ADDIS-ABEBA, 4 novembre (Reuters) - Les efforts diplomatiques s'intensifiaient jeudi pour éviter qu'Addis-Abeba ne soit attaquée par les insurgés du Tigré qui avancent en direction de la capitale éthiopienne.
Jeffrey Feltman, l'émissaire américain pour la Corne de l'Afrique, doit arriver ce jeudi après-midi à Addis-Abeba pour y plaider en faveur d'une suspension des opérations militaires et l'ouverture de discussions sur un cessez-le-feu.
Yoweri Museveni, le président ougandais, a quant à lui prié les dirigeants d'Afrique de l'Est de se réunir le 16 novembre prochain pour évoquer le conflit qui oppose le Front populaire de libération du Tigré (TPLF) aux forces du gouvernement d'Abiy Ahmed.
L'Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), qui réunit les pays de l'est de l'Afrique, a par ailleurs appelé à un cessez-le-feu immédiat et a demandé aux belligérants de faire preuve de retenue et de résoudre leur différend par le dialogue.
Les responsables du TPLF, mouvement qui a déclenché la lutte armée, ont dirigé la coalition au pouvoir en Ethiopie pendant 30 ans, jusqu'à la victoire de l'opposition menée par Abiy Ahmed en 2018, après des années de manifestations antigouvernementales.
Les relations entre le nouveau dirigeant éthiopien et le TPLF se sont vite détériorées, ce dernier lui reprochant une centralisation du pouvoir au détriment des régions périphériques - des accusations rejetées par Abiy Ahmed.
Abiy Ahmed a promis mercredi de "noyer dans leur sang" les rebelles du Tigré. Il avait proclamé la veille l'état d'urgence dans le pays. et
Le conflit armé qui a éclaté le 3 novembre 2020 a déjà fait des milliers de morts, plus de deux millions de déplacés et exposé quelque 400.000 Tigréens à la famine. Il a aussi gagné deux régions voisines, déstabilisant le deuxième pays le plus peuplé d'Afrique, considéré jusqu'alors comme l'un des rares pôles de stabilité dans la région.
La proclamation de l'état d'urgence est intervenue après la prise par les rebelles de plusieurs villes situées à environ 400 km au nord d'Addis-Abeba, sur laquelle ils se sont dits prêts à marcher.
Cette mesure d'exception, imposée pour six mois, permet la mobilisation sous les drapeaux de tout citoyen éthiopien en âge de se battre. Elle permet aussi l'arrestation et la détention arbitraire de toute personne soupçonnée de collaborer avec les "groupes terroristes", une qualification appliquée au TPLF depuis le mois de mai.
(Reportage de la rédaction d'Addis Ababa newsroom; version française Tangi Salaün et Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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