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Bourse : préférer les valeurs "clean techs" aux secteurs polluants (Cercle des analystes indépendants)

Boursorama29/04/2016 à 10:39

Au cours des dernières années, les ''clean techs'' ont surperformé par rapport aux valeurs ''polluantes'', et cela devrait perdurer, explique Gilles Bazy-Sire.

En Bourse, les entreprises liées au développement des énergies renouvelables devraient avoir le vent en poupe face à celles dont le coeur de métier est lié à des activités polluantes, explique Gilles Bazy-Sire, président d'Equity GPS et membre du Cercle des analystes indépendants.

A l'échelle historique, la pollution générée par l'homme a été, jusqu'ici, une fonction combinée de la croissance démographique et du développement économique.

Deux tiers des rejets de gaz à effets de serre sont issus de la production et la consommation d'énergie carbonée, historiquement corrélée avec la croissance économique.

Mais il semble qu'on assiste à un début de découplage entre développement économique et émissions de CO2, sous les effets combinés de l'émergence récente des sources d'énergie alternatives, et des tendances de long terme d'efficacité énergétique régulièrement améliorée et de tertiarisation accrue de l'économie mondiale :

Répartition des emplois dans les trois principaux secteurs de l'économie en fonction du développement économique. Source : FMI / Equity GPS.

Ainsi, selon l'Agence Internationale de l'Energie (AIE), on a observé en 2014, pour la première fois depuis 40 ans hors période de crise économique, des émissions de CO2  stables alors même que l'économie mondiale a crû de 3% en réel. Pour l'avenir, dans son scénario de base, l'AIE projette une baisse des émissions en valeur absolue dans les pays développés entre 2013 et 2030 (premier graphique), et pour tous les pays une forte diminution en proportion du PNB (deuxième graphique) :

Evolution des émissions de CO2 par grandes zones et PNB par habitant. Source : AIE / Equity GPS.

Evolution des émissions de CO2 en % du PNB par grandes zones. Source : AIE / Equity GPS.

Beaucoup de mesures de limitation des rejets polluants ont déjà eu des effets visibles, négatifs ou positifs, sur l'évolution des performances à court, moyen et long terme de nombreuses sociétés cotées dans le monde, et il semble raisonnable de considérer que ce phénomène puisse s'inscrire dans une perspective de très long terme.

Citons par exemple le médiatique accord universel sur le climat adopté le 12 décembre 2015 à l’issue de la COP21. Cet accord est la manifestation de tendances qui favorisent depuis longtemps la forte croissance de fabricants d’éoliennes comme Vestas (cours +880% sur 3 ans), Nordex (+380%), Acciona (+65%), ou Xinjiang Goldwind (+150%) mais entravent au contraire certaines valeurs comme RWE (-55% sur 3 ans), ArcelorMittal (-41%), E.ON (-30%) ou plus partiellement Engie (+10%). Les numéros un et deux mondiaux du ciment, l'européen LafargeHolcim et le chinois Anhui Conch, ont également vu leurs cours évoluer de -33% et -15% sur 3 ans.

Dans la même idée, la Californie et neuf autres états américains, représentant un tiers du marché automobile des USA, ont déterminé une trajectoire très contraignante aux constructeurs automobiles en matière de "Zero Emission Vehicules" entre 2018 et 2025. La filière automobile pourrait en souffrir, mais ces dispositions très volontaristes ont également contribué à la croissance des technologies automobiles hybrides poussées à l'origine par les constructeurs japonais, puis à l'émergence disruptive de Tesla Motors (+630% sur 3 ans).

Redistribution des cartes entre concurrents

Un tel contexte peut provoquer des redistributions de cartes entre concurrents, avec parfois des traductions événementielles brutales aux conséquences durables sur la réputation, la stratégie et les perspectives bénéficiaires des entreprises.

Ainsi, par exemple, la promesse de lancement du compact Model 3 de Tesla dans 18 mois, pour un prix correspondant à la moyenne des voitures neuves vendues aux Etats Unis vient de lui valoir, en dix jours, un carnet de pré-commandes considérable (340.000 véhicules pour 14 MdUSD à date) accompagné d'un matelas de trésorerie confortable, pour un coût marketing se réduisant presque à quelques tweets bien préparés. Incidemment, cette dynamique pourrait lui faciliter le financement de son expansion à un coût très attractif par rapport au coût du capital des constructeurs automobiles conventionnels (Tesla se traite aujourd'hui 10 fois plus cher que Volkswagen en terme de Taux de Capitalisation du Chiffre d'Affaires).

Dans l'hypothèse où l'exécution par Tesla serait à la hauteur de la promesse, il pourrait s'agir d'un événement de portée comparable à celui du décollage des ventes du modèle T de Ford au début du 20ème siècle ou à l'envol du secteur de l'automobile en Europe après la 2ème guerre mondiale, périodes où les consommateurs attendaient plusieurs trimestres avant de se voir livrer leur commande. 

La comparaison avec les tourments auxquels est confronté le numéro un mondial du secteur Volkswagen est édifiante : le groupe allemand vend 320 000 véhicules chaque année aux Etats Unis (-12% au T1 2016), soit moins que les précommandes adressées à Tesla en dix jours.

Des investisseurs de plus en plus sensibles aux thèmes écologiques

D'après le mouvement activiste pour le désinvestissement des sociétés opérant dans l'énergie carbonée "Gofossilfree", soutenu par l'ONU, 515 investisseurs institutionnels dans le monde contrôlant le montant considérable de 3400 milliards de dollars d'investissements se sont engagés à réduire totalement ou partiellement leurs investissements dans des entreprises "carbonées".

Parmi eux, le fonds de pension public norvégien, le plus important fonds souverain actuellement au monde qui possède en moyenne 1.5% de toutes les sociétés cotées dans le monde et 2.5% des sociétés européennes, les deux plus importants fonds de retraites californiens Calpers et Calstrs, le Rockefeller Brothers Fund, le Conseil Mondial des Eglises, les Eglises de Suède et du Royaume-Uni, ou encore AXA, Allianz ou l'énorme fonds néerlandais des retraites ABP.

Pour leur part, une vingtaine de milliardaires (dont Bill Gates, Jeff Bezos, le Prince Alwaleed, Richard Branson, Ray Dalio, Jack Ma, Xavier Niel, George Soros, Mark Zuckerberg …) et l'Université de Californie ont créé un fonds nommé Breakthrough Energy Coalition destiné à contribuer au financement à long terme de l'expansion de l'énergie décarbonée dans 20 pays.

Enfin, la nouvelle génération au pouvoir en Arabie Saoudite vient d'annoncer envisager pour 2017 ou 2018 la privatisation partielle (5%) d'Aramco, la plus importante société (pétrolière ou non) au monde qui capitaliserait au moins 2000 MdUSD, et le transfert de cette participation à son Fonds Souverain, le Public Investment Fund (PIF). Le PIF saoudien deviendrait ainsi le plus important Fonds Souverain au monde, et serait supposé diversifier les futures ressources budgétaires d'un Etat durement affaibli par l'effondrement des prix du pétrole et par la confirmation de la tendance mondiale à favoriser les énergies décarbonées et à maîtriser les pollutions.

On peut penser que d'un point de vue stratégique, la part des investissements "hors Aramco" du PIF devrait progressivement s'investir dans tout sauf les énergies carbonées. Cela aurait même du sens qu’une poche dédiée aux "Clean Techs" y soit prévue pour des raisons de diversification, de stratégie économique, ou encore d'éventuelles considérations du nouveau pouvoir en terme d'image à l'échelle nationale ou internationale.

En conclusion, développer et maintenir une capacité d'analyse sur l'axe "Green Techs" par rapport aux valeurs potentiellement "Polluantes" nous paraît représenter un enjeu potentiellement important pour les investisseurs. Que ce soit pour des raisons commerciales et marketing (demandes des asset owners, attrait de tels fonds thématiques, …), ou simplement pour chercher à améliorer la performance et réduire le risque d'un portefeuille existant.

Gilles Bazy-Sire, président d'Equity GPS (www.equitygps.com), membre du Cercle des analystes indépendants

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.


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