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(Les opinions exprimées ici sont celles de l'auteur, chroniqueur pour Reuters.)
par Jamie McGeever
L'adjudication d'obligations à 20 ans organisée mercredi par le Trésor américain ne sera pas la dernière, mais les jours de cet instrument de dette à long terme sont peut-être comptés.
Les coûts d'emprunt à long terme sont élevés. Les rendements des bons du Trésor à 10 ans US10YT=RR et à 30 ans US30YT=RR ont atteint, en début de mois, leurs plus hauts niveaux depuis 2002, s'établissant respectivement à 5,36% et 5,66%. Le taux de 5,469% versé mercredi par le Trésor pour emprunter 13 milliards de dollars a constitué le rendement le plus élevé enregistré lors d’une adjudication à 20 ans depuis 1986. Le débat sur l’opportunité pour le gouvernement de supprimer purement et simplement cette échéance moins liquide s’est intensifié ces derniers temps.
Dans le même temps, la dette fédérale américaine a franchi le seuil des 40 000 milliards de dollars, tandis que la charge d’intérêts de Washington pour l’exercice 2026 a atteint un niveau record de 1 360 milliards de dollars, portant la part des paiements d’intérêts dans le PIB à un niveau historique de 3,2%. Tous ces indicateurs sont en hausse.
Lorsque la dette dépasse les 40 000 milliards de dollars, une baisse de quelques points de base des coûts d’emprunt peut permettre d’économiser des milliards. Cela met en évidence une stratégie évidente pour réduire les coûts moyens d’emprunt de l’État: alléger la charge sur la partie longue de la courbe et emprunter davantage sur la partie courte, où les taux sont plus bas.
Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, semble bien décidé à agir en ce sens. En août, le Trésor a annoncé qu’il allait au moins doubler ses rachats prévus de 2 milliards de dollars de dette à long terme, c’est-à-dire les bons à 10 ans et les obligations à 20 et 30 ans. Il a par la suite porté ce montant à 6 milliards de dollars.
Le Trésor a déclaré que cela reflétait sa "volonté d’apporter un soutien accru en matière de liquidité" à certaines parties de la courbe. C’est peut-être vrai, mais cela coïncide aussi avec les efforts à long terme visant à raccourcir le profil d’échéance du Trésor. Environ 22% de la dette publique américaine est actuellement constituée de bons du Trésor, qui arrivent à échéance dans un an ou moins, contre environ 15% il y a cinq ans.
Cette stratégie est loin d’être "sans risque". En augmentant la part de la dette à court terme, le gouvernement renonce à la sécurité offerte par un financement à plus long terme, ce qui signifie qu’il doit se refinancer plus souvent. Ce "risque de refinancement" expose le gouvernement à des chocs ou à une volatilité du marché.
Mais Bessent n’a guère d’autres options.
CHÈRE PRUDENCE
Une soudaine vague d’enthousiasme pour la réduction du déficit pourrait déferler sur Washington, entraînant d’énormes coupes budgétaires ou d’importantes hausses d’impôts. Mais cela semble peu probable.
Le déficit budgétaire américain a atteint 2 000 milliards de dollars au cours de l’exercice 2026, soit plus de 6% du PIB, et la Maison Blanche ne semble guère disposée à s’y attaquer. Le président Donald Trump s’est récemment engagé à envoyer par la poste des chèques de 5 000 dollars à chaque adulte du pays si son parti républicain remportait les deux chambres du Congrès lors des élections de mi-mandat du 3 novembre, une dépense somptuaire qui coûterait plus de 1 100 milliards de dollars, selon le Comité pour un budget fédéral responsable.
En l’absence de mesures d’austérité sérieuses, le Trésor doit envisager d’autres solutions pour contribuer à réduire les coûts d’emprunt à long terme.
L’une d’entre elles pourrait consister à réduire les ventes d’obligations à 20 ans, voire à les supprimer complètement. L’obligation à 20 ans est l’un des segments les moins liquides de la courbe des taux, avec un nombre limité d’acheteurs naturels. Cela signifie que le gouvernement doit souvent proposer un rendement légèrement plus attractif.
Les marchés en sauront davantage au cours de la première semaine de novembre, lorsque le Trésor dévoilera ses plans de refinancement trimestriels.
À quoi peut-on s’attendre?
Normalement, très peu de choses. Selon les propres termes du Trésor, le processus d’adjudication de la dette, le calendrier et les montants d’émission doivent être "réguliers et prévisibles" afin d’assurer le bon fonctionnement du marché le plus vaste et le plus important au monde. Mais nous ne vivons pas une période normale.
Le plan de rachat accéléré de 6 milliards de dollars du Trésor s’est avéré être un échec relatif, le gouvernement n’ayant pas réussi à racheter la totalité du montant prévu lors des deux premières séries de rachats en septembre. Plus important encore, les rendements à long terme ont augmenté de pas moins de 50 points de base à la suite de l’annonce de ces rachats.
Les stratèges de Citi spécialisés dans les taux américains s’attendent à ce que les volumes des adjudications à 20 et 30 ans soient réduits de 3 milliards de dollars, l’écart étant comblé par des émissions supplémentaires de bons du Trésor. Le Trésor pourrait également opter pour davantage de flexibilité en maintenant les volumes d’adjudication inchangés, tout en signalant que des ajustements futurs sont envisageables.
Le Trésor pourrait également décider de maintenir le statu quo. Les analystes de JPMorgan estiment que l’ampleur des besoins d’emprunt pour les années à venir est si considérable qu’il ne serait "pas prudent" de renoncer à une source de financement "essentielle" provenant d’un instrument qui permet de lever 168 milliards de dollars par an. De plus, selon eux, si les rendements sont élevés, ils ne sont pas déconnectés des fondamentaux économiques actuels.
Étant donné que les élections de mi-mandat ont également lieu la première semaine de novembre, le plan de refinancement trimestriel du Trésor ne sera peut-être pas la priorité absolue des investisseurs. Mais ce serait une erreur, car des changements subtils dans la stratégie de financement du gouvernement pourraient avoir des implications importantes à long terme.
(Les opinions exprimées ici sont celles de l’auteur, chroniqueur pour Reuters)
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