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Vincent Bolloré, une version française du magnat des médias Rupert Murdoch ?
information fournie par Boursorama avec Media Services17/02/2022 à 09:11

Selon l'économiste spécialiste des médias Julia Cagé, l'homme d'affaires mène "une OPA sur les idées" dans les médias qu'il possède.

Vincent Bolloré, en janvier 2022. ( AFP / THOMAS SAMSON )

Vincent Bolloré, en janvier 2022. ( AFP / THOMAS SAMSON )

Vincent Bolloré l'assurait récemment : son intérêt pour les médias n'est "ni politique, ni idéologique". Une vision contestée par Julia Cagé, économiste spécialiste des médias, coautrice d'une étude montrant le virage à droite pris par les chaînes de Canal+ sous la houlette du milliardaire. Entretien.

AFP : Quelle est la différence entre Vincent Bolloré et les autres milliardaires présents dans les médias ?

Julia Cagé : "Son interventionnisme direct. Cela ne veut pas dire que les autres n'interviennent pas ou qu'il n'y a pas parfois des consignes en termes de ligne éditoriale mais, chez Bolloré, cela s'est fait à une autre échelle. Il a poussé tout ce qu'on pouvait craindre comme dérives liées à l'actionnariat des médias entre les mains de milliardaires - censure, autocensure - avec une violence inconnue jusque-là dans le secteur des médias en France, avec des journalistes licenciés et un climat de peur instauré.

Le tout réalisé avec une certaine assurance. Là où, dans les autres médias, tout le monde se défend d'intervenir, Vincent Bolloré assume le fait que, d'après lui, c'est une entreprise privée, ce sont ses chaînes, ses médias et qu'après tout il peut bien en faire ce qu'il en veut."

AFP : Les chaînes du groupe Canal+ ont-elles glissé à droite depuis qu'il les détient?

Julia Cagé : "Oui. Dans une étude faite avec (les chercheurs) Moritz Hengel, Nicolas Hervé et Camille Urvoy, on constate un effet causal de l'acquisition des chaînes par Vincent Bolloré. On a répertorié entre 2002 et 2020 les invités sur toutes les chaînes de télé et de radio, et regardé ce qui se passait sur les chaînes Canal+ , C8 , I-Télé puis CNews , une fois acquises par Vincent Bolloré, en les comparant à un groupe de contrôle composé de douze autres chaînes de télé et radio.

On a constaté sur les trois chaînes, avec un effet beaucoup plus fort sur CNews , une augmentation du temps de parole de la droite, et surtout de l'extrême droite sur CNews , à la suite de l'acquisition par Vincent Bolloré en 2015. Entre ce moment et la saison 2019-2020, le temps de parole de l'extrême droite augmente de 15 points de pourcentage sur CNews à 22,4% contre 7,4% avant son rachat, c'est gigantesque."

AFP : Vincent Bolloré serait-il une version française du magnat des médias Rupert Murdoch ?

Julia Cagé : "Il lui ressemble sur plusieurs points. Rupert Murdoch a créé Fox News en 1996 avec un agenda médiatique relativement évident. Des études disent que le basculement des voix induit par l'exposition à Fox News a pu être suffisant pour expliquer la victoire de George W. Bush en 2000.

Vincent Bolloré a cette même idée de mettre des médias au service d'une pensée et d'un agenda politique et aussi, de faire de la télé-clash, du talk-show où on recourt aux 'fake news' et aux débats plutôt que de faire de l'information. Il est un mélange de Rupert Murdoch et des frères Koch, ces milliardaires américains ultraconservateurs qui financent à tour de bras des livres, des think-tank, des élections, des candidats. Car il exerce cette influence dans le secteur des médias mais aussi de façon grandissante dans l'édition. Et, cela reste rare, mais il y a des chaires Vivendi qui sont mises en place à l'université.

Il développe une forme d'OPA sur les idées, en utilisant tous les moyens possibles pour essayer d'influencer le débat d'idées. La seule chose qu'il ne peut pas faire, contrairement aux frères Koch ou à Murdoch, c'est de financer à coups de centaines de millions d'euros la vie politique en raison de la réglementation en France."

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6 commentaires

  • 17 février11:17

    Et pendant ce temps la(les) dette(s) de Drahi elle(s) s'élève(nt) à combien ? Le jour où il va faire défaut, l'ami de Macron qui lui a servi SFR.


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