Jordan Bardella et Marine Le Pen à Chalons-en-Champagne, le 18 mars 2026 ( AFP / Sameer AL-DOUMY )
Si les sondages sont légèrement moins bons pour Marine Le Pen que Jordan Bardella, leurs adversaires préféreraient ouvertement affronter le jeune patron du parti jugé plus fragile que celle qui a déjà trois présidentielles à son actif.
Le 31 mars 2025, lorsque tombe la condamnation en première instance de Marine Le Pen à quatre ans de prison - dont deux ferme aménagés sous bracelet électronique - et cinq ans d'inéligibilité avec application immédiate, la candidature de Jordan Bardella fait encore office de plan B presque tabou.
Aujourd'hui, c'est presque l'inverse: la candidature de Jordan Bardella est testée prioritairement dans les sondages, et mise en avant dans les milieux conservateurs économiques ou médiatiques. Ses différences politiques avec Marine Le Pen sur l'union des droites ou les retraites sont scrutées, tout comme sa vie privée avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles.
Cependant ce sera bien elle la candidate, en cas de relaxe par la cour d'appel de Paris mardi prochain dans l'affaire des assistants parlementaires, mais aussi de condamnation avec une peine d'inéligibilité ne dépassant pas deux ans.
"Dans les intentions de vote, les deux apparaissent interchangeables et sont à des niveaux très élevés, mais avec un léger avantage à Jordan Bardella, systématiquement deux, trois, voire quatre points au-dessus, à 35-36% contre 32-33%", témoigne Adélaïde Zulfikarpasic, de l'institut Ipsos-BVA.
Mais pour leurs adversaires, il n'y a pas photo. Dans un second tour, Marine Le Pen serait bien plus dangereuse. Déjà parce qu'elle est identifiée comme "présidentiable" après ses candidatures en 2012, 2017 et 2022.
"Elle est entrée dans la vie des Français à force de faire campagne. Elle est pleine de cicatrices", concède un ministre.
Jean-Luc Melenchon à Paris le 11 juin 2026 ( AFP / SIMON WOHLFAHRT )
"Cette femme est très intelligente, elle n’est pas là par hasard. Et si, elle aussi, elle est candidate pour la quatrième fois, ce n'est pas un adversaire dont on peut ricaner", reconnaissait récemment Jean-Luc Mélenchon, candidat LFI à la présidentielle, sur Radio Nova.
Dans une enquête Ipsos de février, Marine Le Pen gardait d'ailleurs une image légèrement meilleure que Jordan Bardella sur deux points clé: la stature présidentielle et la solidité sur les enjeux internationaux.
Une relaxe ou une condamnation plus légère la relancerait après ces mois de "traversée du désert".
Mais "une candidate condamnée" en campagne serait "un précédent", tempère Mathilde Philip, professeur de droit public à Lyon 3. Encore faudrait-il que la peine soit compatible avec les activités d'une candidate car Marine Le Pen a exclu de faire campagne sous bracelet électronique.
qui est le plus rassembleur ?
En miroir, les arguments contre Jordan Bardella sont déjà rodés: jeunesse (il aura 31 ans le 13 septembre), inexpérience, inconsistance supposée...
"Vous avez aimé un jeune président de 40 ans. Vous allez sûrement adorer un président de 30 ans", répète le candidat LR Bruno Retailleau selon qui "on ne s'improvise pas à cette plus haute fonction sans avoir géré ni des grandes collectivités ni des entreprises".
Dans une confrontation de la nouvelle génération, Gabriel Attal (37 ans) mettrait aussi en avant "son expérience de l'Etat" d'ancien Premier ministre.
Gabriel Attal à Villepinte, près de Paris, le 16 juin 2026 ( AFP / JULIEN DE ROSA )
Dans son livre "En homme libre", le candidat du parti macroniste Renaissance à l'élection présidentielle se dit frappé, lors de ses débats avec Jordan Bardella, "par l'aspect mécanique, même robotique de ses réponses, incapable de sortir de ses propres éléments de langage".
La gauche espère qu'il perdra une partie de l'électorat populaire du RN par son positionnement sur les retraites ou sa fréquentation de la "jet set", symbolisée par sa présence au Grand-Prix de Formule Un de Monaco, avec sa compagne.
"Attention à la manifestation d'une forme de mépris de classe contre lui", prévient Adélaïde Zulfikarpasic car "son électorat est en rejet des élites politiques". Et Jordan Bardella ne manquerait pas de bénéficier de la colère de l'électorat RN si Marine Le Pen ne pouvait se présenter.
Marine Le Pen n'est pas non plus sans faiblesses, selon la sondeuse, si on se rappelle de ses débats de second tour en 2017, où elle avait perdu en crédibilité, et celui de 2022 où elle avait été mise en difficulté par ses liens avec la Russie de Poutine.
A rebours de son camp, un ministre de droite juge que Jordan Bardella "rassemblera plus au second tour car il fait moins peur qu'une Marine Le Pen". "Il n'y a plus le blocage du nom Le Pen, il a une ligne plus libérale et plus malléable... plein de gens se diront +on pourra dealer avec lui+", craint-il.

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