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Que retenir de la faillite de Lehman Brothers, 15 ans après (1/3)
information fournie par TRIBUNE LIBRE 05/10/2023 à 08:30

James Athey, Investment Director, chez abrdn. (crédit : DR)

James Athey, Investment Director, chez abrdn. (crédit : DR)

Par James Athey, Investment Director, abrdn


Partie 1 - Introduction

Bien qu'elle ne soit pas tombée du ciel, la faillite de l'une des plus grandes banques d'investissement du monde, survenue au cours d'un week-end de septembre 2008, n'en est pas moins choquante.

Pourtant, jusqu'à cette date, rares étaient les acteurs du marché qui pensaient qu'une telle issue était possible. L'une des banques d'investissement les plus importantes et les plus célèbres, fondée en 1847, manquait à ses obligations et s'effondrait entre les mains des administrateurs. Lehman Brothers était en faillite.

C'est à partir de ce moment-là que tout a changé. Les investisseurs, les commentateurs, les observateurs et les décideurs politiques ont tous été contraints de faire face à une nouvelle réalité : les hypothèses précédemment retenues n'étaient plus sacro-saintes. La nouvelle a fait chuter les marchés financiers et a provoqué une onde de choc dans le monde entier.

Quinze ans plus tard, nous sommes toujours confrontés aux séquelles de ces chocs.

L'expression "too big to fail" (trop gros pour échouer) n'était pas vraiment utilisée à l'époque. Il s'agissait plutôt d'une implication tacite.

Depuis un certain temps, des analyses suggéraient que certaines des plus grandes institutions du monde financier étaient en mesure d'accéder à des financements moins coûteux que ne le laissait supposer leur propre cote de crédit. La raison invoquée était l'existence d'une garantie gouvernementale implicite. En substance, ces entreprises étaient trop importantes et faisaient partie intégrante du système tout entier pour qu'on les laisse faire défaut. Cette hypothèse a disparu en fumée à Wall Street, mais, ironiquement, elle allait réapparaître sous une forme encore plus prononcée quelques jours plus tard, lorsque l'ampleur de ce qui se passait devint réellement connue. À Washington, le gouvernement a été "forcé" de renflouer le mastodonte de l'assurance AIG, ainsi que les entités pseudo-gouvernementales Fannie Mae et Freddie Mac.

Les causes ultimes de la faillite divisent encore l'opinion aujourd'hui

Comment en est-on arrivé là ? Cette question a fait couler beaucoup d'encre dans les années qui ont suivi cet événement financier apocalyptique. La réponse est simple : des actifs de mauvaise qualité et un effet de levier trop important. Les banques du monde entier s'étaient jetées sur des titres hypothécaires et des titres adossés à des actifs de plus en plus spéculatifs, en utilisant un effet de levier excessif et en se fondant sur l'hypothèse très fallacieuse que les prix de l'immobilier ne pourraient pas chuter de manière significative aux États-Unis. Bien entendu, cette hypothèse était erronée et l'effet de levier a considérablement amplifié l'impact négatif.

Pour ce qui est de la réponse plus longue, les causes ultimes divisent l'opinion encore aujourd'hui. Quel était le degré de complicité des banques centrales ? S'agit-il d'un échec de la réglementation ? Et qu'en est-il de l'implication des agences de notation qui ont attribué à bon nombre de ces actifs la très convoitée note AAA, les plaçant ainsi aux mêmes rangs que les gouvernements américain et britannique en ce qui concerne la probabilité de défaillance. La vérité est que tous ces facteurs, et bien d'autres encore, ont contribué à créer les conditions qui ont conduit à la crise financière du siècle. Dans cette série, nous examinons de plus près deux des secteurs les plus touchés du système financier : les banques centrales et les banques elles-mêmes.

Les leçons ont-elles été tirées ?

La question principale est de savoir si des leçons ont été tirées. L'impact a été sévère et se répercute encore aujourd'hui dans le système. L'utilisation d'outils de politique monétaire non conventionnels est devenue, pour le meilleur ou pour le pire, tout à fait conventionnelle. Nous vivons dans un monde où les sauvetages - par les gouvernements, les banques centrales ou les deux - sont rapides et offensifs et presque universellement applaudis.

Nous semblons toujours incapables de nous attarder sur la question de savoir si ces renflouements créent des incitations suffisamment perverses pour entraîner les résultats mêmes qu'ils cherchent à corriger - l'aléa moral est désormais une caractéristique acceptée du système.

Aujourd'hui, quinze ans plus tard, en 2023, le système bancaire est beaucoup plus fortement réglementé que jamais, mais reste suffisamment fragile pour générer des défaillances bancaires à une échelle historiquement gigantesque. Les marchés financiers apparaissent eux aussi moins liquides et plus fragiles qu'avant la crise. Il y a fort à parier que les leçons tirées par nos dirigeants et décideurs dans les années qui ont suivi cette crise historique n'étaient pas les plus pertinentes. (à lire demain la suite de cette chronique en 3 épisodes)

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