La Russie importe désormais du carburant aérien dans un marché déjà tendu par les perturbations du raffinage. Pour AlphaValue, cette situation constitue un signal défavorable pour les compagnies aériennes malgré leurs importantes couvertures.
La Russie importe du carburant Jet A-1, un phénomène encore peu commenté mais "très important", selon Arthur Kuntz, analyste chez AlphaValue. D'après les renseignements ukrainiens, trois pétroliers de la fameuse "flotte fantôme" russe auraient déjà acheminé quelque 70 000 tonnes depuis la Corée du Sud et l'Egypte vers Saint-Pétersbourg et Vladivostok.
Cette situation intervient alors que l'écart entre les prix des produits raffinés et du brut s'est fortement creusé. Dans une note publiée ce matin, Goldman Sachs rapporte que les marges du diesel et du carburant aérien sont environ trois fois supérieures à leur niveau d'il y a 1 an. Les exportations mondiales de produits raffinés ont chuté de 25%, la Russie et le golfe Persique représentant 75% de cette baisse. La banque ne prévoit un retour de l'activité mondiale de raffinage aux normes saisonnières qu'au second semestre 2027.
Si les compagnies aériennes sont couvertes à plus de 80% pour 2026, selon Arthur Kuntz, leurs stratégies diffèrent. Ainsi, Ryanair, Wizz Air et easyJet se couvrent directement sur le carburant aérien, tandis qu'Air France-KLM combine Brent, gazole et kérosène. De son côté, Lufthansa, davantage exposée au gazole et au Brent, revoit son dispositif après que la récente divergence des prix a "mis en évidence certaines limites".
Selon l'analyse d'AlphaValue, IAG semble mieux positionné au regard du contexte : le groupe privilégie les dérivés sur le carburant aérien à court terme et utilise davantage le Brent et le gazole sur les échéances éloignées. Cette stratégie "a mieux fonctionné au dernier trimestre que celle des autres compagnies aériennes historiques", estime Arthur Kuntz.
L'enjeu porte désormais sur 2027. A ce titre, Goldman Sachs a fortement relevé sa prévision de marge du diesel par rapport au Brent pour 2027, à 49 dollars par baril en moyenne en Europe, contre 19 USD dans sa précédente estimation de février. Pour Arthur Kuntz, la partie non couverte de 2027 ne sera pas achetée aux prix de 2024 : "le plancher des prix s'est déplacé et l'écart entre kérosène et brut s'est structurellement élargi", conclut le spécialiste.
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