Des auto-anticorps dirigés contre les interférons de type I pourraient être responsables des effets indésirables graves, voire mortels, survenus chez des personnes âgées vaccinées contre le chikungunya, selon une étude française publiée .
De type vivant atténué, un premier vaccin contre le chikungunya a été autorisé sur le marché américain en 2023, puis européen en 2024. Il a fait l'objet, en avril 2025 en France, d'un déploiement en population générale sur l'île de la Réunion, frappée depuis 2024 par une nouvelle épidémie de chikungunya.
Or deux mois auparavant, des effets indésirables graves chez des personnes âgées avaient été signalés aux Etats-Unis (1). Trois semaines après le lancement de la campagne à la Réunion, les autorités sanitaires françaises faisaient à leur tour état de trois cas d'effets indésirables graves chez des personnes âgées de plus de 80 ans et atteintes de comorbidités, et retiraient les plus de 65 ans de la cible vaccinale.
A la vue de ces évènements, l'équipe de Jean-Laurent Casanova,, a aussitôt suspecté le rôle de certains auto-anticorps, dirigés contre les interférons de type I, élément crucial de l'immunité innée antivirale. En 2021, les chercheurs avaient découvert que ces anticorps, présents chez 5 % des personnes de plus de 65 ans mais chez seulement 0,5 % des moins de 65 ans, étaient impliqués dans environ un tiers des réactions graves, mais rares, liées au vaccin contre la fièvre jaune -lui aussi de type vivant atténué (2).
Publiée dans les PNAS, leur analyse de cinq cas réunionnais confirme leur hypothèse (3). Parmi ces personnes, âgées de 82 à 88 ans et dont deux sont décédées après vaccination, trois ont développé une encéphalite. Or ces trois patients présentaient tous des auto-anticorps dirigés contre les interférons de type I, à la différence des deux personnes n'ayant pas eu d'encéphalite.
« La présence de ces auto-anticorps altère l'immunité antivirale liée aux interférons de type I, ce qui favorise la réplication du virus atténué, et engendre ainsi une encéphalite virale. Ce phénomène a déjà été montré avec d'autres virus, dont le virus vaccinal de la fièvre jaune », expliquent les chercheurs. Ces auto-anticorps seraient aussi impliqués dans des infections sévères par des virus de type sauvage, tels que le SARS-CoV-2, le MERS-CoV (coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient) et le virus de la grippe, mais aussi diverses arboviroses comme la fièvre West Nile et l'encéphalite à tiques(4).
Selon les chercheurs, les personnes porteuses de ces auto-anticorps auraient 110,6 fois plus de risques de développer un effet indésirable grave suite à la vaccination contre le chikungunya, voire 553 fois plus de risques de présenter une encéphalite virale.
Même en présence de ces auto-anticorps, de tels évènements ne semblent pas inéluctables. Sur environ 4 500 personnes âgées de plus de 65 ans vaccinées à la Réunion, les chercheurs estiment que 10 à 20 étaient porteuses de ces anticorps, sans qu'aucun cas soit rapporté dans cette classe d'âge. D'autres facteurs pourraient entrer en jeu, dont le grand âge, la fragilité et la présence de comorbidités. Par ailleurs, il reste à déterminer quel est l'effet de ces auto-anticorps chez les 0,5 % de porteurs de moins de 65 ans.
Par prudence, les chercheurs recommandent d'éviter d'utiliser ce vaccin vivant atténué contre le chikungunya chez les personnes ayant ces auto-anticorps, si besoin en vérifiant leur présence au préalable -les chercheurs ont décrit, en 2024, un test à cet effet (5). Chez les personnes positives, d'autres vaccins, déjà sur le marché ou en cours de développement, pourraient être utilisés, tels que ceux à virus inactivé, ceux de type recombinant ou à ARNm.