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TOTALENERGIES : Analyse du statu quo actuel dans le détroit d'Ormuz

19 août 2026 16:15

La situation du conflit Iran/USA est bloquée dans le golfe Persique..Etranglement économique mis en avant par les USA, menaces d'intervention sur les pays du Golfe alliés des USA en cas d'accord militaire bilatéraux, blocus navals imparfaits dans les deux sens , transferts ship to ship en mer d'Oman et reprise de cargaisons vers l'export à l'intérieur du Golfe Persique, sans parler des soubresauts Houtis et des limitations d'export envers l'Arabie Saoudite..Statu quo et stratégies assumées des deux bords , mais jusqu'à quand?

14 réponses

  • 19 août 2026 16:20

    IA/ Oui. Et je pense que votre lecture du statu quo est juste, avec toutefois un élément nouveau assez important : nous sommes en train de passer d'un « blocus » à une économie de contournement. Ce qui rend précisément le statu quo beaucoup plus durable qu'on ne pouvait le penser il y a quelques semaines.

    Au 19 août, le trafic dans Ormuz est toujours extrêmement faible : seulement six navires de matières premières ont franchi le détroit mardi, contre plus de 130 transits quotidiens avant la guerre. Et surtout, les grands armateurs chinois ont désormais cessé de faire passer leurs navires par Ormuz et Bab el-Mandeb depuis fin juillet.

    1. Le paradoxe actuel : le blocus fonctionne… mais pas complètement

    C'est probablement le point essentiel.

    Washington n'a pas besoin de fermer hermétiquement Ormuz. Il lui suffit de rendre son franchissement suffisamment dangereux, coûteux et incertain pour que les grands opérateurs renoncent à l'utiliser.

    Et c'est exactement ce qui se produit.

    Mais simultanément, les producteurs du Golfe ont appris à faire sortir une partie des barils autrement :

    transferts ship-to-ship au large de Fujairah et d'Oman ;
    navires naviguant avec AIS éteint ;
    utilisation des pipelines saoudiens et émiratis ;
    chargements depuis des terminaux situés hors du Golfe ;
    stockage temporaire puis transbordement ;
    itinéraires plus longs autour de l'Afrique.

    Reuters rapporte ainsi que Saudi Aramco a recommencé à charger des VLCC à l'intérieur d'Ormuz et propose parallèlement des cargaisons Arab Medium/Heavy par STS au large de Fujairah.

    Autrement dit : le robinet n'est pas fermé ; son débit est fortement étranglé et son coût de fonctionnement explose.

    2. Et c'est précisément ce qui peut permettre au statu quo de durer

    Je vois maintenant trois niveaux.

    🟢 Niveau 1 — le statu quo actuel

    C'est probablement la stratégie privilégiée des deux camps.

    USA :

    « Nous étranglons l'économie iranienne sans avoir à envahir l'Iran. »

    Iran :

    « Nous empêchons le retour à une circulation normale dans Ormuz sans avoir à fermer totalement le détroit ni déclencher une guerre directe avec les États-Unis. »

    C'est une forme de guerre d'attrition économique et maritime.

    Et elle présente pour chacun un avantage considérable :

    Washington évite une offensive terrestre ;
    Téhéran conserve son principal moyen de pression ;
    les États du Golfe continuent à exporter une partie de leur pétrole ;
    la Chine continue à acheter du pétrole, mais autrement ;
    le marché mondial absorbe progressivement une partie du choc.

    C'est pourquoi je ne crois plus beaucoup à un règlement rapide.

    3. Mais il existe désormais une deuxième guerre : celle des infrastructures de contournement

    C'est là que votre remarque sur les STS est particulièrement pertinente.

    On voit émerger une véritable « shadow oil highway » autour d'Ormuz : pipelines + tankers + transferts STS + cargaisons déplacées vers le Golfe d'Oman. Certaines estimations parlent maintenant de plusieurs millions de barils/jour pouvant être ainsi réacheminés.

    Et la Chine joue un rôle déterminant.

    Les deux grandes compagnies maritimes chinoises qui transportaient auparavant une part considérable du pétrole moyen-oriental de la Chine ont choisi de sortir leurs navires des deux chokepoints. Elles chargent désormais davantage à l'extérieur du Golfe.

    C'est extrêmement important parce que cela signifie :

    Iran ne peut plus compter uniquement sur Ormuz pour faire pression sur la Chine.

    Mais inversement :

    les États-Unis ne peuvent plus compter uniquement sur Ormuz pour asphyxier totalement les exportations du Golfe.

    Les deux camps s'adaptent.

    4. Et les Saoudiens commencent eux-mêmes à jouer sur les deux tableaux

    C'est assez révélateur.

    Saudi Aramco a recommencé à charger à Ras Tanura/Juaymah, mais vend aussi du brut par transfert au large des Émirats.

    Et l'autre contrainte est désormais Bab el-Mandeb.

    Les Houthis ont effectivement transformé le problème en une sorte de double verrou :

    Ormuz → Golfe Persique

    Bab el-Mandeb → mer Rouge

    L'Arabie Saoudite peut donc réussir à sortir davantage de pétrole par Ormuz tout en ayant des difficultés à utiliser Yanbu et la route de la mer Rouge. Reuters estime que les chargements de Yanbu restent très loin de leur niveau normal, tandis que les alternatives via l'Égypte sont beaucoup plus coûteuses.

    C'est une situation extraordinairement inefficiente… mais encore supportable.

    5. Le vrai danger pour le statu quo vient plutôt des « accidents »

    C'est ici que je placerais le compteur.

    Le risque principal n'est plus nécessairement :

    Iran décide de fermer Ormuz.

    Il est plutôt :

    un événement maritime provoque une escalade que personne ne voulait réellement.

    Par exemple :

    un tanker américain ou allié détruit ;
    un navire chinois touché ;
    un missile iranien atteint une installation pétrolière saoudienne ou émiratie ;
    un navire américain coulé ;
    une attaque Houthie faisant beaucoup de victimes ;
    un pays du Golfe répond militairement ;
    Washington répond directement contre une infrastructure iranienne.

    Et là, le mécanisme d'escalade change complètement.

    6. Il y a toutefois une contradiction croissante du côté américain

    C'est peut-être, à mon sens, le point le plus intéressant de la situation actuelle.

    Washington affirme en substance :

    « Ormuz est sous contrôle américain. »

    Mais les chiffres de navigation disent quelque chose de très différent.

    Six navires mardi.

    C'est presque la démonstration inverse : les États-Unis contrôlent militairement la zone, mais ne contrôlent pas la décision commerciale des armateurs d'y entrer.

    Et c'est là que la menace américaine envers Oman devient particulièrement préoccupante.

    Oman est précisément le médiateur naturel et le pays qui contrôle la rive stratégique du détroit avec l'Iran. Les discussions Iran-Oman avaient montré des signes de progrès début août, avant de s'enliser.

    La menace américaine contre Oman est donc paradoxale : Washington risque de détruire le seul canal diplomatique qui permettrait justement de sortir du statu quo.

    7. Alors : jusqu'à quand ?

    C'est ici que je modifierais légèrement mon scénario par rapport à nos discussions précédentes.

    Je ne vois pas nécessairement une explosion imminente.

    Je vois plutôt trois fenêtres.

    Scénario A — prolongation du statu quo : ~50 %

    Encore plusieurs semaines à quelques mois.

    Iran continue à contrôler de facto le passage.

    USA maintiennent la pression.

    Les producteurs contournent.

    Chine adapte sa logistique.

    Brent reste dans une zone élevée mais pas explosive.

    C'est le scénario qui me paraît actuellement le plus probable.

    Scénario B — accord pragmatique : ~30 %

    Et celui-ci devient intéressant.

    Pas nécessairement un grand traité Iran-USA.

    Plutôt quelque chose comme :

    Iran : circulation maritime garantie.

    USA : allègement partiel des sanctions / reconnaissance implicite d'un régime de passage.

    Oman : mécanisme de supervision.

    Golfe : neutralité des installations pétrolières.

    C'est probablement la seule sortie qui permette à tout le monde de revendiquer une victoire.

    Et c'est précisément pourquoi je surveillerais beaucoup Oman.

    Scénario C — accident/escalade : ~20 %

    Un navire important est détruit, un pays du Golfe est frappé plus durement ou Washington décide que l'étranglement économique ne suffit plus.

    Alors on pourrait rapidement passer de :

    guerre économique → guerre maritime → frappes sur infrastructures énergétiques.

    Et là, évidemment, notre scénario Brent change radicalement.

    8. Et pour TotalEnergies, c'est là que cela devient particulièrement intéressant

    Le paradoxe est que TTE n'a pas besoin que le pétrole atteigne $150–200 pour bénéficier de cette situation.

    Le simple maintien de :

    Brent $90–100 + LNG perturbé + marges de raffinage élevées + production TTE relativement résiliente

    est déjà extrêmement favorable au cash-flow.

    Mais il y a une différence capitale entre :

    Brent $95 pendant six mois

    et

    Brent $140 pendant six semaines.

    Le premier est probablement beaucoup plus favorable à TTE à moyen terme, parce qu'il augmente durablement les cash-flows sans provoquer immédiatement une destruction de demande mondiale.

    Et aujourd'hui, Brent est justement revenu vers $91–92, malgré la paralysie persistante d'Ormuz.

    Mon sentiment actuel

    Je résumerais la situation ainsi :

    Nous ne sommes plus dans une crise qui attend nécessairement une résolution. Nous sommes entrés dans un équilibre de guerre imparfait, où chacun a découvert qu'il pouvait supporter le statu quo plus longtemps que prévu.

    Et c'est probablement le facteur qui peut faire durer le conflit.

    Mais cet équilibre est instable : plus il dure, plus les systèmes de contournement se développent, plus les coûts s'accumulent, et plus la question devient politique plutôt que militaire : qui sera le premier à accepter un compromis sans donner l'impression d'avoir cédé ?

    À mon avis, c'est là que se trouve aujourd'hui la vraie clé de sortie — davantage à Mascate qu'à Washington ou Téhéran.


  • 19 août 2026 16:41

    Bonjour kissnick et merci pour tes publications et avis.

    La Bourse et les marchés financiers nous démontrent, une fois de plus, que des éléments exogènes (à la réalité économique de nos entreprises cotées) peuvent avoir des impacts majeur sur les cours, et, selon le cas, ces impacts se résorbent ou s'amplifient et se confortent dans le temps.

    Durant ce temps, l'investisseur doit ajuster (ou pas) sa stratégie.

    Gekko235 😎


  • 19 août 2026 20:07

    Merci pour le partage kissnick , je pense que le scénario du maintiens de la situation actuelle avec baril entre 85 et 95 et ce qui convient à tout le monde. ce qu'oublie de préciser l'I.A c'est que le pétrole à ce cours n'est pas chere rapporté à la masse monétaire M2 et ca fait longtemps que je le dis.


  • 19 août 2026 20:12

    l'IA est un peu trop verbeux à mon goût.

    Mais plus important, il n'évoque que le statut quo entre les Etats Unis et l'Iran.
    Or ce statu quo signifie instabilité et pertes de recettes pour tous les plays du Golfe dont le PIB provient essentiellement des ressources pétrolières.
    Il est donc certain que ces pays font pression car il n'est pas sûr qu'ils puissent résister plus longtemps que l'Iran à ce blocus ou demi-blocus
    Par ailleurs personne ne se pose la question de qui va payer les centaines de milliards de dollars que coûte la mobilisation de l'armada américaine. Les pays du golfe bien sûr.
    Enfin la Chine, le Japon et l'Inde ont besoin de ce pétrole et la Russie n'est pas en capacité technique et logistique de compenser le manque même à prix discount.


  • 19 août 2026 21:10

    Ajuster le prix du pétrole par rapport à la masse monétaire M2 (la quantité totale de billets, pièces, comptes courants et épargne disponible) consiste à mesurer le pouvoir d'achat réel du baril au lieu d'observer son simple prix nominal en dollars.
    ​Le concept fondamental
    Si un baril valait 100 $ en 2008 et qu'il vaut 85 $ aujourd'hui, le prix semble proche. Mais entre-temps, les banques centrales ont massivement augmenté la quantité de dollars en circulation. Lorsqu'on divise le prix du baril par la masse M2, le pétrole ressort historiquement très bon marché.
    ​Ce que cette comparaison implique :
    ​Dévaluation de la monnaie : La quantité de dollars a augmenté plus vite que le cours du pétrole. Le prix affiché à la pompe intègre une forte perte de pouvoir d'achat de la devise.
    ​Gains de productivité : Le secteur pétrolier s'est modernisé (gain d'efficacité, pétrole de schiste), ce qui a permis de maintenir des coûts d'extraction relativement bas par rapport au volume total de capitaux en circulation.
    ​Potentiel de rattrapage : Certains analystes estiment que si une nouvelle vague d'inflation ou un choc d'offre survient, l'abondance de liquidités (M2) pourrait théoriquement alimenter une hausse rapide des matières premières sous-évaluées en comparaison.
    ​Le pétrole n'est pas "bon marché" à la pompe pour le consommateur direct, mais il l'est nettement au regard de la masse de dollars en circulation.

    Bien entendu j ai demandé des précisions à gemini....


  • 19 août 2026 21:32

    Je répondrais à Pierre Z en lui donnant globalement raison sur le fond, mais en nuançant fortement deux points : les États du Golfe peuvent absorber longtemps des pertes de recettes grâce à leurs réserves financières, et la facture de l'armada américaine ne sera pas nécessairement directement présentée aux monarchies du Golfe.

    Voici une version beaucoup plus courte et « forum Boursorama » :

    Je partage assez largement votre analyse. Le statu quo USA-Iran n’est pas neutre : il coûte surtout aux États riverains du Golfe, qui cumulent baisse/perturbation des exportations, surcoûts logistiques, tourisme et investissements retardés, et maintenant dommages directs aux infrastructures. Les bases américaines sont certes les premières cibles, mais Ras Laffan au Qatar et des installations de dessalement au Koweït ou à Bahreïn montrent que les États hôtes paient eux aussi la guerre.

    La nuance est que les monarchies du Golfe ont précisément accumulé des centaines de milliards de réserves et d’actifs souverains pour absorber ce type de choc. Elles peuvent donc probablement tenir plus longtemps que l’Iran, mais pas indéfiniment : le problème devient rapidement le coût d'opportunité et la dégradation de leurs infrastructures stratégiques.

    Pour l’Iran, le besoin de capitaux est d’une autre nature : après des années de sanctions et de sous-investissement, il faudrait probablement plusieurs dizaines de milliards de dollars simplement pour remettre à niveau pétrole, gaz, raffinage, électricité, ports et infrastructures civiles — et beaucoup davantage pour une véritable reconstruction. Sans levée significative des sanctions et accès aux capitaux étrangers, c’est très difficile.

    Quant aux États-Unis, je ne pense pas que Washington puisse simplement « envoyer la facture » aux pays du Golfe : une partie sera supportée par le budget américain. Mais il est très probable qu’à terme les monarchies contribuent davantage à la facture sécuritaire, directement ou indirectement.

    Et vous avez raison sur un point essentiel : la Chine, l’Inde et le Japon ne peuvent pas remplacer rapidement le pétrole du Golfe. La Russie peut en détourner une partie, mais elle ne possède ni les volumes logistiques ni surtout la capacité supplémentaire de production permettant de compenser durablement une rupture majeure.

    C’est pourquoi je pense que la pression diplomatique des pays du Golfe va devenir déterminante. Ils ont intérêt à ce que Washington et Téhéran trouvent un compromis avant que le coût du statu quo ne dépasse le bénéfice militaire recherché.

    En résumé : l’Iran paie la guerre par l’étranglement économique ; les États du Golfe la paient par la destruction d'actifs et la perte de revenus ; les consommateurs asiatiques la paient par le pétrole plus cher ; et les États-Unis par le coût militaire. Plus le conflit dure, plus ces intérêts convergent vers une sortie négociée.


  • 19 août 2026 21:46

    Et l'Europe dans tout ça, en consequence elle paie doublement si ce n est pas ×3...


  • 19 août 2026 21:47

    Mais bon TTE en profite....


  • 19 août 2026 21:49

    Et quand je parle d Europe je parle d Europe désunie....

    On est bien là.


  • 19 août 2026 21:55

    Et comme dit mon petit fils, chacun sa pomme
    Ça doit être genetique.

    Rout ca pour dire que c est la petite histoire qyi dait la grande Histoire.


  • 19 août 2026 22:46

    Malgré que le prix du carburant à la pompe n’ait jamais été aussi élevé, comparativement au SMIC il devrait être à 3€ pour être aussi cher qu’en 73.

    Et encore, les taxes d’aujourd’hui ne sont pas les taxes de l’époque. 🤦‍♂️

    De toute façon, il va falloir apprendre à vivre dans un monde avec moins de fossiles…et ça va piquer.


  • 20 août 2026 08:32

    Guerre d'usure avec contournement, com je le pensais on est parti pour du LT sur une nouvelle ère ........dans n'importe quels cas il va falloir s'adapter et le contournement en fait parti...


  • 20 août 2026 10:45

    Et je peux rajouter aujourd'hui en réaction , la toute dernière menace de Trump et sanctions pour les pays qui aideraient les Iraniens dans leurs actions de blocage du détroit d'Ormuz...


  • 20 août 2026 10:55

    l'Iran menace à son tour d'attaquer.
    Coup de bluff ou réelle intention den découdre ?
    Sans doute les deux....

    Mais clairement un risque d'extension et de destruction de l'outil de production 🤔​

    Le we s'annonce chaud


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