Si la surtaxe d'IS devait être maintenue en 2026, a fortiori avec une taxation des patrimoines, la fuite des capitaux pourrait être considérable.
Patrick Martin, président du Medef
Craignez-vous une prolongation de la surtaxe sur les bénéfices des grandes entreprises ?
Bercy s'est engagé à ne pas la poursuivre. Si la surtaxe d'IS devait finalement être maintenue en 2026, a fortiori avec une taxation des patrimoines, la fuite des capitaux pourrait être considérable. Je le dis clairement : la stabilité politique et la construction d'un budget pour 2026 ne peuvent se faire au prix d'une hausse de la fiscalité sur les entreprises. C'est des entreprises et d'elles seules que peut venir le redressement, y compris celui des finances publiques. Tout ce qui viendra peser encore sur leur compétitivité sera donc contraire aux intérêts du pays et compromettrait un peu plus notre avenir.
Êtes-vous prêt à faire un pas sur certains sujets, comme la remise à plat des aides aux entreprises, demandée par les syndicats ?
Nous sommes d'accord avec l'idée du « double effacement », c'est-à-dire d'une baisse des aides accompagnée d'une baisse équivalente de fiscalité et d'une simplification des dispositifs. Le chiffre de 2.200 dispositifs identifiés par la commission sénatoriale est troublant. Il y a des coûts induits dans la mise en oeuvre de ces dispositifs complexes qui peuvent fausser le comportement économique. Attention toutefois à ne pas toucher, en particulier au montant des allègements de charges sociales. Ce serait prendre un risque énorme pour la compétitivité et pour l'emploi.
Plusieurs négociations sociales devaient être engagées. Peuvent-elles avoir lieu ?
L'absence d'accord lors du conclave des retraites n'a pas mis fin au dialogue social et les partenaires sociaux ont, depuis, signé deux accords. Dans le projet budgétaire du gouvernement, plusieurs mesures relèvent des partenaires sociaux : la suppression des deux jours fériés, la réforme de l'assurance-chômage, et plus largement les mesures sur le droit du travail et la représentation des salariés. Les partenaires sociaux, entre eux, doivent reprendre en main ces sujets.
La nouvelle crise politique vient encore renforcer l'inquiétude des chefs d'entreprise
Les syndicats ne semblent pas prêts à négocier sur les jours fériés.
Non. Le Medef a aussi émis des réserves sur cette mesure. Certes, il faut travailler plus car il faut produire plus mais, si c'est pour faire payer les entreprises - à hauteur de 4,2 milliards d'euros - et ne pas payer plus les salariés, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne solution. Celle-ci réside plutôt dans un assouplissement de la durée du travail. Sur le reste, l'agenda autonome des partenaires sociaux recoupe déjà un certain nombre des sujets pointés par le gouvernement, par exemple la question des contrats courts, liée à la réforme de l'assurance-chômage.
Le mouvement du 10 septembre et le climat social en cette rentrée vous inquiètent-ils ?
Nous ne sommes absolument pas indifférents à ce mouvement du 10 septembre mais il me semble davantage être un mouvement politique et sociétal qu'un mouvement social. A la lecture des sondages, je note qu'il y a une prise de conscience de l'opinion publique sur la situation des finances publiques. Les Français sont conscients du problème, mais, à ce stade, chacun pense que ce n'est pas à lui de « payer ».
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Dans ce contexte, quel est le moral des patrons en cette rentrée ?
L'incertitude politique et budgétaire pèse déjà lourdement sur les agents économiques. Les ménages anticipent des hausses d'impôts donc, ils sur-épargnent, tandis que les entreprises retiennent leurs investissements faute de savoir dans quel contexte elles pourront ensuite opérer. C'est très préoccupant. Même si la croissance et l'emploi montrent une certaine résistance, nous sommes en réalité menacés d'une spirale descendante. Et la nouvelle crise politique vient encore renforcer l'inquiétude.
Les marchés sont inquiets. Craignez-vous une crise financière ?
Le débat public français ne prend pas suffisamment en compte la réalité du monde. La France fait face à un vrai risque de décrochage. La plupart des entreprises françaises opèrent en France seulement et donc n'ont pas la possibilité de « se refaire » sur les marchés étrangers plus dynamiques. Or il y a une forme d'étouffement progressif de l'économie française. La situation est très fragile. Raison supplémentaire pour ne pas jouer avec l'économie, comme le font certains partis politiques !
Comment jugez-vous l'accord commercial entre l'Union européenne et les Etats-Unis ?
L'accord est moins mauvais que ce qu'on pouvait craindre, mais pénalisera les exportateurs français, avec des effets indirects que l'on a tendance à sous-estimer. Sectoriellement, il pose aussi des problèmes majeurs, avec une grosse déception pour les vins et spiritueux, même si la messe ne paraît pas complètement dite. Espérons que cela constitue la dernière alerte avant que l'Union européenne se ressaisisse.
Que faire face à la concurrence chinoise ?
La Chine finance des surcapacités de production massives qui se déversent sur les marchés internationaux. Comme les portes des Etats-Unis se ferment, ces excédents vont encore plus être fléchés vers l'Europe, d'autant que la croissance chinoise ralentit. Je vois mal comment les Chinois renonceront à ces stratégies prédatrices. Il faut agir en miroir de ce que la Chine fait, c'est-à-dire leur imposer des coentreprises et des implantations industrielles en Europe. Sur l'acier ou le photovoltaïque par exemple, il faudra des mesures douanières.