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France : bientôt des taux immobiliers à 5% ?
information fournie par Zonebourse 23/10/2026 à 18:42

Alors que les taux d'emprunt immobilier se sont stabilisés autour de 3% depuis plusieurs trimestres, cette accalmie pourrait n'être que temporaire, compte tenu de la récente remontée des rendements obligataires français et du manque de crédibilité des perspectives de redressement des finances publiques.

Il est encore difficile pour la majorité des Français de se faire à l'idée d'emprunter à 3% pour l'achat d'un bien immobilier, alors que les taux étaient encore proches de 1% il y a quelques années. Il faut dire que, pour un emprunt de 250 000 euros sur 25 ans, cette différence de deux points représente environ 70 000 euros de charges d'intérêts supplémentaires, soit près de 30% du montant emprunté. C'est beaucoup, mais cela pourrait être bien pire comme nous pouvons l'observer aux États-Unis, où les taux moyens sur les emprunts hypothécaires à 30 ans sont désormais proches de 7%, contre moins de 4% lors de la période de taux bas.

Cette hausse du coût du crédit n'est donc pas propre à la France. Elle reflète avant tout un environnement inflationniste bien différent de celui qui prévalait avant la pandémie. Une partie de ces pressions inflationnistes est liée aux tensions géopolitiques en Ukraine et au Moyen-Orient, mais une autre provient des politiques budgétaires plus expansionnistes dans la plupart des pays du monde, en particulier aux États-Unis, où le déficit public avoisine 6% du PIB depuis plusieurs années, mais également en France (~5,5%) et au Royaume-Uni (~4%). En stimulant la demande, ces déficits entretiennent les pressions inflationnistes et contraignent les banques centrales à maintenir des politiques monétaires plus restrictives qu'elles ne le seraient autrement.

À ces facteurs internationaux s'ajoute toutefois un facteur domestique de plus en plus important : la dégradation de la confiance des investisseurs dans la trajectoire des finances publiques. En l'espace de trois mois, l'écart entre les taux à 10 ans français et allemand (OAT-Bund) a doublé pour atteindre environ 170 points de base cette semaine, un niveau inédit depuis la crise de la zone euro il y a quinze ans. Le taux à 10 ans français vient ainsi d'atteindre le seuil symbolique des 5%, son niveau le plus élevé depuis 2002.

Or, cette prime de risque pourrait encore se dégrader dans les prochains mois, notamment à court terme, si le Parlement vote un budget prévoyant moins d'économies que les 54 milliards d'euros visés par le gouvernement Lecornu. À plus long terme, l'enjeu sera surtout la crédibilité du programme budgétaire du prochain président, élu au printemps prochain, et sa capacité à engager une véritable réduction du déficit structurel.

Les opérateurs de marché ne sont pas dupes et ne se contenteront pas de promesses d'économies. Ils en évalueront la crédibilité et la faisabilité politique. Pour le moment, la tension sur la prime de risque française coïncide notamment avec la progression des probabilités d'une victoire du Rassemblement national sur les plateformes de paris Polymarket et Kalshi, ce qui soulève des interrogations sur la confiance accordée par les investisseurs aux pistes budgétaires évoquées par le parti.

Dans ce contexte, il n'est donc pas impossible que les taux d'emprunt immobilier atteignent 4% dans les prochains mois, voire davantage dans les prochaines années si le prochain gouvernement ne prend pas à bras-le-corps le problème du déficit. Car si les facteurs internationaux expliquent une grande partie de la hausse des taux ces dernières années, la trajectoire des finances publiques françaises pourrait désormais devenir le principal facteur de renchérissement du crédit pour les ménages.

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