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Intelligence artificielle : la "bulle" se fissure en Chine, mais l'Etat veille au grain
information fournie par Boursorama avec Media Services 06/11/2026 à 13:29

"Les ambitions de Pékin en matière d'IA, de semi-conducteurs, d'automatisation, occupent une place centrale dans sa stratégie économique", souligne une experte.

( AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV )

( AFP / KIRILL KUDRYAVTSEV )

Les valeurs liées à l'IA suivent depuis cet été un mouvement d'effondrement sur les Bourses chinoises, jusqu'à mobiliser les autorités pour soutenir le marché. Mais les perspectives du secteur n'en pâtissent pas, le pouvoir en ayant fait une priorité stratégique.

Mi-août, le champion de la robotique Unitree, avec ses humanoïdes dopés à l'IA, entrait en fanfare à la Bourse de Shanghai, s'envolant de 460% au premier jour de cotation. Deux mois et demi plus tard, le titre a fondu de quelque 40%. Autre plongeon : les fabricants de puces Moore Threads et MetaX avaient flambé de respectivement 400% et 750% pour leur introduction à Shanghai fin 2025. Depuis mi-juillet, leurs actions ont perdu la moitié de leur valeur.

L'indice shanghaïen Star50 réunissant les fleurons de la tech avait bondi d'environ 75% entre avril et juin : il s'est effondré d'environ 45 % depuis le 1er juillet. L'indice new-yorkais Nasdaq a reculé d'environ 6,6 % sur la même période, après avoir lâché plus de 5 % sur la seule séance de jeudi. A Hong Kong, les start-ups d'IA MiniMax et Zhipu ont dévissé, effaçant conjointement 150 milliards de dollars de capitalisation.

Un facteur possible, selon Louis-Vincent Gave, de Gavekal Research, pourrait être les efforts de Pékin pour réprimer les sociétés écrans et structures offshore et pour endiguer l'endettement.

Li Daxiao, expert en investissement réputé, pointe plutôt un "effet de contagion" après des coups de semonce à Wall Street et à Séoul cet été. Aux États-Unis, les investisseurs s'interrogent sur la rentabilité des colossaux investissements dans l'IA ; la même question se pose en Chine, où les modèles en code source ouvert sont d'ailleurs moins aisés à monétiser. "Les actions technologiques ont pâti de risques externes, chutant de concert avec leurs homologues américaines, japonaises, sud-coréennes (...). Si les investisseurs réalisent soudainement que le rendement (de leurs placements) est inférieur aux attentes, ils ont tendance à se retirer assez rapidement", explique Li Daxiao à l' AFP .

Pékin à la rescousse

"Les fluctuations sont liées à l'état d'esprit des marchés aux États-Unis, où on anticipe une possible explosion d'une 'bulle' IA ", abonde Ajin Jin, de la société d'investissement shanghaïenne Kunquan. Après l'envolée fulgurante des valorisations de certaines startups, "je pense que les acteurs finiront par faire preuve de plus de rationalité", projette-t-il.

Dans l'immédiat, la chute des cours sur des marchés chinois dominés par les petits investisseurs individuels a fini par alarmer Pékin, pour qui l'IA est un secteur stratégique dans sa rivalité avec les États-Unis notamment. Le gouvernement a réactivé cette semaine, selon la presse locale, des instruments d'injection de liquidités visant à encourager les achats d'actions -de concert avec un volume accru de transactions par des fonds d'investissement adossés à l'État.

Mardi, les entrées nettes de capitaux dans neuf fonds (ETF), couramment utilisés par Pékin pour soutenir le marché, ont atteint 120 milliards de yuans (16 milliards d'euros), un quasi-record, selon les données de Bloomberg, ciblant notamment les indices Star50 et ChiNext. Mercredi et jeudi, les deux indices ont fortement rebondi.

"Salle comble"

Certes, la conjoncture économique chinoise, sur fond de consommation atone, reste maussade. Mais "les ambitions de Pékin en matière d'IA, de semi-conducteurs, d'automatisation, occupent une place centrale dans sa stratégie économique , créant des opportunités pour les firmes spécialisées, l'autosuffisance technologique pourrait demeurer un thème d'investissement structurel pendant des années", juge Charu Chanana, de Saxo Markets.

Le gouvernement lui-même soutient massivement la tech, via des financements publics et incitations fiscales . De quoi conforter l'appétit des investisseurs privés pour investir directement au capital de firmes d'IA et de robotique. "À Pékin comme Shanghai, des présentations aux investisseurs sont organisées chaque semaine : elles font salle comble, au point que certains participants doivent s'asseoir dans les allées. Je n'ai constaté aucun signe de ralentissement", assure Ajin Jin à l' AFP .

Li Daxiao pointe un environnement chinois favorable à l'IA : production d'électricité, vaste base d'utilisateurs, ou encore "vivier de talents".

"Le développement fulgurant du secteur est inéluctable, même si la correction des cours peut s'avérer particulièrement sévère. On ne saurait conclure que la 'bulle' de l'IA a éclaté (...). Il faut distinguer le développement industriel des fluctuations boursières", conclut-il.

Mais Charu Chanana avertit : les entreprises connaissent toujours "une concurrence féroce, une pression sur les prix, des besoins en capital élevés, une rentabilité incertaine : le soutien gouvernemental peut accélérer l'essor du secteur sans profiter à chaque société cotée".

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