Malgré un début d’année fulgurant en Bourse, Valneva se retrouve à la croisée des chemins. La biotech franco-autrichienne, propulsée par une hausse à deux chiffres et des analystes optimistes, doit composer avec des vents contraires : perte d’un accord stratégique pour son vaccin contre le chikungunya, incertitudes réglementaires et concurrence accrue. Face à ces défis, son avenir repose désormais sur un pari audacieux : le VLA15, candidat-vaccin contre la maladie de Lyme, qui pourrait transformer la société en champion du secteur… ou précipiter sa chute.
Après une progression supérieure à 10 % en ce début d’année et un ajustement à la hausse des objectifs de cours par les analystes, tous les voyants semblent au vert sur le dossier Valneva. Alors que le CAC 40 reste atone sur la période en grappillant moins de 2 % depuis le 1er janvier, la biotech franco-autrichienne fait même partie des cinq plus grosses hausses du SBF 120, entre Thales et Soitec.
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Avec sa hausse à deux chiffres depuis le 1er janvier, l’action Valneva (en orange) surperforme clairement le CAC 40 (en bleu).
Infographie : TradingView
Pourtant, la hausse en ligne droite du titre ne doit pas faire oublier l’aspect spéculatif du dossier. Il y a quelques jours, Valneva a annoncé ne plus disposer d’accord de fabrication pour son vaccin Ixchiq contre le chikungunya, ce qui ne laisse que peu d’espoir quant au futur de cette spécialité.
Même si la startup fondée en 2013 dispose encore de suffisamment de liquidités pour financer son activité jusqu’à l’année prochaine, son avenir repose désormais sur le VLA15, son candidat-vaccin développé en collaboration avec Pfizer contre la maladie de Lyme.
Ce scénario « quitte ou double » pourrait, selon les analystes, conduire à un triplement de l’action dans les prochaines années. Une situation qui ravira les investisseurs à la recherche de sensations fortes, mais à laquelle les épargnants prudents éviteront de s’exposer du fait du risque non-négligeable de perte intégrale du capital.
Entre la perte quasi-inévitable d’une source de revenus existante et le potentiel explosif, mais encore incertain, du prochain vaccin, le dossier Valneva débute l’année avec fracas. Voici un tour d’horizon des principaux enjeux de la start-up.
L’Ixchiq de plus en plus compromis
Qu’il semble loin le mois de décembre 2024, durant lequel Valneva se félicitait d’avoir conclu un accord de licence exclusif avec le Serum Institute of India (SII) pour fabriquer à grande échelle son vaccin contre le chikungunya !
Grâce à cette collaboration avec le plus grand fabricant de vaccins au monde en nombre de doses, Valneva s’ouvrait les portes de l’Asie. Le rapprochement, destiné à faciliter l’accès aux médicaments innovants aux pays à revenus faibles et intermédiaires (PRFI), avait même obtenu un financement de plus de 41 M$ de la Coalition pour les Innovations en Préparation aux Epidémies et de l’Union européenne.
Le calendrier semblait idéal alors que la plus grande démocratie du monde faisait face à une augmentation exponentielle de l’épidémie avec près de 370 000 cas recensés sur l’année. Le potentiel de l’Ixchiq était tout aussi important en Occident, avec une épidémie en pleine diffusion du fait de la prolifération du moustique Aedes (également vecteur de fièvre jaune, de dengue et de Zika).
Un an plus tard, le besoin criant en vaccin n’a pas changé. L’épidémie s’étend sur notre territoire avec plus de 830 cas déclarés en France à fin novembre et, encore plus inquiétant, près d’une centaine de cas autochtones (non rapportés par des voyageurs mais contractés directement sur le territoire). A moins d’un miracle, l’Europe et l’Amérique du Nord seront bientôt des zones où le virus sera endémique. L’Asie n’est évidemment pas mieux lotie, avec une prévalence dépassant les 1 pour 1000 en Inde cette année, et un doublement des cas entre 2024 et 2025 en Thaïlande – une prévalence très certainement sous-estimée au vu du nombre de pays ne transmettant pas de données épidémiologiques fiables.
L’urgence sanitaire aurait pu faire la fortune de Valneva… mais la confiance dans son vaccin s’est envolée en quelques mois. La multiplication des effets secondaires chez les personnes âgées a rapidement conduit la France et l’Europe à suspendre la prescription chez les patients de plus de 65 ans, particulièrement sensibles aux attaques cardiaques et neurologiques suite à l’injection de cette spécialité préparée avec un virus vivant atténué. Or, ce sont eux pour qui la vaccination est la plus utile dans la mesure où la sévérité de l’infection au chikungunya augmente avec l’âge.
L’été dernier, la FDA américaine est même allée plus loin en suspendant l’utilisation du vaccin aux Etats-Unis. La perte de l’accord de fabrication avec SII pour la zone Asie pourrait donc bien signer la fin de cette spécialité, même si Valneva annonce vouloir « assumer le contrôle direct de sa chaîne d’approvisionnement et de la commercialisation dans les pays endémiques ».
Maintenir la production semble d’autant plus difficile que son concurrent Bavarian Nordic a sorti, à son tour, un vaccin contre le chikungunya. Le nouveau vaccin ne contenant pas de virus vivant, il présente moins de risques d’effets secondaires et devrait obtenir rapidement les faveurs des autorités sanitaires sur toute la planète.
Selon toute vraisemblance, les jours de l’Ixchiq sont comptés, et avec eux le potentiel commercial en milliards d’euros pour Valneva.
Valneva : le VLA15, prochain blockbuster ?
Tout n’est pourtant pas perdu pour la startup.
Elle dispose également dans ses cartons du VLA15, un candidat-vaccin contre la maladie de Lyme. Cette infection transmise par les tiques cause des éruptions cutanées, de la fièvre, des douleurs articulaires et de la fatigue qui peuvent devenir invalidantes pour les patients.
Selon les estimations de l’Institut Pasteur, le nombre de cas en France est de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers par an. Un décompte large à l’échelle de l’Europe est rendu impossible par le fait qu’il ne s’agit pas d’une maladie à déclaration obligatoire dans la plupart des pays. Le Ministère de la Santé canadien estime toutefois que le risque de contracter la maladie de Lyme après une piqûre de tique à pattes noires est estimé entre 1 % et 3 % dans les zones à haut risque (où jusqu’à 50 % des tiques sont infectées).
La banque d’investissement américaine Stifel a donc estimé, début janvier, que le VLA15 a le potentiel de devenir un « blockbuster », ces médicaments phares qui assurent l’écrasante majorité des bénéfices de leurs concepteurs. Actuellement en Phase III pour mesurer son efficacité en vie réelle, le VLA15 est le seul vaccin à être à un stade aussi avancé dans cette indication.
Selon les analystes, le VLA15 devrait offrir une excellente efficacité, et Stifel se prend à espérer une couverture entre 70 % et 80 % par rapport à la population non-vaccinée. A l’issue de la Phase III, Valneva pourrait déposer ses demandes d’autorisation de mise sur le marché (AMM) dès le second semestre de cette année, avec une potentielle approbation début 2027. Les premiers flacons pourraient alors être distribués à partir de la fin d’année prochaine, permettant au VLA15 de faire exploser les chiffres de la start-up dès 2028.
Dans ce scénario, Stifel voit la capitalisation boursière de la firme s’approcher des 2 Mds$, ce qui tirerait l’action vers les 10 €.
Le calendrier évoqué est compatible avec les 140 M€ de liquidités dont dispose encore Valneva pour financer ses études cliniques et le début de la commercialisation… mais il faudra que les planètes s’alignent pour que la biotech touche le jackpot sans passer par la case recapitalisation, qui viendrait laminer le potentiel de gains pour les actionnaires historiques.