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Grèce : quel que soit le résultat du référendum, "l'instabilité va continuer" (C. Constantinidis)

Boursorama29/06/2015 à 16:23

L'éventualité d'un défaut grec préoccupe toute l'Europe. Constantin Constantinidis apporte ses lumières sur le sujet.

Quel que soit le résultat au référendum du 5 juillet, les difficultés de la Grèce vont se poursuivre, explique Constantin Constantinidis, chef d’entreprise et ancien président de la Chambre de commerce et d'industrie franco-hellénique.

Lundi 29 juin, les marchés européens étaient nettement affectés par la tournure prise par le dossier grec au cours du week-end. Au cœur des inquiétudes : la probabilité d’un imminent défaut de paiement grec vis-à-vis des créanciers publics. Le Premier ministre Alexis Tsipras a décidé d’organiser un référendum dimanche 5 juillet pour demander au peuple grec s’il acceptait, ou non, l’« ultimatum » européen en termes de sacrifices financiers à consentir en échange d’une poursuite des aides européennes. Le Premier ministre a appelé les électeurs à voter « non », au risque de sortir de la zone euro.

Les négociations entre les créanciers et la Grèce semblent plus bloquées que jamais, alors qu’on apercevait une lueur d’espoir la semaine dernière. Pourquoi un tel retournement de situation ?

Constantin Constantinidis : « Il y a une chose qui est claire, c’est que les négociateurs veulent faire tomber le gouvernement grec actuel. Tsipras a des exigences qui dérangent, et les négociateurs ont par ailleurs l’envie de faire un exemple avec la Grèce. Si un gouvernement de gauche atteint, même partiellement, son objectif de renégocier la dette avec succès, ça ferait tâche d’huile en Europe. Tout le monde regarde Podemos en ce moment. Les institutions européennes veulent donc faire échouer le gouvernement grec sur la renégociation des dettes. Les créanciers avancent des mesures qui tueraient l’économie grecque en tuant le tourisme. Ils prévoyaient par exemple d’augmenter la TVA sur la restauration, en passant le taux de 13% à 23%, et augmenter la TVA sur l’hôtellerie de 6,5% aujourd’hui à 23%. Aucun pays de la Méditerranée n’a un taux de TVA supérieur à 10% dans ce domaine, sauf la Croatie qui est à 13%. Ce sont des mesures qui veulent tuer l’économie grecque ou tuer le gouvernement. Pour autant, le gouvernement grec n’est pas non plus sans responsabilités. Il a trop tardé et il n’avait pas les propositions qu’il fallait au départ ».

Un « non » au référendum proposé par Tsipras au peuple grec est-il inéluctable ? En somme, est-il certain que les électeurs vont refuser les mesures d’austérité proposées par les créanciers ?

C.C. : « On ne sait pas. Pour l’instant, il n’y a pas de sondage publié sur la question. Pour autant, les mesures comme la fermeture des banques aujourd’hui ne vont pas dans le sens du gouvernement. Face au désordre que cela crée, les Grecs vont peut-être vouloir revenir à une situation plus sûre comme c’était le cas ces dernières années, malgré l’austérité. Ça peut donc inciter les gens à voter « oui » pour appliquer les mesures demandées par les créanciers. Par ailleurs, juste avant l’annonce du référendum, un sondage indiquait que 63% des Grecs voulaient rester dans l’euro ».

Que se passerait-il si le « oui » l’emporte, c’est-à-dire que les Grecs choisissent d’appliquer l’austérité européenne ?

C.C. : « Si le oui l’emporte, ce serait compliqué, car le gouvernement fait campagne pour le non. Ça voudrait donc dire que la proposition du gouvernement n’a pas été suivie. Donc théoriquement, le gouvernement pourrait retourner à Bruxelles et s’excuser en reprenant les négociations. Mais ce n’est pas comme ça que ça va se passer. Le gouvernement pourrait plutôt reconnaître qu’il n’a plus la confiance du peuple et présenter sa démission. Il y aura alors de nouvelles élections, très incertaines. Donc l’instabilité et le manque de liquidités vont continuer pour un certain temps ».

La BCE va-t-elle continuer à soutenir financièrement le pays malgré la mauvaise tournure des négociations ?

C.C. : « La Grèce, jusqu’à nouvel ordre, est membre du Conseil d’administration de la BCE. Donc normalement, tant que la Grèce est dans la zone euro, la BCE va continuer de fournir des liquidités aux banques. Pour autant, la BCE est aussi un organe politique dont la ligne directrice suivra celle des grands gouvernements qui en sont également membres. On ne sait pas ce que ça peut donner, mais je ne suis pas très optimiste. Ils en veulent au gouvernement grec ».

Comment se passerait techniquement, au niveau monétaire, une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro ?

C.C. : « Si tel est le cas, la sortie de la zone euro se fera de fait. Si le gouvernement grec n’a plus d’argent, il devra émettre des obligations du type « I owe you » comme on appelle cela en anglais, qui sont des promesses de remboursement à très court terme. De fait, le Grèce ne sera plus dans la zone euro et essaiera de se débrouiller avec ces obligations, et tôt ou tard elle devra prendre la décision d’aller vers une autre monnaie. C’est du moins ce qui semble prévisible. Ce dont les Européens et les Américains ont peur, et Tsipras le sait très bien, c’est que si la Grèce est isolée, elle ira dans le giron russe ».

À ce propos, on affirme souvent que la Russie pourrait intervenir pour « sauver la Grèce » en dernier recours. Une telle solution est-elle vraiment envisageable ?

C.C. : « La Russie peut en effet intervenir pour prendre la Grèce dans son giron. Mais la Russie n’a pas d’argent. Elle ne peut rien donner à la Grèce. Elle peut bien sûr donner de petites sommes, mais rien de très concret. En revanche, ce qui fait peur aux Etats-Unis, c’est le rapprochement de la Grèce avec la Russie, et l’équilibre politique et économique qui va se briser dans la région avec les oléoducs qui sont en négociation. La Grèce échappera à la zone d’influence occidentale et ce n’est bon pour personne ».

Une éventuelle sortie de la zone euro ne serait-elle pas, malheureusement, un moindre mal pour le pays alors que l’austérité est une catastrophe économique pour le pays depuis cinq ans ?

C.C. : « Au vu de ce qui s’est passé ces dernières années, comme la perte de 25% du PIB ou la baisse de 40% des retraites, on annonçait déjà en 2009-2010 une catastrophe si la Grèce n’acceptait pas les conditions imposées par l’Europe. Mais la question qui se pose, c’est : qu’est-ce qui aurait pu se passer de pire si la Grèce, à l’époque, avait refusé ces mesures ? De fait, aujourd’hui, on continue à étrangler le pays. Au sein même du parti Syriza, il y a une branche qui est pour la sortie de la zone euro et le retour à la drachme. Pour eux, ce serait un mauvais moment au début, puis on pourrait ensuite remonter la pente progressivement. Le problème, c’est qu’on ne sait pas s’ils ont raison, ni ce qui pourrait se passer dans un tel cas ».

Propos recueillis par Xavier Bargue

Retrouvez tous les articles de la rédaction de Boursorama dans la rubrique dédiée.


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