Kevin Warsh prononcera vendredi son premier discours à Jackson Hole en tant que président de la Réserve fédérale, avec pour principal enjeu non pas de préannoncer la prochaine décision du FOMC, mais de préciser sa fonction de réaction, autrement dit la manière dont l'évolution de l'inflation, de l'activité et de l'emploi se traduit concrètement dans les décisions monétaires.
Selon l'enquête spéciale de CNBC, 80% des 31 économistes, stratégistes et investisseurs interrogés souhaitent que Warsh détaille davantage sa lecture de l'économie, même si les répondants sont partagés à parts égales sur l'opportunité de commenter directement la trajectoire des taux et que 45% anticipent qu'il ne fournira aucune indication à ce sujet.
Cette demande de clarification s'explique par la rupture opérée depuis son arrivée à la tête de la Fed en mai. Contrairement à ses prédécesseurs, qui utilisaient abondamment la "forward guidance" pour orienter les conditions financières, Warsh souhaite réduire les indications prospectives afin de laisser les marchés former plus librement leurs anticipations. Ce rejet de la forward guidance ne dispense toutefois pas la Fed d'expliquer les variables qu'elle privilégie , la manière dont elle arbitre entre inflation et emploi, ainsi que les évolutions susceptibles de justifier une modification des taux.
Jusqu'à présent, le président de la Fed s'est essentiellement contenté d'indiquer qu'une hausse de "l'inflation sous-jacente" rendrait un banquier central davantage enclin à resserrer sa politique, une formulation difficilement exploitable puisque cette notion ne repose pas sur un indicateur précis. Les opérateurs attendent donc qu'il rattache plus clairement ses décisions à une donnée publique, comme le PCE, et qu'il précise les seuils susceptibles de modifier l'orientation de sa politique afin de rendre sa réaction plus prévisible.
Cette clarification apparaît d'autant plus nécessaire que l'inflation PCE atteignait encore 3,7% en juillet et que trois responsables avaient voté en faveur d'une hausse de 25 points de base lors de la dernière réunion. Warsh devra notamment expliquer dans quelle mesure la Fed peut tolérer les effets potentiellement temporaires du pétrole et des droits de douane, ou si la croissance toujours rapide de la demande justifie un resserrement.
Un discours vague pourrait entretenir la prime de terme et la pentification de la courbe, tandis qu'un engagement plus ferme envers l'objectif de 2% pourrait rassurer les investisseurs sur les maturités longues. L'attention se portera donc principalement sur les indicateurs retenus par Warsh, l'horizon envisagé pour ramener l'inflation vers sa cible et la séparation qu'il établira entre la politique monétaire de la Fed et la gestion active de la dette par le Trésor.
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