Manifestation contre la gestion par le gouvernement de l'accord de libre-échange UE-Mercosur et la gestion de l'épidémie de dermatose nodulaire, à Paris
Des agriculteurs arrivés en tracteurs avant l'aube ont manifesté jeudi à Paris, se rassemblant devant la Tour Eiffel ou l'Arc de Triomphe, afin d'exprimer une nouvelle fois leur colère contre les contraintes pesant sur leur activité à la veille de l'adoption attendue au niveau européen de l'accord commercial avec le Mercosur.
Le syndicat Coordination rurale a appelé les agriculteurs à venir manifester à Paris pour exprimer leur mécontentement face aux normes des autorités françaises, demandant à rencontrer la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet et le président du Sénat Gérard Larcher.
"Depuis 30 ans, les parlementaires ont tué l'agriculture française par trop de lois, trop de normes et il faut arrêter de faire des lois", a déclaré sur BFM TV Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale.
"Il faut libérer l'agriculture, il faut que les paysans puissent produire pour pouvoir en vivre. Aujourd'hui, on a un problème franco-français. Bien sûr qu'il y a le Mercosur, bien sûr qu'il y a des problèmes européens, mais il faut absolument que ça se détricote", a-t-il ajouté.
La présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet est allée à la rencontre de plusieurs dizaines d'agriculteurs, certains coiffés de bonnets à la couleur de la Coordination rurale, rassemblés devant l'Assemblée nationale.
Accueillie par des sifflets, elle a tenté d'échanger avec des représentants syndicaux, avant d'être exfiltrée à cause de la colère des manifestants.
La présidente du Palais Bourbon a toutefois annoncé qu'elle allait rencontrer dans l'après-midi les agriculteurs pour des "échanges apaisés sur le fond".
"J'ai prévu cet après-midi de voir l'ensemble des organisations syndicales. Je vais les recevoir dans mon bureau les unes après les autres, les quatre organisations syndicales", a-t-elle déclaré au micro de BFM TV.
"Il faut qu'on continue à mener le combat ensemble. Et puis après on pourra parler de façon plus apaisée de la façon dont on peut faire tout ça et surtout quelle vision de l'agriculture on peut développer pour l'avenir et comment on pourra, tous ensemble, continuer à être fiers de notre agriculture et de nos agriculteurs."
Des tracteurs étaient stationnés sur les rives de la Seine au pied de la Dame de fer, bloquant certains axes routiers menant au centre-ville de la capitale française.
D'autres engins ont remonté l'avenue des Champs-Elysées et étaient parqués devant l'Arc de Triomphe.
Au total, une centaine de tracteurs étaient dans Paris au petit matin, la plupart étant bloqués aux portes de la capitale, selon la préfecture de police.
BLOCAGES "INACCEPTABLES"
Les protestataires sont parvenus à rejoindre Paris en dépit d'un arrêté préfectoral interdisant tout rassemblement non déclaré dans certains secteurs de Paris comme ceux sensibles de l'Elysée, de Matignon, de l'Assemblée nationale ou encore du Sénat.
Conséquence de ces rassemblements, l'autoroute A13 était en partie fermée jeudi matin, provoquant un bouchon d'environ 150km, a déclaré le ministre des Transports Philippe Tabarot sur France 2.
La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a dénoncé ces blocages, qualifiés d'"inacceptables".
"Le gouvernement ne cautionne pas les blocages, encore une fois ce qui se passe ce matin est illégal et donc nous ne le laisserons pas faire", a-t-elle déclaré sur franceinfo.
La ministre de l'Agriculture Annie Genevard a appelé sur X au "maintien du calme, au sens des responsabilités, et au dialogue" tout en reconnaissant des inquiétudes et des revendications "légitimes, dans un contexte international particulièrement troublé".
"Avec le Premier ministre, nous échangeons depuis plusieurs jours avec l’ensemble des syndicats agricoles. Le dialogue est constant et il se poursuit", a-telle déclaré.
COLÈRE AGRICOLE
Ces manifestations interviennent alors que la colère agricole fait rage depuis plusieurs semaines, alimentée par un rejet de l'accord entre l'UE et le Mercosur et des critiques concernant la gestion de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine.
"On est entre le dépit et le désespoir On a un sentiment d’abandon comme avec le Mercosur. On nous a abandonné au profit d’une navette spatiale, d’un Airbus ou d’une voiture", explique Stéphane Pelletier, vice-président de la Coordination rurale dans la Vienne, au pied de la Tour Eiffel sur un des points de mobilisation.
Mercredi, la Commission européenne a décidé de suspendre la taxe carbone sur les engrais, une demande de longue date de Paris et Rome pour protéger les agriculteurs européens en difficulté.
Opposée à l'accord avec le Mercosur, la France tente de réunir une minorité de blocage en s'appuyant notamment sur des pays ouvertement hostiles au traité, comme la Pologne ou la Hongrie.
La Commission européenne semble cependant en passe d'obtenir le soutien crucial de l'Italie, longtemps réticente, pour un accord de libre-échange avec le bloc sud-américain du Mercosur, ouvrant la voie à une signature dès la semaine prochaine malgré l'opposition renouvelée de la France.
Les agriculteurs en colère demandent également la fin de l'abattage systématique des bovins dès la détection d'un cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans un troupeau, suivi d'une vaccination des bêtes dans un rayon de 20 kilomètres autour de l'exploitation et l'interdiction de tout déplacement des bovidés.
(Reportage Sybille de la Hamaïde, avec Inti Landauro, rédigé par Camille Raynaud et Zhifan Liu, édité par Kate Entringer)

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