Un trader vu de dos (Crédits: Adobe Stock)
Le 13 mars 2026
La toile de fond est peu encourageante. Aucune issue du conflit en Iran n'est en vue. Le nouveau guide suprême iranien appelle à maintenir la fermeture du détroit d'Ormuz et à intensifier les frappes sur les installations énergétiques en Arabie saoudite, au Koweït, à Oman et même en Irak. Son objectif, faire monter la pression sur le prix de l'énergie. Cette stratégie, destinée à dissuader les Occidents de poursuivre leur offensive, se révèle d'une efficacité redoutable. Le prix du baril de pétrole a franchi le seuil psychologique des 100 dollars, attisant la crainte d'un choc inflationniste majeur et d'un coup d'arrêt de la croissance mondiale. Tous les ingrédients d'une chute des marchés boursiers sont réunis : le CAC 40 a perdu 7% depuis le début du conflit, l'EuroStoxx 50 près de 5% et le Nikkei 7,5%. Wall Street s'en sort mieux avec un repli limité à 2,5% au treizième jour de la guerre en Iran.
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La situation est suffisamment préoccupante pour que les commentateurs les plus zélés brandissent le spectre d'une crise comparable à celle de l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février 2022, qui avait fait plonger les Bourses mondiales de près de 20%. Le parallèle avec le début de l'agression russe est en effet facile à établir. Il y a quatre ans, le prix du baril de pétrole s'était maintenu au-dessus de 100 dollars pendant quatre mois. Cette situation avait conduit à un recul de 1,3% des échanges mondiaux dès le deuxième trimestre de 2022 et en 2023.
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Dans la situation présente, le pétrole et le gaz naturel liquéfié ne sont pas les seuls produits qui transitent par le Golfe Persique. De nombreux produits transformés, comme l'aluminium, le soufre, les engrais, des plastiques ou des polymères, sont aussi concernés. Les premières estimations font état du risque de voir l'indice des prix à la consommation progresser aux Etats- d'un point de pourcentage environ et de plus de 1,5 point pour la zone euro, si le conflit n'est pas réglé au bout d'un mois. Il y a ce qui ne peut pas sortir du Golfe, mais aussi ce qui ne peut pas y entrer, comme des produits agroalimentaires, les automobiles, l'électronique ou les produits de construction importés, dont les pays de la région sont très dépendants. Une hausse prolongée du coût de l'énergie d'un côté, et un recul des échanges de l'autre, correspond au scénario le plus redouté des investisseurs : celui d'une « stagflation » généralisée qui ne ferait que des perdants.
En échafaudant ce type de scénario, on arrive très vite à se faire peur. Pour l'heure, nous n'y sommes pas. Les mesures que nous avons prises depuis le début du conflit étaient destinées à réduire les positions sur les titres les plus vulnérables à la hausse des prix de l'énergie et à renforcer la part des liquidités dans les portefeuilles. Force est de constater qu'elles se sont révélées plutôt efficaces. Elles n'ont pas suffi à totalement nous éviter de subir la baisse des marchés, mais elles nous ont permis d'en atténuer l'impact. Les graphiques de performances ci-joints montrent que tous nos portefeuilles font nettement mieux que le CAC 40. Alors que les valeurs françaises reculent d'un peu plus de 2% depuis le début de l'année, notre portefeuille Défensif affiche un gain de 4,2% sur la même période. Plus surprenant, l'Offensif, a priori plus exposé aux fluctuations du marché, s'en sort encore mieux avec une belle progression de 5,7% depuis le 1er janvier. Cette surperformance de près de 8% par rapport au CAC 40 s'explique par la présence de valeurs énergétiques plutôt recherchées depuis le début du mois (Vallourec, Rubis et E-on), ainsi que d'affaires liées à l'armement (Thales, Safran ou Airbus), et surtout de valeurs technologiques européennes mieux protégées que le reste de la cote par la correction actuelle. C'est le cas du groupe franco-italien STMicroelectronics, du néerlandais ASML Holding et de l'allemand Aixtron.
Notre sélection de fonds ISR/PEA, composée de valeurs traditionnellement peu spéculatives et dans laquelle la part des liquidités représente un peu plus de 50% de l'actif, se comporte elle aussi plutôt bien avec un gain de 2,4% depuis le début de l'année. Avec un recul de 1,4% de l'actif depuis le début de l'année, notre sélection d'ETF Monde est la plus affectée. Nous avons, au cours de ces derniers jours, significativement réduit les positions sur les trackers les plus exposés aux indices boursiers de la zone euro et à la Bourse de New York, ainsi que sur l'ETF MSCI Swap World et celui investi sur MSCI China ayant finalement mieux résisté que les autres depuis le début du mois de mars.
Quelle stratégie adopter dans la phase la plus aiguë de la crise ? La durée des affrontements est au cœur du problème. Les mesures de protection que nous avons adoptées au cours des dernières semaines, marquées par un allégement partiel des positions destinées à réduire l'exposition des portefeuilles à la baisse des cours, répondent assez bien au traitement boursier d'un conflit n'excédant pas trois à quatre semaines. Si la pression ne retombe pas d'ici à la fin mars, il faudra progressivement prendre des mesures nettement plus radicales de renforcement de la part des liquidités, qui constituent la seule protection efficace dans ce type de situation. Lorsque la crise bat son plein, la recherche de solutions d'investissement alternatives peut, en effet, se révéler plus dangereuse qu'une stratégie de repli classique de mise à l'abri de ses actifs sous forme de liquidités. Il faut cependant rester l'arme au pied en évitant de totalement sortir du marché, pour la simple raison que des signes d'amélioration peuvent se manifester à tout moment, y compris au plus fort de la crise. Dans ce cas, les valeurs les plus massacrées, notamment les financières, ou celles appartenant au secteur du transport aérien, de la chimie, de l'industrie, des matériaux de construction, ainsi que les produits de luxe, sont susceptibles de très vivement rebondir. Plutôt que de se laisser glisser dans une position défaitiste, souvent alimentée par un flot incessant de nouvelles catastrophistes, il faut se tenir prêt à saisir les moindres opportunités de rebond qui ne manqueront de se présenter dans les semaines à venir. De ce point de vue, les multiples phases de rebond auxquelles nous avons assisté au printemps et durant l'été 2022, avant l'envolée générale des cours intervenue fin septembre, constituent une belle leçon d'optimisme qu'il ne faut pas oublier.
Bonne lecture et bon week-end à tous,
Roland Laskine
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