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Confusion du côté de la Fed
Le Cercle des analystes indépendants23/03/2018 à 09:23

Davantage que sa décision, largement attendue, d'un relèvement de ses taux directeurs d'un quart de point, à 1,50-1,75 %, c'est sur ses perspectives qu'était attendue la Fed au terme du premier FOMC de la présidence de Jérôme Powell. Non seulement parce qu'un vaste flou règne autour des développements de l'économie américaine, soumise ces derniers temps à de multiples turbulences, mais également parce l'on attendait de cette première communication qu'elle éclaire sur l'orientation de la nouvelle équipe aux commandes de l'institution. Pas sûr que l'objectif ait été atteint, à en juger par les premières réactions de marché.

Car si la FED a plutôt rassuré en laissant statistiquement inchangée sa prévision de trois hausses de taux cette année, à 2-2,25 %, le durcissement de son scénario pour les deux années suivantes, qui envisage maintenant trois hausses de taux au lieu de deux en 2019 et des Fed funds à 3,25-3,50 % en 2020, trouble assurément son message. C'est, en effet, sur les deux années 2018 et 2019 que les membres de la Fed ont concentré leurs révisions à la hausse sur la croissance américaine, à respectivement 2,7 % et 2,4 % au lieu de 2,5 % et 2,1 % en décembre, la projection pour 2010 restant inchangée à 2 %. La Fed a également revu à la hausse sa prévision d'inflation, avec une remontée de cette dernière au-dessus de son objectif, à 2,1 % pour les deux années à venir, y compris pour sa composante hors énergie et alimentation, quand le communiqué, prenant acte de résultats inférieurs aux attentes depuis le début de l'année, envisage une accélération de l'inflation dès les prochains mois. Pourquoi, dès lors ne pas avoir acté ces changements par ce qui aurait été légitime, à savoir une quatrième hausse de ses taux directeurs dès cette année comme les marchés l'avaient imaginé ces derniers jours ?

Prévisions des Fed funds de la Fed

En procédant de la sorte, la Fed prend au moins trois risques :

Celui d'apparaître résolument derrière la courbe de l'inflation, hypothèse que ne valide pas cependant son scénario à plus long terme qualifié par Jay Powell lui-même de « modérément restrictif ».

Celui de donner l'impression de manquer de conviction à l'égard de son nouveau scénario de croissance et d'inflation, susceptible de réduire son influence et sa capacité à mener les marchés là où elle devrait avoir la conviction de devoir les conduire.

Celui, enfin, de sembler manquer de cohérence et donc de nuire à sa crédibilité, réduisant, de facto, l'impact de sa communication.

L'ensemble de va pas dans le sens d'une meilleure transparence, au moment où, le cycle avançant, la dispersion autour du scénario central de la Fed s'est, par ailleurs, significativement accrue, s'étalant pour 2019 de 1,75 %, soit un arrêt immédiat de la hausse des taux, à 4 %, et pour 2020, de 1,75 % à 5 %. Le dollar n'y gagne pas au change et s'effrite davantage quand les marchés de taux semblent y perdre leur latin, privilégiant à ce stade l'hypothèse d'une Fed plus « colombe » qu'attendu malgré le recalibrage des perspectives de moyen terme de la Fed... signe peut-être déjà de ce qui ressemble à un faux-pas dans la première communication de Jay Powell.

Véronique Riches-Flores, économiste indépendante, Pdte RF Research

Membre du Cercle des Analystes Indépendants

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