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Bourse : Une impression de déjà-vu
information fournie par Le Cercle des analystes indépendants 05/03/2026 à 10:51

figurine bourse investisseur (Crédits: Adobe Stock)

figurine bourse investisseur (Crédits: Adobe Stock)

Depuis 5 mois les cours des valeurs technologiques américaines consolident, voire baissent. Quoi de plus naturel et sain après la hausse phénoménale des dernières années ; le retour des indices sur leur moyenne mobile un an constitue habituellement une étape naturelle des phases haussières, une respiration nécessaire à la poursuite du mouvement.

Cette phase ressemble à s'y méprendre à la situation du premier semestre 2000, voire de l'année 2000 dans son ensemble. Elle avait été caractérisée par un «techno krach», une chute profonde des actions notamment du secteur des télécommunications et des équipementiers de télécommunications, et à l'opposé par  des performances absolues positives des actions de l'«ancienne économie». Cette analogie appelle plusieurs remarques.

La consolidation des actions technologiques américaines résulte de deux phénomènes : la transformation progressive des «hyperscalers» en utilities, et les effets négatifs du déploiement de l'IA sur certaines entreprises de software et de services numériques en général. Les investissements massifs (plus de 600 Mds$ cette année, 3.000 Mds$ d'ici 2030) dans des infrastructures de stockage de données, de production et de stockage d'énergie induit un changement de statut pour les grands groupes de l'internet comme Meta Platforms, Microsoft ou Google.

Désormais, elles doivent gérer des infrastructures physiques nécessitées par le développement considérable des nouvelles activités dont le cloud (stockage et gestion des données de leurs clients) et l'IA (dont on connait l'appétit pour les capacités de calcul et de stockage). Ces investissements ne sont pas ponctuels : ils sont récurrents, à l'image des utilities, dont le métier est de produire, stocker et distribuer de l'électricité, du gaz, de l'eau ou des télécommunications.

Des utilities des données

Ces géants américains de l'Internet deviennent progressivement des utilities des données, pour une partie de plus en plus grande de leur chiffre d'affaires. Cela modifie leur modèle d'affaires : d'un modèle idéal faiblement capitalistique à forte marge, ils doivent désormais intégrer la gestion d'infrastructures et très concurrentielle. D'où un « de-rating » qui explique la baisse actuelle (et future ?) de leur cours.

Par ailleurs, un segment large du secteur de la technologie américaine est menacé par la montée en puissance de l'IA. Les acteurs du logiciel et du service numérique vont etre très durement concurrencés par de nouveaux entrants dopés à l'IA, capables de concevoir et produire des logiciels plus efficaces et moins chers, et d'apporter des solutions sur mesure à un cout défiant toute concurrence..

De plus, beaucoup d'entreprises pourraient réinternaliser certaines tâches confiées à des entreprises de service numérique : l'IA utilisée intelligemment rend les choses bien plus simples et moins couteuses. La conjonction de ces deux phénomènes explique la consolidation voire la baisse de l'ensemble du secteur technologique américain.

Le secteur industriel tire son épingle du jeu

Face à ce phénomène, les autres secteurs résistent, voire progressent : l'indice des 7 Magnifiques a perdu plus de 10% sur ses plus hauts, mais l'indice S&P est stable depuis 5 mois.

Source : Factset et Phiadvisor Valquant

Source : Factset et Phiadvisor Valquant

Parmi les secteurs qui ont tiré leur épingle du jeu, on retrouve les secteurs industriels, bâtiment travaux publics, d'extraction minière, et pétrolière, ainsi que la distribution et la pharmacie. Parmi ces secteurs, un nombre significatif a progressé en bourse en raison du phénomène IA : la construction de data centers stimule l'activité de l'ensemble du secteur du bâtiment, des équipementiers électriques (Siemens, Schneider et Legrand en Europe), des producteurs d'électricité et d'énergie en général.

La hausse importante des grandes majors pétrolières, dont TotalEnergies, est imputée par certains analystes à la demande d'énergie électrique nécessaire au déploiement de l'IA. Ainsi, une partie importante de la hausse du cours des actions non technologiques est imputable à l'IA. C'est dire combien ce thème est majeur : on considère même qu'il explique la majorité de la croissance de l'économie américaine en 2025 ! Si demain, le déploiement de l'IA subit un coup d'arrêt, la tendance haussière pourrait etre menacée, et la baisse se propager à l'ensemble de Wall Street.  Mais les différences par rapport à 2000 sont considérables : les entreprises technologiques sont très rentables actuellement ce qui n'était pas le cas il y a 26 ans, et la politique monétaire de la Fed est plus favorable : début 2000, elle avait augmenté ses taux, alors qu'actuellement on attend de nouvelles baisses pour 2026...

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