Jouons un peu au sélectionneur de l'équipe national et dénichons d'autres pistes qui peuvent créer de la valeur pour RNO.
Première piste évidente mais encore sous-estimée : pousser plus loin l’hybridation plutôt que l’électrique pur. Le marché européen envoie un signal clair, les clients veulent du pragmatique, pas de l’idéologie. Renault est très bien placé là-dessus avec l’E-Tech, des coûts maîtrisés, une technologie éprouvée et une réglementation européenne qui, de fait, donne du temps. Chaque hybride vendu aujourd’hui, c’est une marge correcte, moins de subventions à absorber, moins de pression sur les flux de trésorerie. Le risque serait de sous-investir sur ce segment alors qu’il est en train de devenir le cœur du marché réel, pas théorique.
Deuxième piste majeure : aller encore plus loin dans la baisse du point mort industriel. Renault a déjà beaucoup fait, mais ce n’est pas fini. Simplification des plateformes, réduction du nombre de variantes, rationalisation fournisseurs, arbitrage plus dur sur les marchés non rentables. Le vrai levier n’est pas de vendre beaucoup plus, mais de rester rentable même à volumes moyens. Si Renault arrive à démontrer qu’il peut maintenir ses marges avec des volumes européens simplement "corrects", la perception du risque change radicalement.
Troisième piste : l’international sélectif, pas l’expansion tous azimuts. Renault n’a aucun intérêt à courir après les Etats-Unis ou la Chine à grande échelle. En revanche, renforcer là où la marque est déjà crédible et rentable (Amérique latine, Maroc, Turquie, Corée, Inde via partenariats) est un levier très sous-coté. Ce sont des marchés moins exposés aux guerres commerciales, plus sensibles au rapport qualité-prix, exactement l’ADN Renault. Chaque point de part de marché gagné là-bas vaut plus qu’un coup de communication en Europe.
Quatrième piste : tirer enfin toute la valeur de la relation avec Nissan sans dépendance capitalistique. Le désengagement progressif a réduit le risque, mais Renault peut encore monétiser l’ingénierie, les plateformes, les achats communs, sans immobiliser de capital. C’est du rendement sur actifs immatériels, très apprécié par le marché, et très peu risqué si bien structuré.
Cinquième piste, plus discrète mais stratégique : les activités non automobiles au sens strict, défense, mobilité spécialisée, services industriels. Les drones militaires, par exemple, ce n’est pas un game changer financier à court terme, mais c’est une option stratégique intéressante : contrats étatiques, visibilité longue, marges souvent supérieures, faible cyclicité. Le marché n’en tient quasiment pas compte aujourd’hui, donc tout progrès réel serait un bonus gratuit dans la valorisation.
Sixième piste : politique actionnariale lisible et disciplinée. Pas besoin de promesses spectaculaires. Si Renault montre qu’il peut maintenir un dividende raisonnable, éventuellement compléter par des rachats d’actions quand le titre est sous pression, tout en gardant un bilan sain, le profil du titre change. On passe d’une valeur de transformation incertaine à une valeur industrielle crédible avec rendement.
En synthèse, le meilleur plan pour Renault n’est pas de chercher un coup d’éclat. C’est d’empiler des décisions rationnelles : privilégier l’hybride rentable, baisser encore le point mort, cibler l’international utile, monétiser l’ingénierie, rester discipliné sur le capital. Si ça déroule, le marché revalorise progressivement, sans euphorie, mais avec beaucoup moins de risque. Et c’est précisément ce scénario-là qui offre le meilleur couple rendement/risque.