La réélection du président Lula a provoqué une immense surprise chez les opérateurs de marché, qui s'étaient largement positionnés en faveur d'une victoire de Flávio Bolsonaro après son avance inattendue au premier tour des élections, au début du mois. L'Ibovespa avait alors bondi d'environ 8 %, tandis que le real s'était apprécié de 4 % et que les taux obligataires avaient fortement reculé, les investisseurs anticipant une politique budgétaire plus restrictive.
Le marché brésilien a chuté de près de 14% lundi, tandis que la devise locale, le real, s'est dépréciée de près de 8% face au dollar, provoquant ainsi une chute d'environ 20% du MSCI Brésil en dollars (ETF EWZ). Le MSCI Brazil Small Cap, représenté par l'ETF EWZS, a quant à lui plongé de plus de 30%, revenant à des niveaux proches de ceux du printemps 2025.
Pour comprendre cette violente réaction du marché, il faut d'abord poser le diagnostic de la situation économique du pays. Le secteur privé brésilien est pénalisé depuis plusieurs années par des taux directeurs extrêmement élevés, encore fixés à 13,75 %, en raison notamment d'une inflation supérieure à l'objectif de 3 % de la banque centrale. Cette situation est en partie entretenue par les déséquilibres budgétaires du pays, dont le déficit primaire a représenté en moyenne 1 % du PIB sous Lula entre 2023 et 2025, contre un excédent moyen de 0,4 % sous Bolsonaro (hors année 2020). Mais c'est surtout l'envolée de la charge d'intérêts qui inquiète les investisseurs, puisqu'elle représente désormais près de 9 % du PIB et explique l'essentiel du déficit public nominal, qui atteint 9,5 % du PIB. Cette situation alimente les craintes d'un cercle vicieux entre endettement, hausse des coûts de financement et maintien de taux d'intérêt élevés.
Face au manque de crédibilité du président Lula quant à l'adoption d'une politique budgétaire plus orthodoxe, les marchés craignent donc de voir la banque centrale maintenir des taux particulièrement élevés. La chute du real accentue d'ailleurs le risque inflationniste en renchérissant les importations, ce qui pourrait remettre en question le cycle de baisse des taux engagé au printemps. Ce scénario prolongerait la pression déjà importante sur la consommation, l'immobilier et les petites capitalisations, qui dépendent davantage du crédit et de la demande intérieure.
Le président Lula s'est certes prononcé en faveur d'une réduction du déficit, mais les investisseurs accordaient davantage de crédit aux promesses de consolidation budgétaire de Bolsonaro, compte tenu notamment de la dégradation des finances publiques durant le mandat actuel. La dette publique brute a augmenté de plus de 11 points depuis fin 2022 pour atteindre près de 83 % du PIB, ce qui laisse peu de marge de manoeuvre pour financer de nouvelles dépenses.
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