qui contrarient l'assainissement de ses comptes publics très dégradés.

Ce sont les mêmes raisons évoquées par S&P dans son annonce surprise : une instabilité politique qui génère de l'incertitude sur sa capacité à remplir ses engagements de réduction du déficit public, avec un déficit plus élevé que prévu, et une instabilité politique qui se poursuivra jusqu'en 2027. Selon Moody's, l'instabilité politique du pays «risque de limiter la capacité du gouvernement à répondre aux défis clés que sont le déficit budgétaire élevé, la hausse du poids de la dette, l'augmentation durable des coûts des emprunts».

Le risque «retraite»

Pour justifier sa perspective négative, Moody's parle de «risques croissants d'un affaiblissement des institutions et de la gouvernance en France». Et la suspension de la réforme des retraites de 2023 est présentée comme une illustration de cette instabilité. Pourtant, cette annonce a eu l'air de rassurer les marchés financiers qui ont réagi positivement avec une baisse des taux souverains ! S&P et Moody's relient explicitement leur décision à la suspension de la réforme des retraites, soit la suspension de l'augmentation de l'âge légal minimum de départ.

L'absence de majorité à l'Assemblée nationale conduit à des compromis politiques et à l'abandon de réformes structurelles importantes pour la croissance et le redressement des comptes publics. Surtout, les arguments avancés détruisent tout le narratif construit pour justifier la réforme, à savoir la nécessité de s'adapter au vieillissement démographique qui accroît le ratio de dépendance, et donc la nécessité de réduire le déficit du régime des retraites.

On nous explique que finalement la suspension ne sera que peu coûteuse, obérant tout crédibilité de la parole économique et politique. Si c'est vrai la première année, ce coût sera conséquent les années suivantes. En outre, toute discussion sur une amélioration potentielle de cette réforme est renvoyée aux calendes grecques. Quant au message de Moody's, il est clair : la note de la France sera dégradée si cette dernière se montrait incapable d'enrayer la détérioration de ses finances publiques, et donc de résoudre le blocage politique qui obère les perspectives de redressement.

Quelle réaction des marchés financiers ?

Les conséquences sur les marchés financiers ont été quasi nulles. D'ailleurs, après la dégradation surprise par S&P, les taux d'intérêt n'ont pas bougé. En revanche, ils ont augmenté après la démission de Sébastien Lecornu. En réalité, les marchés avaient réagi dès la dissolution de juin 2024, et l'écart entre les taux français et les taux allemands est passé de 0,5% avant la dissolution à 0,8%. Si à ce jour la France n'a pas de problème pour se financer, le coût du financement augmente.

En conclusion, c'est bien l'instabilité politique du pays qui influence les marchés financiers. En l'absence de majorité au Parlement, l'âge de la retraite devient alors la variable d'ajustement pour obtenir un compromis et faire voter le budget. Une telle instabilité a pour conséquence d'empêcher toute trajectoire claire de mesures pouvant assainir les finances publiques, et notamment les réformes structurelles telles que la réforme des retraites ou celle du système de formation initiale indispensable à une montée en compétences de la population.

Nathalie Chusseau
Professeure à l'Université de Lille
Membre du conseil scientifique de l'Etablissement public d'insertion de la Défense
Invitée par le Cercle des économistes

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