Le logo du studio hollywoodien Warner Bros Discovery à Culver City, le 5 décembre 2025 en Californie ( AFP / Patrick T. Fallon )
Douze Etats américains ont lancé des poursuites contre le projet de rachat du studio hollywoodien Warner Bros Discovery par le conglomérat américain Paramount Skydance, pour environ 111 milliards de dollars, estimant que ce mariage allait nuire à la concurrence.
Le procureur général de Californie Rob Bonta, chef de file du groupe, a avancé que la fusion de deux des cinq plus grands distributeurs de films des Etats-Unis aurait pour conséquence "des prix supérieurs, une qualité moindre, et moins de contenus" à disposition du grand public.
"Dans ce pays, personne n'est au-dessus des lois", a-t-il relevé, cité dans un communiqué, expliquant que les douze Etats "lutt(aient) pour des marchés libres et équitables, pas des marchés truqués. Les Etats-Unis n'ont ni roi au gouvernement ni dans l'économie".
Les plaignants estiment que la transaction enfreint la loi fédérale Clayton, qui interdit les fusions ayant la capacité de réduire la concurrence de manière importante.
Les Etats à l'origine de ces poursuites, tous appartenant au camp démocrate, sont: la Californie, l'Arizona, le Colorado, le Connecticut, le Massachusetts, le Minnesota, le Nevada, le New Jersey, le Nouveau-Mexique, New York, l'Oregon et Washington.
Paramount a rapidement répliqué, martelant que le recours en justice était "fondamentalement vicié".
"L'effet concret de ce procès est de protéger les grandes plateformes de streaming comme Netflix et les entreprises technologiques d'une concurrence tellement nécessaire", a réagi un porte-parole du groupe.
Le conglomérat, dont le patron David Ellison est le fils du milliardaire et allié de Donald Trump, Larry Ellison, l'avait emporté après le retrait de l'offre rivale de Netflix, en février.
L'entreprise considère que la future entité donnera naissance à un rival solide pour faire face à Netflix, Amazon et Apple, et s'est engagée à sortir au moins trente films annuellement qui resteront en salles au minimum 45 jours.
Streaming disputé
Les plateformes Paramount+, HBO Max et discovery+ comptent moins d'abonnés que les trois leaders du secteur, Netflix, Amazon Prime et Disney+.
Mais une large partie d'Hollywood s'oppose pourtant à ce rachat, craignant des suppressions d'emplois massives dans une industrie qui a déjà connu plusieurs vagues de fusions et de licenciements.
Paramount a souligné que 24 autorités de régulation à travers le monde avaient donné leur assentiment à l'opération, y compris aux Etats-Unis.
Le logo de la Paramount à Hollywood, en Californie, le 9 mars 2023 ( AFP / Patrick T. Fallon )
Ces poursuites, lancées devant un tribunal du nord de la Californie, interviennent en effet alors que le ministère américain de la Justice a validé l'opération mi-juin.
Au terme d'une enquête de huit mois, sa division antitrust a conclu que l'opération n'était "pas susceptible de nuire à la concurrence ni aux consommateurs américains", que ce soit dans le streaming, la télévision ou la production et la distribution de films en salles.
Elle a donc renoncé à la contester, sans exiger de cessions d'actifs ni d'engagements.
Le ministère a même considéré que la fusion devrait avoir pour effet "d'accroître la compétition dans l'ensemble de l'écosystème des médias et du divertissement, avec des bénéfices pour les consommateurs et les travailleurs américains".
En revanche, Paramount a dû proposer début juillet des mesures correctives pour tenter d'emporter le feu vert des autorités européennes. Bruxelles s'est donné jusqu'au 22 juillet pour rendre sa décision.
"Nous travaillons de manière constructive avec la Commission depuis huit mois et sommes convaincus que ces mesures répondent directement et pleinement aux préoccupations exprimées dans l'évaluation préliminaire de la Commission européenne, tout en favorisant une autorisation rapide", avait alors indiqué à l'AFP un porte-parole de Paramount.
Le rachat est également soumis au feu vert du Royaume-Uni où le gouvernement a annoncé qu'il pourrait lancer une procédure plus lourde pour s'assurer que la pluralité des médias soit préservée.
Selon Ross Benes, analyste du cabinet Emarketer, l'initiative des procureurs américains représente une "opération politiquement payante" pour eux mais a peu de chances d'aboutir en leur faveur sur le plan juridique.

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