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OSE IMMUNO : Au cœur du nouveau fonds de capital-risque de 200 millions d'euros de Servier

29 avr. 2026 19:59

Bonsoir à tous,

Au cœur du nouveau fonds de capital-risque de 200 millions d'euros de Servier
Avec le lancement de Servier Ventures annoncé en janvier et un engagement de 200 millions d'euros dans l'investissement en biotechnologies, Servier renforce sa présence dans l'innovation précoce en oncologie et en neurologie. European Biotechnology Magazine s'est entretenu avec Alexis Vandier, directeur mondial de Servier Ventures, au sujet de la stratégie du fonds, de ses axes d'investissement et du rôle de l'Europe dans l'écosystème mondial des biotechnologies.

EuroBiotech : Pourquoi Servier a-t-il décidé de créer sa propre branche de capital-risque avec Servier Ventures, plutôt que de continuer à investir par le biais de fonds externes ou de partenariats ?

Alexis Vandier : Servier était déjà actif sur plusieurs fronts. Nous avions des collaborations de recherche, des partenariats de développement commercial classiques et nous étions commanditaires dans plusieurs fonds de capital-risque. Au fil du temps, cependant, nous avons constaté l'émergence d'un manque, tant de notre côté qu'au sein de l'écosystème biotechnologique. Les entreprises de biotechnologie s'adressaient de plus en plus à nous lorsque les discussions de partenariat coïncidaient avec leurs besoins de levée de fonds. Parallèlement, le capital-risque d'entreprise est devenu un moteur d'innovation plus important à l'échelle mondiale, et il est de plus en plus évident que les entreprises de biotechnologie peuvent tirer profit de la présence d'investisseurs institutionnels. Pour Servier, ce manque était structurel. Nous couvrons l'intégralité de la chaîne de valeur, de la recherche fondamentale au développement, ce qui est relativement rare aujourd'hui. Les collaborations de recherche sont particulièrement efficaces en début de développement. Plus tard, les accords de licence traditionnels ou les fusions-acquisitions sont pertinents. Mais entre ces deux étapes, lorsque les entreprises ne sont plus de simples plateformes mais pas encore des actifs pleinement matures, il était difficile de trouver le véhicule adéquat. C'est à ce stade, généralement en fin de phase préclinique, que les entreprises ont besoin à la fois de capitaux et d'un apport industriel : un soutien en CMC (chimie, fabrication et contrôles), en stratégie réglementaire et en planification du développement. Servier Ventures a été créée pour combler ce manque et s'engager plus directement dans l'innovation, au lieu de rester à distance en tant qu'investisseur.

EuroBiotech : Quels types de technologies ou d'actifs vous intéressent particulièrement ?
Vandier : Nous restons fermement concentrés sur les médicaments et les molécules thérapeutiques qui correspondent à la stratégie de Servier. Lorsque nous parlons de « technologie », nous faisons souvent référence au stade précoce de la biotechnologie. Aux stades d'amorçage ou précliniques, les entreprises se situent fréquemment entre une plateforme et un actif thérapeutique.
Prenons l'exemple de la neurologie ou de la neuro-oncologie, qui sont des domaines clés pour nous. Un défi majeur consiste à franchir la barrière hémato-encéphalique, ce qui nécessite souvent de combiner des technologies d'administration avec des cibles moléculaires spécifiques. C'est ce que nous entendons par technologie. Nous n'investirons pas dans les technologies médicales ni dans les plateformes d'IA autonomes. L'IA peut faire partie du projet, mais seulement si elle soutient clairement le développement d'un actif thérapeutique défini. Nous ne sommes pas intéressés par les plateformes dont le chemin vers un médicament reste flou.

EuroBiotech : Votre stratégie d’investissement est-elle strictement définie dans les domaines de l’oncologie et de la neurologie ?

Vandier : Nous investissons là où nous pensons que Servier peut apporter une réelle valeur ajoutée. Il s'agit d'un fonds stratégique, et certains investissements pourraient un jour intégrer le portefeuille de Servier, peut-être un ou deux sur dix. Dans un premier temps, nous resterons étroitement alignés sur les priorités de développement de Servier afin de garantir la pertinence à long terme de nos investissements. Cela dit, Servier évolue rapidement, et Servier Ventures peut également permettre d'explorer de nouvelles pistes pour l'avenir.
Nous autorisons une certaine flexibilité, notamment en ce qui concerne les modalités d'investissement, mais sans pour autant nous éloigner complètement du cœur de métier de Servier. Par exemple, les thérapies cellulaires et géniques ne sont pas une priorité actuellement et il est peu probable qu'elles fassent partie des premiers investissements.

EuroBiotech : À quel stade comptez-vous investir, et comment conciliez-vous le risque scientifique initial et la pertinence stratégique ?

Vandier : Notre objectif n’est pas de créer des entreprises nous-mêmes ; d’excellents fonds d’amorçage s’en chargent déjà. Nous intervenons généralement après cette phase, souvent lors d’un second tour d’amorçage ou d’une série A, en nous concentrant sur les actifs en phase préclinique avancée . C’est là que nous pensons pouvoir apporter le plus de valeur ajoutée. Une fois qu’un actif atteint la phase I ou II, les discussions s’orientent naturellement vers des partenariats ou des accords de licence, gérés par nos équipes de développement commercial. Servier Ventures se situe en amont de ce processus.

EuroBiotech : À quoi ressemble l'accès à l'expertise de Servier pour les entreprises de son portefeuille ?

Vandier : Nous offrons un accès à des ressources ainsi qu’à des réseaux scientifiques, cliniques et industriels. Cela peut inclure du mentorat, l’expertise de spécialistes ou des mises en relation avec des centres hospitaliers de pointe en oncologie et en neurologie. Nous disposons également de capacités de laboratoire, par exemple à Paris-Saclay (France), accessibles le cas échéant. Cependant, la flexibilité et l’indépendance sont essentielles. Les entreprises de notre portefeuille conservent leur pleine autonomie. Nous n’exigeons ni droits préférentiels ni exclusivité. Notre objectif est d’aider les entreprises à atteindre leur plein potentiel. Si un partenariat se développe ultérieurement, c’est un avantage pour tous.

EuroBiotech : Quelles sont les faiblesses que vous observez le plus souvent chez les jeunes entreprises de biotechnologie, et qu’est-ce qui vous convainc d’investir ?

Vandier : Un défi fréquent consiste à passer d’une idée scientifique prometteuse à une équipe capable de la mettre en œuvre. Cela est souvent lié au financement, car constituer la bonne équipe exige des ressources. Un autre problème est celui de la concentration. Les entreprises explorent parfois plusieurs pistes au lieu de se concentrer sur le domaine le plus prometteur. Ce qui nous passionne, c’est la recherche hautement différenciée, les approches novatrices, même si elles comportent plus de risques. En tant qu’investisseur en capital-risque, nous pouvons prendre des risques qui ne sont pas toujours envisageables aux stades plus avancés du développement commercial. Notre expertise en recherche nous permet d’évaluer les données précliniques de manière réaliste, en tenant compte notamment des limites des modèles de maladies.

EuroBiotech : Pourquoi commencer par une perspective européenne, et comment voyez-vous l’écosystème biotechnologique européen aujourd’hui ?

Vandier : C’est en Europe que nous connaissons le mieux l’écosystème, et la proximité est essentielle. Notre principal pôle de R&D se situe en France, ce qui facilite les échanges. Cela dit, l’innovation est mondiale, et une expansion hors d’Europe est tout à fait envisageable. La force principale de l’Europe réside dans son excellence scientifique, grâce à ses hôpitaux, ses centres universitaires et ses instituts de recherche au Royaume-Uni, en France, au Benelux, dans les pays nordiques, en Allemagne et en Europe du Sud. Historiquement, le point faible était le financement du développement au-delà des phases initiales, contraignant les entreprises à s’installer trop tôt aux États-Unis. Mais la situation s’améliore. Des fonds européens plus importants émergent, et les récentes sorties réussies renforcent l’écosystème. Nous sommes dans une bien meilleure situation qu’il y a dix ans.

EuroBiotech : Comment mesurerez-vous le succès de Servier Ventures dans dix ans ?

Vandier : Le rendement financier est bien sûr important, mais ce n’est pas le seul critère. Servier est gérée par une fondation, dont les bénéfices sont réinvestis dans la R&D. Notre véritable mesure du succès est d’apporter une innovation concrète aux patients : des médicaments approuvés qui font la différence, notamment dans des domaines comme la neurologie et les cancers agressifs où les besoins non satisfaits sont considérables.

EuroBiotech : Et pour terminer sur un plan plus personnel, qu’est-ce qui vous enthousiasme le plus et qu’est-ce qui vous préoccupe le plus dans la construction de Servier Ventures aujourd’hui ?

Vandier : Ce qui me réjouit, c’est la demande. Depuis l’annonce, la réaction de l’écosystème a été massive. Il existe un réel besoin, et Servier peut jouer un rôle significatif, notamment en soutenant l’innovation européenne. Ce qui m’inquiète le plus, c’est le contexte géopolitique. L’innovation doit être mondiale, et les patients bénéficient de la collaboration entre scientifiques au-delà des frontières. J’espère que les tensions ne compromettront pas notre capacité collective à œuvrer ensemble pour les patients du monde entier.

À propos d'Alexis Vandier : fort de 25 ans d'expérience à l'intersection de la science et du commerce dans le secteur biopharmaceutique, il a occupé des postes de direction de haut niveau, notamment celui de responsable mondial des actifs en oncologie chez Servier, de PDG d'OSE Immunotherapeutics et de vice-président chez Ipsen. Alexis a également contribué à la stratégie d'entreprise et au développement commercial de Sanofi. Outre ses fonctions opérationnelles, il a été conseiller auprès d'Extens et de BNP Paribas Développement et membre du conseil consultatif de Paean Biotechnologies. Grâce à sa solide expertise en matière de transactions, notamment d'acquisition de licences sur divers marchés, il a récemment été nommé directeur mondial de Servier Ventures, le nouveau fonds de capital-risque stratégique de Servier.

Cet entretien a été initialement publié dans le numéro de printemps 2026 du magazine European Biotechnology Magazine .

© biotechnologie européenne
Valentin Hammoudi
29 avril 2026

4 réponses

  • 29 avril 2026 20:16

    Merci Dada-doo!
    Alexis Vandier, le patron de ce nouveau fonds de 200M€ chez Servier, est l'ancien DG d'OSE. Il connaît la valeur de nos molécules mieux que personne. S'il cherche de l'innovation de pointe en oncologie pour Servier, il sait exactement où frapper. C'est un lien stratégique énorme pour le futur d'OSE. L'annonce ce jour semble un signal, on ne devrait pas tarder à le savoir.


  • 29 avril 2026 20:28

    Super info, merci 👍
    Très bon signal avec ce fonds de 200 M€ de Servier — ça peut clairement créer des opportunités,..comme OSE Immunotherapeutics


  • 29 avril 2026 22:32

    Faut espérer mais vu comment s’est passée l’expérience (très très très courte) de Vandier chez Ose je ne suis pas certain que ce soit un atout pour nous 🫣
    Ce qui me fait halluciner c’est les job qu’a trouvé Vandier après Ose quand je repense à ce qu’il a montré (ou pas) en tant que CEO chez Ose…


  • 29 avril 2026 22:50

    Certes il peut miser sur OSE
    Mais les sommes mises en jeu.
    Sont disproportionnées par rapport au. Titres captes
    Et ne seraient à même de résoudre le p.b OSÉ


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