par Stefano Rebaudo
Les obligations d'État ont été pénalisées depuis le début de la guerre en Iran, mais cela pourrait être sur le point de changer, estiment certains gestionnaires de fonds, soulignant que si l'inflation commence à peser sur la croissance, la dette souveraine devrait retrouver son statut traditionnel de valeur refuge.
Les Bourses mondiales, secouées au cours des premières semaines du conflit, sont revenues à des niveaux proches de leurs plus hauts historiques, portées par l'enthousiasme suscité par l'intelligence artificielle (IA) et les résultats des entreprises.
Dans le même temps, les obligations d'État ont été fortement affectées par les craintes d'une flambée prolongée des prix, ce qui a fait grimper les coûts de financement des gouvernements à des niveaux qui n'avaient pas été observés depuis plusieurs années, voire à des records historiques dans certains cas.
Malgré le récent recul des valeurs liées à l'IA et aux technologies, les actions restent chères et, avec l'arrivée en Bourse d'une nouvelle vague de sociétés à très forte capitalisation, telles que SpaceX ou OpenAI, elles pourraient encore renchérir.
Les actions, de Séoul à Francfort en passant par New York, se situent à des niveaux proches de leurs plus hauts historiques et affichent des valorisations plus élevées qu'elles ne l'ont été depuis des mois, voire des années.
La récente hausse des rendements obligataires signifie quant à elle que les titres à revenu fixe sont moins chers qu'ils ne l'ont été depuis des années.
"Si l'on regarde à l'échelle mondiale, les marchés obligataires semblent très attractifs, et cela vaut également pour des régions qui n'ont historiquement pas été très attractives, comme l'Europe et le Japon", dit Konstantin Veit, gestionnaire de portefeuille chez PIMCO, le plus grand investisseur obligataire au monde.
Les rendements des Bunds allemands, référence de la zone euro, avoisinent leurs plus hauts niveaux depuis 15 ans, à 3,1%, tandis que la dette japonaise à 10 ans, à 2,6%, n'a pas affiché un tel rendement depuis près de 30 ans.
Si le détroit d'Ormuz, pratiquement fermé depuis le début de la guerre, venait à rouvrir, les anticipations actuelles de hausses des taux par les banques centrales pourraient s'évanouir, ce qui profiterait aux obligations.
Mais de même, s'il restait fermé suffisamment longtemps pour menacer la croissance mondiale, les obligations pourraient également en bénéficier.
"L'inflation se manifeste déjà dans les données mondiales, avec un risque d'effets de second tour via les chaînes d'approvisionnement et les coûts des intrants. Les risques liés à la croissance semblent toutefois moins pleinement pris en compte, ce qui signifie que les rendements obligataires pourraient reculer une fois que les craintes inflationnistes auront atteint leur paroxysme", estime HSBC Private Bank dans ses perspectives semestrielles publiées fin mai.
RISQUES SUR LA CROISSANCE
Une nouvelle escalade du conflit, ou une fermeture prolongée du détroit d'Ormuz, pourrait notamment faire grimper le prix du pétrole bien au-delà des 100 dollars, ce qui mettrait davantage en avant les inquiétudes concernant l'impact économique de la crise énergétique.
"Si le prix du pétrole venait à grimper jusqu'à atteindre le scénario pessimiste de notre équipe chargée des matières premières, soit 130 à 150 dollars le baril, nous pensons que les rendements commenceraient à baisser, car les marchés s'inquiéteraient davantage de l'effet de tout cela sur la croissance", a dit Andrew Sheets, responsable de la recherche sur les titres à revenu fixe chez Morgan Stanley.
Le pétrole n'est toutefois pas le seul risque. Une montée des tensions autour de Taïwan ou la reprise des tensions entre les États-Unis et la Chine, entraînant une perturbation des flux d'intrants critiques tels que les terres rares ou les semi-conducteurs, pourrait également frapper de plein fouet la rentabilité des entreprises et nuire aux actions.
Les perspectives en matière de taux d'intérêt seront également déterminantes pour l'évolution du marché obligataire. La Réserve fédérale américaine (Fed) semble désormais plus encline à opter pour des hausses des coûts d'emprunt, ce que le marché obligataire a déjà intégré, mais pas nécessairement les Bourses.
"Si la Fed venait à entamer un cycle de hausse des taux agressif, je pense que les actifs risqués, y compris les actions, ne s'en sortiraient pas particulièrement bien", avertit Konstantin Veit, tout en ajoutant que ce n'est pas le scénario de base de sa maison de courtage.
(Stefano Rebaudo ; version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)

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