On est le 9 janvier 2026 et Renault cote autour de 32 euros après une chute de plus de 25 % sur douze mois, quasiment –18 % sur six mois. Ce mouvement n’a rien de violent ni de panique, c’est une décompression lente, typique d’un titre que les investisseurs sortent progressivement des portefeuilles. Le message du marché est clair : Renault n’est plus vu comme une histoire de redressement premium, mais comme une valeur auto cyclique avec visibilité réduite. En 2025, le groupe a publié un chiffre d’affaires qui tient globalement le choc, autour de 11–12 milliards par trimestre, avec des volumes en Europe légèrement meilleurs que la moyenne du marché, mais ça n’a pas suffi à rassurer parce que la rentabilité attendue a été revue à la baisse. La marge d’exploitation que le marché attend désormais pour l’ensemble de 2025 tourne autour de 6 %, parfois même un peu en dessous selon les scénarios prudents, contre des attentes plus élevées auparavant. Côté trésorerie, le consensus table sur un flux de trésorerie disponible positif mais limité, de l’ordre de 1 à 1,5 milliard d’euros, ce qui est suffisant pour faire tourner la machine mais pas assez pour raconter une belle histoire de création de valeur.
A ça s’est ajoutée une dégradation du narratif : départ du dirigeant emblématique, gouvernance transitoire, discours moins affirmé, et toujours ce dossier Nissan que le marché considère désormais comme neutre au mieux. Concrètement, dans les modèles de valorisation implicites, Nissan n’apporte quasiment rien, ni en bénéfice, ni en dividende, ni en simplification stratégique. Résultat, Renault est traité comme un constructeur européen “moyen de cycle”, pas comme un leader différencié.
A 32 euros, le marché price donc un scénario très précis, même s’il ne le dit pas explicitement. Il price un 2026 sans rebond fort, avec un chiffre d’affaires stable ou légèrement en baisse, des marges qui plafonnent autour de 5–6 %, une capacité d’autofinancement correcte mais sans excédent massif, et un dividende qui resterait prudent, probablement autour de 1,5 à 2 euros par action, pas plus. Il applique aussi une décote de gouvernance claire : tant que le management n’est pas stabilisé et qu’une feuille de route crédible n’est pas posée noir sur blanc, la valeur restera sous pression.
Ce qui est intéressant, c’est que le marché ne price pas un scénario catastrophe. Il ne price ni pertes nettes massives, ni flux de trésorerie durablement négatifs, ni augmentation de capital, ni stress de liquidité. Il price un scénario gris, lent, sans catalyseur. Et historiquement, c’est souvent ce type de scénario qui crée des situations asymétriques. Parce qu’à ce niveau de cours, Renault n’a plus besoin d’être excellent. Il a juste besoin de faire un peu mieux que ce que le marché anticipe déjà.
Si en 2026 Renault montre simplement que la marge ne se dégrade plus, que la trésorerie reste durablement positive au-delà d’un milliard par an, que la gouvernance est clarifiée et que le discours stratégique devient lisible, alors la décote actuelle n’a plus vraiment de raison d’être. Dans ce cas, une normalisation vers une valorisation plus “standard” du secteur redeviendrait crédible, ce qui remettrait facilement le titre dans une zone 38–42 euros sans hypothèse euphorique. A l’inverse, si la pression sur les prix s’intensifie, si les coûts de l’électrification continuent de rogner les marges et si le pilotage stratégique reste flou, alors le marché n’est pas trop dur aujourd’hui, il est simplement réaliste.
Pour résumer, Renault début 2026 n’est ni un piège évident ni une opportunité évidente. Le marché a déjà intégré une année 2025 médiocre, des marges en retrait et une visibilité limitée. Acheter à ces niveaux, ce n’est pas parier sur un retournement spectaculaire, c’est parier sur le fait que le scénario que le marché a intégré est trop pessimiste par rapport à la réalité opérationnelle future. Tout l’enjeu est là, et uniquement là.