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ENTRETIEN MARCHÉS-Les banques centrales à la hauteur d'un choc exceptionnel-BNP Paribas
Reuters19/03/2020 à 18:05

par Patrick Vignal

PARIS, 19 mars (Reuters) - Les grandes banques centrales ont pris la mesure du choc économique provoqué par la propagation de la pandémie de coronavirus, ce qui aura pour effet d'empêcher que les conditions de financent continuent de se détériorer, posant ainsi les bases d'un rebond solide, déclare à Reuters William de Vijlder, chef économiste de BNP Paribas.

Longtemps sceptique face à l'arsenal pourtant considérable déployé par les instituts d'émission, les marchés ont accueilli favorablement jeudi la décision prise en urgence par la Banque centrale européenne d'un plan d'achats d'obligations de 750 milliards d'euros, baptisé Programme d'achats d'urgence pandémique (PEPP).

Si elle n'apporte pas de remède à la crise, cette annonce a apaisé les marchés d'actions ainsi que les tensions sur les rendements obligataires de la zone euro.

Quant à la Réserve fédérale, elle semble elle aussi en passe de convaincre les investisseurs après avoir fait fondre ses taux d'intérêt en quelque jours pour les rapprocher de zéro et multiplié les mesures pour faciliter le crédit et améliorer la circulation de la liquidité dans le système financier.

"On ne peut être qu'impressionné par l'ampleur des mesures, leur rapidité et leur enchaînement mais également par la créativité et le pragmatisme dont on fait preuve les banques centrales", estime William de Vijlder.

"On voit que la BCE, par exemple, envisage d'abandonner la clé de répartition. Cela montre la spécificité de ce que nous vivons, de ce choc qui exige des mesures énormes mais qui est d'une nature temporaire, ce qui permet et exige d'être flexible et de dire adieu à ses grands principes."

DES MESURES PRÉEMPTIVES NÉCESSAIRES

Le rôle des politiques économiques face à ce type de choc est d'assurer la fluidité du fonctionnement des marchés, de permettre l'accès des entreprises au financement, de limiter les défaillances d'entreprise et d'atténuer l'impact sur le produit intérieur brut (PIB), détaille-t-il.

"Les banques centrales ont été à juste titre très réactives au niveau des deux premiers sujets, ce qui limitera les conséquences sur les deux derniers", dit-il.

Si elles n'ont pas la capacité d'éviter la récession économique mondiale qui se profile, les banques centrales se devaient de prendre des mesures préemptives pour pérenniser le rebond qui suivra un choc temporaire par nature. Mais l'incertitude sur les marchés ne disparaîtra pas pour autant, reconnaît l'économiste.

"Le seul facteur qui compte pour les marchés est de savoir quand le pic de l'épidémie sera passé mais ils sont, sur ce point, face à une inconnue totale", dit-il.

S'il se garde bien de se prononcer sur le calendrier du rebond économique qui suivra la crise actuelle, William de Vijlder n'a en revanche guère de doute sur le fait qu'il se manifestera.

LES CHAÎNES DE VALEURS À REVOIR

"Il y a lieu d'être serein concernant le rebond qui suivra, parce que le choc est de nature non économique et aussi en raison des mesures qui sont mises en place pour garantir le financement des agents économiques", dit-il

"Ces mesures étaient importantes d'une part pour éviter que les effets induits ne dominent les effets directs et d'autre part pour favoriser un retour à la normale une fois que le pic de l'épidémie sera passé."

Après la crise, les entreprises et les gouvernements devront en tirer les enseignements, les premières en s'interrogeant sur la nécessité de se diversifier et les seconds en se posant la question du contrôle des activités stratégiques, poursuit l'économiste.

"Il faudra voir comment les investisseurs 'pricent' une action d'une entreprise qui procède à la diversification par rapport aux actions de celles qui n'y procèdent pas", dit-il.

"La diversification est plus coûteuse que la concentration mais elle est moins risquée. Cela va contribuer tout de même, je pense, à revoir les chaînes de valeur."

Toujours du côté des entreprises, la question essentielle n'est pas tant de connaître l'ampleur de la contraction économique à venir que de savoir jusqu'où chuteront leurs bénéfices, dit-il avant de relever le caractère très particulier de la crise en cours.

"Je suis le cycle économique et les marchés depuis le milieu des années 1980 et c'est la première fois qu'on est devant une crise pour laquelle on n'a pas de point de référence", souligne-t-il.

(édité par Marc Angrand)

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