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ECLAIRAGE MARCHÉS-La finance comportementale débarque en France
Reuters18/09/2018 à 15:07

    * La psychologie joue un rôle dans les mouvements de marché
    * Une discipline encore méconnue malgré un prix Nobel 
    * B*Capital lance une application pionnière en France
    * Les investisseurs épaulés pour maîtriser leurs émotions
    * Une aide bienvenue en période de fortes turbulences

    par Patrick Vignal
    PARIS, 18 septembre (Reuters) - La finance comportementale,
qui propose d'intégrer la psychologie dans l'analyse des
marchés, n'avait pour l'instant donné lieu à aucune initiative
concrète en France, une lacune que vient de combler B*Capital.
    Apparue dans les années 1970 mais encore méconnue du grand
public, cette discipline qui conteste le caractère purement
rationnel du fonctionnement des marchés a été couronnée l'an
dernier par un prix Nobel d'économie pour l'Américain Richard
Thaler, 
    Rien de plus rationnel a priori que les lois du marché. Et
pourtant, l'émotion a sa place dans ce monde un peu froid, fait
de hauts et de bas que traquent sans relâche des chiffres et des
courbes.
    Comprendre cette part de coeur, ou plutôt de cerveau, et le
rôle qu'elle joue dans les mouvements de marché est la
spécialité de Maxime Viémont, expert en la matière chez
B*capital.
    "La finance comportementale enseigne que les décisions des
investisseurs ne sont pas toujours rationnelles et affectent la
performance des portefeuilles de l'ordre de 3% par an",
explique-t-il.
    Il s'emploie donc à identifier les "biais cognitifs" et leur
incidence sur les anomalies de marché, thème au coeur des
recherches de Richard Thaler.
    En interne, d'abord, en déterminant la maîtrise par les
gérants de la société de l'"effet de disposition", c'est-à-dire
leur capacité à déterminer le bon moment pour prendre ou pour
solder une position.
    
    "MIEUX SE CONNAÎTRE POUR MIEUX INVESTIR"
    A l'intention des investisseurs, ensuite, en appréciant leur
niveau de tolérance au risque afin d'adapter leur portefeuille
mais aussi de gommer leurs mauvaises habitudes et de les aider à
affronter plus sereinement les phases de turbulences. 
    "Mieux se connaître pour mieux investir" est le slogan de
B*Fi, l'application mobile dédiée à la finance comportementale
que B*capital vient de lancer.
    "En France, nous sommes les seuls à faire cela", dit
Frédéric Biraud, directeur général de B*Capital. "En Europe, il
y en a quelques uns qui utilisent la finance comportementale,
mais pas de manière aussi aboutie."
    Les enjeux de la discipline sont mieux compris aux
Etats-Unis, avec des acteurs spécialisés comme la société de
gestion d'actifs Betterment, poursuit Maxime Viémont
    L'application de B*capital permet de définir le profil
comportemental d'un investisseur en 35 questions en temps réel.
Il lui est ensuite proposé de façon hebdomadaire une "météo des
marchés" correspondant à son profil ainsi qu'une cartographie
des valeurs qu'il détient lui indiquant dans quelle phase du
cycle elles évoluent.
    Le lancement de ce produit intervient alors que la finance
comportementale vient de gagner ses lettres de noblesse grâce à
Richard Thaler et que les nerfs des investisseurs sont mis à
rude épreuve avec le retour de la volatilité.
    L'outil présente en outre l'intérêt de répondre aux
exigences de la directive européenne MiFID II, qui oblige les
sociétés de gestion à informer précisément les investisseurs des
risques que présentent les outils qui leur sont proposés.  
    
    "SEXE, DROGUE ET ROCK N'ROLL"
    L'une des questions posées en filigrane par la finance
comportementale est de savoir si certains traits de caractère se
traduisent par des comportements spécifiques dans le domaine de
la finance et si, par exemple, un introverti serait tout indiqué
pour s'occuper d'emprunts d'Etat de référence tandis qu'un
casse-cou serait parfaitement à l'aise avec des cryptomonnaies
ou de la dette émergente en monnaie locale. 
    Dans une note sobrement intitulée "Sexe, drogue et rock
n'roll", Paul Jackson, le très sérieux directeur de la recherche
du spécialiste des ETF Invesco PowerShares, souligne ainsi qu'un
homme d'affaires âpre au gain et une personne souffrant de
troubles obsessionnels compulsifs présentent bien des
similitudes.
    L'un comme l'autre risquent en effet, en s'alignant sur le
modèle défini par le psychobiologiste américain Robert
Cloninger, de témoigner d'un féroce appétit pour la nouveauté et
d'une médiocre aptitude à éviter la souffrance, argumente-t-il.
    Autrement dit, un trader spécialisé dans les actifs volatils
partagerait plus ou moins les traits de caractère d'un criminel,
d'un toxicomane ou d'une personne ayant un comportement sexuel à
risque, selon un raccourci que Paul Jackson se contente
d'effleurer.
    Difficile cependant de ne pas penser au personnage décrit
par Martin Scorsese dans son film Le Loup de Wall Street incarné
par Leonardo DiCaprio et inspiré par un authentique "requin" de
la finance, Jordan Belfort.
    Autre exemple venant à l'esprit, encore plus effrayant et
heureusement fictif: Patrick Bateman, financier de Manhattan le
jour et tueur en série la nuit dans le roman American Psycho de
Bret Easton Ellis.
    
    UN MONDE COMPLEXE
    La plupart des acteurs du monde de la finance présentent
bien entendu un profil beaucoup plus nuancé. Et les principes de
la finance comportementale elle-même, qui s'appliquent à
l'économie dans son ensemble, sont bien plus complexes qu'il n'y
paraît au premier abord.
    "La réalité économique que nous observons, en termes de
croissance du produit intérieur brut, de bénéfices des
entreprises, d'inflation et de chômage, est fonction du
comportement des personnes et des entreprises", explique
Valentijn van Nieuwenhuijzen, directeur des investissements du
gestionnaire d'actifs néerlandais NN Investment Partners.
    "Ce comportement, à son tour, est déterminé par les émotions
et les attentes que nous inspire le paysage économique qui nous
entoure", ajoute-t-il. "De plus, les marchés financiers sont
directement influencés par le comportement des investisseurs,
lui-même déterminé par le contexte dans lequel ces derniers
évoluent, du point de vue de l'économie comme des marchés
eux-mêmes."
    En bref, les marchés sont un univers à multiples facettes
dans lequel les comportements humains et les réalités
économiques s'influencent mutuellement en permanence.
    Identifier les biais comportementaux afin d'en atténuer
l'impact négatif ne dispense donc pas d'analyser le comportement
des marchés dans leur ensemble, en ne perdant pas de vue qu'il
est modelé à son tour par une interaction constante entre les
émotions des hommes et la raison des marchés. 
    Pas de quoi décourager Maxime Viémont, qui veut croire au
caractère vertueux de sa démarche.  
    "Si un jour on pouvait éviter de subir des poussées à la
baisse ou à la hausse dans le marché qui résultent d'émotions
extrêmement fortes, notre vie à tous serait plus confortable",
dit-il.
    

 (édité par Marc Angrand)
 

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