Retraite informelle des dirigeants de l'Union européenne au château d'Alden Biesen à Bruxelles
Emmanuel Macron ouvre ce samedi à Paris un Salon international de l'agriculture inédit, sans vaches ni veaux, mais avec pléthore de dossiers éruptifs : colère paysanne, lignes de fracture entre syndicats, contestation de la gestion sanitaire et bras de fer commercial.
La Confédération paysanne a annoncé le boycott de l'inauguration présidentielle, estimant que le discours de l'exécutif "ne répond[ait] en rien aux colères du monde paysan".
Le syndicat dit avoir répété à l'Élysée "l'urgence de stopper la politique d'abattage total pour la DNC (dermatose nodulaire contagieuse, NDLR)" et juge que la stratégie gouvernementale a conduit à l'absence de bovins au Salon cette année.
Il ignorera également le traditionnel petit-déjeuner du chef de l'Etat, tout en tenant un stand pour "porter la voix des paysannes".
Selon le site d'informations Contexte, la Coordination rurale a elle aussi l'intention de boycotter la visite présidentielle.
Elle justifie toutefois sa présence au 62e Salon par la nécessité de "peser dans le débat public" à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, dénonçant les blocages autour de la loi Duplomb - qui vise à lever une partie des contraintes pesant sur le métier d'agriculteur -, la frilosité des acteurs de la filière et les promoteurs d'accords commerciaux jugés destructeurs "comme le Mercosur".
Le syndicat parle d'une situation "alarmante" pour les éleveurs et voit dans l'absence d'animaux au Parc des expositions de Paris un symbole d'une politique agricole "inefficace" et déconnectée.
Sur son site, elle prévient dans un communiqué : "Le Salon n'est pas une parade : sans actes forts pour l'agriculture, aucun agriculteur n’accueillera favorablement le président Emmanuel Macron."
La FNSEA livre quant à elle un diagnostic de crise — déficit de la balance commerciale agricole, recul de la production dans plusieurs filières, accumulation d'aléas climatiques et sanitaires — et remet l'impératif de production au centre, en plaidant pour une loi d'urgence agricole, la gestion de l'eau comme priorité, le principe de "pas d'interdiction sans solution" et un cap stable pour les exploitations.
INCERTITUDE POLITIQUE
Côté gouvernement, la ministre de l'Agriculture Annie Genevard a défendu vendredi sur France Inter la ligne sanitaire sur la DNC: "Le temps et le protocole choisi nous a donné raison", a‑t‑elle déclaré.
"Depuis le 2 janvier, nous n'avons plus aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse."
Sur le front commercial, la colère reste vive dans les milieux agricoles où l'on dénonce la signature par l'Union européenne de l'accord commercial avec le Mercosur en dépit de l'opposition affichée par la France qui dénonçait par la voix d'Emmanuel Macron un texte "d'un autre âge".
La saisine de la Cour de justice de l'UE par le Parlement européen a certes repoussé la ratification de 12 à 18 mois environ, mais une application provisoire reste possible en droit européen, ce qui entretient l'incertitude politique autour du dossier.
En toile de fond, la mobilisation des dernières semaines résume les griefs : coûts élevés, lourdeur réglementaire, concurrence jugée déloyale intra‑UE et extra‑UE, inquiétudes sur la DNC et débats sur les pesticides à la faveur d'une nouvelle offensive législative au Sénat autour de la loi Duplomb.
(Rédigé par Nicolas Delame, édité par Sophie Louet)

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