Démarrage compliqué pour la saison des résultats dans le secteur du luxe
Au cours des derniers jours, ce sont LVMH puis Kering qui ont publié coup sur coup des chiffres d'activité a priori globalement conformes aux attentes au titre des trois premiers mois de l'exercice.
Mais à y regarder de plus près, les performances du segment du pôle de mode et maroquinerie de LVMH, le principal centre de profits du groupe de Bernard Arnault, et la marque Gucci, la griffe stratégique de Kering, se sont avérées bien plus mauvais que prévu.
Au sortir de deux années de stagnation des ventes de produits de luxe, victimes du ralentissement du marché chinois, de l'euro fort et d'une moindre demande de la clientèle la moins aisée sur fond de tensions inflationnistes, les perspectives ne s'annoncent guère plus favorables en 2026 au vu des conséquences du conflit au Moyen-Orient.
Si le numéro un mondial des produits de luxe n'a pas donné de prévisions pour l'exercice en cours, le propriétaire de Louis Vuitton s'est déclaré confiant mais aussi "vigilant" face au contexte actuel.
Même constat chez Kering, qui s'est donné cette semaine un horizon de quatre ans pour redresser ses résultats.
Même Hermès n'est pas épargné
Dans la lignée de cette vague de pessimisme, même Hermès - habitué à dépasser les attentes du marché - a fait état d'une croissance organique moins vigoureuse au titre du 1er trimestre.
Ces premières publications constituent indéniablement une déception, alors que beaucoup de professionnels estimaient que le niveau peu élevé des attentes du consensus avant la saison des résultats ouvrait la voie à de bonnes surprises en Bourse.
Mais la réaction des marchés est plus sévère. Sur l'ensemble de la semaine, le titre Kering perd quasiment 10%, Hermès lâche 2,9% et LVMH grappille 0,5%.
Depuis le 1er janvier, l'indice STOXX Europe Luxury 10 accuse un repli de plus de 15%, alors que le STOXX Europe 600 avance de 3,5% dans l'intervalle.
Fin de cycle ou simple correction ?
Selon Dorian Anglada, analyste chez Saxo, le secteur longtemps considéré comme le bastion de la croissance ininterrompue et de la résilience boursière est aujourd'hui confronté à ce qu'il considère être une "heure de vérité".
"Les résultats de LVMH, Kering et Hermès marquent une rupture avec l'ère de la croissance facile", souligne le spécialiste.
"La question de savoir si nous sommes en présence d'une fin de cycle ou d'une simple pause est au coeur des analyses actuelles", poursuit-il, estimant que la zone de turbulences actuelle dépasse la simple correction technique.
Saxo explique cependant qu'il est essentiel de noter que la demande fondamentale pour les marques iconiques reste présente, comme en témoigne la performance des divisions joaillerie et la résilience du marché américain.
Mais si la chute des cours de Bourse et la compression mécanique des multiples de valorisation (PER) pourraient constituer une opportunité pour les investisseurs de long terme, le risque de volatilité reste élevé à court terme, avertit-il.
Du point de vue de la banque danoise, le débat "fin de cycle ou correction" se tranchera probablement au cours des deux prochains trimestres
"Une réaccélération de la croissance organique au-dessus de 4% validerait le scénario d'une simple normalisation, tandis qu'une stagnation prolongée confirmerait un changement de cycle plus structurel", juge Dorian Anglada.
Dans ce contexte de morosité, rien ne garantit que les autres acteurs européens parviennent à mieux tirer leur épingle du jeu.
Moncler présentera ses chiffres mardi prochain, tandis que Burberry dévoilera ses comptes semestriels le 14 mai. Richemont, le numéro deux mondial du luxe, publiera quant à lui les résultats de son exercice 2025/2026 le 22 mai prochain.
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