Les principales Bourses européennes ne semblent pas vraiment savoir quelle direction prendre jeudi matin, affectées à la fois par le récent regain de tensions au Moyen-Orient et le discours peu lisible adopté hier soir par la Fed, dans des marchés par ailleurs occupés à digérer la dernière avalanche de publications de résultats en date.
Un peu plus d'une demi-heure avant le coup d'envoi des échanges, le contrat à terme sur l'indice CAC 40 progresse de 0,2%, mais celui sur le DAX se contracte de 0,4% tandis que l'Euro STOXX est annoncé globalement stable, signe d'un début de séance sans réelle tendance.
Les inquiétudes entourant une nouvelle escalade dans le conflit militaire opposant les Etats-Unis à l'Iran restent très vives sur les marchés alors que l'armée américaine a déclaré cette nuit avoir achevé une "lourde" série de frappes contre l'Iran, comme l'avait promis auparavant Donald Trump.
Selon le Pentagone, des dizaines de cibles du corps des Gardiens de la révolution islamique auraient été frappées, notamment des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes.
Le flou artistique de la Fed rend sceptique
Parallèlement, les investisseurs paraissent hésiter dans leur interprétation des derniers signaux envoyés par la Réserve fédérale, dont le ton relativement officiellement accommodant semble radicalement trancher avec les dissensions internes en faveur d'un resserrement monétaire.
Alors que trois gouverneurs ont plaidé mercredi pour un relèvement immédiat des taux, les déclarations plutôt conciliantes de Kevin Warsh, le président de l'institution, semblent avoir semé le doute quant à la crédibilité de la banque centrale.
"Lors de sa conférence de presse, Warsh a éludé de nombreuses questions, tout en tenant quelques propos nettement conciliants", s'étonnent les analystes de Bank of America.
"D'abord, il s'est montré ouvert vis-à-vis de l'examen d'indicateurs d'inflation alternatifs, autres que l'indice PCE. Deuxièmement, il a suggéré que des leviers différents de la hausse des taux pourraient être actionnés pour juguler l'inflation. Enfin, il a laissé entendre que les marchés avaient déjà accompli une partie du travail de resserrement de la Fed", souligne la banque d'affaires.
Cette cacophonie a provoqué un net recul de Wall Street à la clôture hier, les investisseurs estimant que la Fed n'aura de toute façon pas d'autre choix que de relever ses taux dans les mois qui viennent si les pressions inflationnistes venaient à se confirmer.
Au coup de cloche final, l'indice Dow Jones chutait de 2,2%, le S&P 500 reculait de 1,5% et le Nasdaq 100 lâchait plus de 2%.
Déluge de résultats des deux côtés de l'Atlantique
Du côté de l'actualité des entreprises, les investisseurs doivent digérer ce matin les derniers résultats trimestriels des géants de la tech avant une nouvelle salve d'annonces attendue dans la journée.
Microsoft a dévoilé hier soir des performances supérieures aux attentes pour son activité de cloud, rassurant les investisseurs sur le rendement de ses lourds investissements dans l'intelligence artificielle, la croissance d'Azure et l'adoption de Copilot témoignant d'une demande toujours soutenue des entreprises.
Le titre grimpait en conséquence de 7% dans les échanges d'après-Bourse.
Mais l'optimisme des intervenants a été refroidi par la publication de Meta Platforms, qui décroche de plus de 7% dans les échanges électroniques malgré un deuxième trimestre toujours solide sur le plan commercial, les investisseurs sanctionnant surtout un bénéfice inférieur aux attentes et l'accélération des dépenses liées à l'IA.
Ce coup de froid, qui survient dans un contexte d'interrogations sur les valorisations actuelles des valeurs technologiques, pourrait se poursuivre ce soir avec la publication des comptes d'Apple et d'Amazon.
Des chiffres décevants pourraient raviver les inquiétudes qui ont provoqué le récent mouvement de vente sur le Nasdaq, qui a perdu près de 9% sur les quatre semaines écoulées.
Mais le calendrier s'annonce également très chargé en Europe où des ténors de la trempe d'adidas, AB InBev, BAE Systems, BBVA, Capgemini, Enel, Ferrari, ING, Rolls-Royce, Sanofi, Schneider Electric, Shell, Société Générale et Stellantis doivent présenter leurs états financiers.
L'agenda macro est également chargé
La Banque d'Angleterre (BoE) se réunit également aujourd'hui et devrait maintenir ses taux inchangés, à 3,75%, tout en laissant entrevoir un ralentissement du rythme de son programme de resserrement quantitatif compte tenu du contexte toujours inflationniste et des pressions à la hausse persistantes sur les rendements.
A l'agenda de jeudi figurent aussi la première estimation de la croissance du PIB américain au titre du 2e trimestre et l'indice des prix PCE, la mesure d'inflation privilégiée par la Fed.
Les marchés de l'obligataire et des changes sont clairement chahutés par les incertitudes entourant la conduite de la politique monétaire de la Fed.
Le dollar réagit avec force au discours confus de la Fed, avec un euro qui en profite pour remonter aux abords de la zone de 1,1450.
Le repli du billet vert contribue au recul des taux souverains aux Etats-Unis. Le rendement à 10 américain perd actuellement plus de quatre points de base, à 4,6220%.
Sur le marché pétrolier, les cours du brut repartent de l'avant dans un contexte de regain de tensions entre les Etats-Unis et l'Iran. Le contrat septembre sur le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) gagne 0,4% à 84,8 dollars le baril. Le Brent de même échéance prend de son côté 0,4% au-delà de 91,1 dollars.
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