Oui : **le secteur biotech subit une vraie correction**, mais Genfit et Pharming ont aussi des raisons spécifiques. Ce n’est donc pas uniquement un mouvement irrationnel ou un mini-krach propre aux biotechs.
## Le contexte sectoriel
Le XBI, principal ETF biotech américain, a chuté de **3,04% le 13 octobre** et le Nasdaq Biotechnology Index de **2,36%**, sous-performant nettement le S&P 500. La baisse s’explique notamment par :[1]
- La remontée des taux longs, très défavorable aux petites et moyennes biotechs dont la valorisation dépend de flux de trésorerie lointains et souvent du financement futur.[2][3]
- Une prise de bénéfices après une forte progression en 2026 : le XBI était encore en hausse d’environ 26 à 29% depuis le début de l’année avant le repli.[4][5]
- Des résultats cliniques décevants et un ralentissement perçu des rachats de biotechs, qui réduisaient le « plancher de valorisation » espéré par les investisseurs.[2][6]
- Un risque-off très large sur les small caps : le 13 octobre, 482 small-cap biotechs reculaient contre seulement 79 en hausse, avec une baisse médiane de 3,57%.[7]
## Genfit : pression spécifique
Genfit a perdu environ **33 à 35% en un mois**, alors même que le marché parisien ne s’effondrait pas. Les éléments identifiés sont :[8][9][10]
- Les résultats semestriels ont montré que les royalties d’Iqirvo avaient triplé à 21 M€, mais la perte nette s’est élargie à 26,1 M€ ; le marché a surtout retenu la persistance des pertes et l’incertitude sur la trajectoire de rentabilité.[8]
- Le communiqué de septembre a été mal reçu et a servi de déclencheur à une vague de vente.[11]
- Les positions courtes nettes déclarées ont augmenté rapidement, atteignant environ 2,1% du capital, signe d’une pression vendeuse institutionnelle ou de couvertures.[9][12]
- La tension sur les taux français, avec l’OAT 10 ans autour de 4,90% début octobre, aggrave la sensibilité d’une biotech française non rentable.[9][10]
Autrement dit : ce n’est pas « sans raison », mais la raison n’est pas forcément une mauvaise nouvelle clinique majeure ; c’est une combinaison de déception, de short interest croissant et de marché qui ne veut plus payer les promesses lointaines.
## Pharming : raisons plus claires
Pharming a touché un plus-bas de 52 semaines le 13 octobre, à 9,38 USD pour son ADR Nasdaq. Ici, les causes sont plus identifiables :[13][14]
- Le 30 juillet, l’action avait déjà chuté de **22% en une séance** après des revenus trimestriels en recul et une baisse de la guidance annuelle, ramenée à 375–395 M$ contre une attente pouvant aller jusqu’à 425 M$.[15][16]
- Le produit historique RUCONEST décroche : son chiffre d’affaires semestriel a baissé de 12%, et de 10% en glissement annuel au T2.[16][17]
- Le départ soudain du CEO Fabrice Chouraqui, annoncé avec effet immédiat, ajoute une incertitude de gouvernance.[18]
- Le titre a aussi manqué les attentes de bénéfice par action, avec 0,02 USD contre 0,06 USD attendus.[14]
- Les investisseurs attendent désormais des catalyseurs précis : décision FDA visée le 24 octobre pour Joenja pédiatrique et données de phase II sur les déficits immunitaires présentées à l’ESID du 14 au 17 octobre.[15]
## Ce que cela signifie
Le secteur est en **risk-off biotech**, pas en krach : les grandes capitalisations et les sociétés déjà rentables résistent mieux, tandis que les small/mid-caps dépendantes de levées de fonds, de données cliniques ou de rachats potentiels sont les plus touchées.[5][6]
Pour Genfit et Pharming, la question n’est donc pas seulement « quand le secteur rebondira-t-il ? », mais :
- **Genfit** : la croissance des royalties Iqirvo peut-elle compenser suffisamment vite les pertes et financer le développement ?
- **Pharming** : RUCONEST va-t-il continuer à s’éroder plus vite que Joenja ne croît, et les catalyseurs d’octobre restaureront-ils la confiance ?
Ce sont des titres à forte volatilité binaire : une donnée clinique, une guidance ou une décision réglementaire peut faire bouger le cours de 20 à 30% dans les deux sens.