par Parisa Hafezi, John Irish et Francois Murphy
Les Etats-Unis et l'Iran n'ont plus pour ambition première de conclure un accord de paix global mais cherchent désormais à s'entendre sur un protocole d'accord permettant d'empêcher une reprise de la guerre, ont dit deux sources iraniennes à Reuters.
Cette évolution des objectifs fait suite à l'échec des discussions organisées au cours du week-end à Islamabad, où les profonds désaccords sur le programme nucléaire de l'Iran - notamment l'avenir de son stock d'uranium enrichi et la durée de la suspension de ses travaux dans ce domaine - ont entravé la recherche d'un compromis.
Un responsable iranien de haut rang a déclaré que les deux pays avaient commencé à combler une partie de leurs divergences de vues, notamment sur le contrôle du détroit d'Ormuz, voie essentielle au commerce mondial de pétrole et de gaz qui est de facto presque entièrement fermée à la navigation depuis quasiment le début du conflit déclenché le 28 février par des bombardements israéliens et américains sur l'Iran.
L'Iran, soumis depuis des années à de lourdes sanctions américaines, souhaite qu'un protocole d'accord prévoie un déblocage par les Etats-Unis d'une partie des avoirs iraniens gelés à l'étranger en échange d'un assouplissement du blocus du détroit d'Ormuz, a dit le responsable iranien ayant requis l'anonymat.
Une source informée des propositions de Téhéran a dit mercredi que l'Iran pourrait laisser les navires naviguer librement du côté omanais du détroit à condition qu'un accord durable soit conclu.
Alors que le cessez-le-feu de deux semaines convenu entre les deux pays s'est déjà écoulé pour plus de moitié, de profonds désaccords persistent néanmoins. Selon le responsable iranien de haut rang, ils portent notamment sur le stock iranien d'uranium hautement enrichi, que les Etats-Unis veulent sortir du pays, et sur la durée de toute suspension du programme nucléaire iranien, en premier lieu l'enrichissement d'uranium.
L'Iran insiste de longue date pour que les Etats-Unis lui reconnaissent un droit à enrichir de l'uranium. Téhéran affirme que cette activité est uniquement destinée à des fins civiles mais les Etats-Unis, les pays européens et Israël soupçonnent l'Iran de vouloir se doter de l'arme nucléaire.
Un diplomate occidental a déclaré que la question nucléaire "reste un obstacle majeur".
60 JOURS POUR UN ACCORD
En cas de moratoire sur la poursuite du conflit, les deux pays disposeraient de 60 jours pour aboutir à un accord définitif avec l'implication d'experts et de l'Agence internationale de l'Energie atomique (AIEA), ont dit les sources iraniennes.
Il avait fallu près de deux ans de négociations intenses pour aboutir en 2015 à un accord entre les cinq membres du conseil de sécurité de l'Onu, plus l'Allemagne, et l'Iran permettant d'encadrer le programme nucléaire de Téhéran en échange d'un assouplissement des sanctions internationales. Donald Trump a sorti les Etats-Unis de cet accord en 2018 lors de son premier mandat à la Maison blanche.
D'après les sources iraniennes, les Etats-Unis réclament une suspension pour 20 ans des travaux d'enrichissement d'uranium de l'Iran alors que ce dernier est prêt à accepter un gel de trois à cinq ans. Téhéran exige aussi un calendrier sur la levée des sanctions de l'Onu, des Etats-Unis et de l'Union européenne, selon ces sources.
L'Iran a précédemment rejeté une demande américaine visant à sortir du pays l'intégralité de son stock d'uranium enrichi à 60%, un niveau largement supérieur au seuil nécessaire à une utilisation à des fins civiles.
Les sources iraniennes ont toutefois fait état de signes indiquant la possibilité d'un compromis. Selon l'une d'elles, si l'Iran n'est pour l'instant pas disposé à envoyer à l'étranger l'ensemble de son stock d'uranium hautement enrichi, il pourrait accepter qu'une partie soit expédiée vers un pays tiers.
L'AIEA estime que l'Iran disposait de 440,9 kg d'uranium enrichi à 60% lorsqu'Israël et les Etats-Unis ont lancé une première campagne de bombardements en juin 2025. On ignore ce qu'il est exactement advenu de ce stock.
Rafael Grossi, directeur général de l'AIEA, a déclaré en mars que la partie du stock qui n'avait pas été détruite était "essentiellement" entreposée dans un réseau de tunnels à Ispahan, soit un peu plus de 200 kg. L'agence onusienne pense qu'une partie est aussi conservée dans le vaste complexe nucléaire de Natanz, doté de deux usines d'enrichissement.
Pour un autre diplomate occidental, "les 440 kg (d'uranium hautement enrichi) restent une source d'inquiétude parce qu'ils permettent à l'Iran de disposer de ce que nous appelons des quantités suffisantes pour fabriquer assez rapidement un certain nombre de bombes nucléaires, car la phase finale d'enrichissement est relativement rapide".
Pete Hegseth, secrétaire américain à la Défense, a déclaré jeudi que, malgré le cessez-le-feu, les Etats-Unis avaient "le doigt sur la gâchette" et se tenaient prêts à reprendre leur campagne de bombardements en cas d'échec des négociations.
"Nous avons le doigt sur la gâchette et nous avons dans le viseur vos infrastructures critiques à double usage, ce qu'il vous reste d'usines électriques et votre secteur énergétique. Il vaudrait mieux que nous n'ayons pas à le faire", a dit le chef du Pentagone lors d'un point presse.
(Parisa Hafezi à Dubai, John Irish à Paris et François Murphy à Vienne, avec Idrees Ali et Phil Stewart à Washington, rédigé par Parisa Hafezi, version française Bertrand Boucey, édité par)

0 commentaire
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement
Signaler le commentaire
Fermer