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Pourquoi les craintes autour de la Grèce sont excessives

Boursorama06/01/2015 à 17:21

Les incertitudes sur la Grèce vont de nouveau faire l'actualité du mois de janvier, mais les craintes seraient exagérées.

La phrase d'Angela Merkel sur une éventuelle sortie de la Grèce de la zone euro a de nouveau provoqué l'inquiétude des investisseurs lundi 5 janvier. Pourtant, le risque réel de sortie du pays de la monnaie unique est minime.

Personne n'a intérêt à une sortie de la Grèce de la zone euro, et c'est pourtant autour de ce sujet que les marchés se sont emballés en début de la semaine.

De l'huile jetée sur le feu par Angela Merkel

La petite phrase ayant retenu l'attention des médias mais aussi des investisseurs a été la pique envoyée par Angela Merkel à la Grèce au cours du dimanche 4 janvier. La chancelière n'a en effet pas hésité à émettre l'idée que la Grèce puisse quitter la zone euro si le nouveau gouvernement grec, qui sera formé fin janvier, décide de remettre en cause le programme d'austérité qui lui est appliqué et fait un nouveau défaut sur sa dette.

C'est en fait cette phrase, et non pas tant l'actualité grecque en elle-même, qui a déclenché le mouvement vendeur constaté lundi 5 janvier. Pourtant, malgré sa fonction de dirigeante de la première économie d'Europe, aucun texte de loi ne permet à la chancelière allemande de décider du sort de la Grèce au sein de la zone euro. La Commission européenne, organe exécutif de l'UE, a d'ailleurs bien souligné lundi matin que l'éventualité d'une sortie de la Grèce était hors de question.

Le discours d'Angela Merkel doit plutôt être analysé comme une manière de faire pression sur les électeurs grecs pour leur faire comprendre qu'un vote en faveur de Syriza le 25 janvier serait un choix lourd de conséquences.

La Grèce ne veut pas quitter la zone euro

Pourtant, côté grec, Alexis Tsipras, à la tête du parti Syriza ayant le vent en poupe pour les élections, n'a jamais évoqué l'idée d'une sortie de la Grèce de la zone euro. Le candidat d'extrême gauche se veut d'ailleurs pro-européen. Aucun retour à la drachme n'est prôné - cela ruinerait le pays à cause de la dévaluation de la monnaie. Selon un sondage paru récemment, 74% des Grecs voudraient d'ailleurs rester dans la zone euro.

Syriza aurait des leviers limités

Tout en restant pro-européen, le parti Syriza s'affiche néanmoins contre l'application de certaines mesures d'austérité radicales - pas toutes, seulement certaines. Aucun doute que ce choix risque de se révéler économiquement dangereux, même si le résultat peut difficilement être pire que celui obtenu par l'application des plans d'austérité. Encore faudrait-il que ce choix soit possible. En effet, Syriza ne pourrait pas remettre entièrement en cause les politiques économiques actuellement menées.

Comme nous le rappelions dernièrement, malgré des déclarations fracassantes (retour du SMIC à son niveau d'avant-crise par exemple), le parti n'aurait pas forcément les possibilités légales et politiques de mettre ses projets en application. Pour certains Grecs, l'arrivée de Syriza au pouvoir ne changerait pour ainsi dire pas grand-chose dans un pays où la puissance de l'Etat est par ailleurs généralement défaillante. À cela s'ajoute le fait que le parti n'a presque aucune chance d'obtenir la majorité des sièges au Parlement, ce qui l'obligerait à faire partie d'une coalition qui ne lui donnerait qu'une partie du pouvoir décisionnel.

Les créanciers de la Grèce y perdraient trop

Du côté des créanciers, la question de l'appartenance de la Grèce à la zone euro aboutit aux mêmes conclusions. Personne n'aurait intérêt à une sortie de la Grèce de la monnaie unique. Un éventuel retour à la drachme serait bien évidemment une catastrophe pour les prêteurs qui seraient ruinés par l'impossibilité de la Grèce de rembourser avec des drachmes une dette libellée en euros.

Or, les créanciers de la Grèce sont désormais principalement les grandes institutions ayant prêté au pays dans le cadre des plans d'austérité. Le Fonds européen de stabilité financière (FESF) serait à l'origine des trois quarts de l'aide prêtée à la Grèce. L'Allemagne et la France sont ensuite les deux principaux pays ayant prêté des fonds au pays. Autant dire que les créanciers sont indémêlables de la zone euro et qu'ils n'auraient aucun intérêt à pousser la Grèce vers la sortie de la monnaie commune.

Quoi qu'il arrive, les marchés resteront instables en janvier

Même si les craintes autour de la Grèce sont exagérées, il y a fort à parier que les turbulences vont se poursuivre au cours du mois de janvier. L'incertitude autour des législatives grecques rend les investisseurs nerveux, avec ou sans raison.

Dans les salles de marché, si les indices commencent à plonger dans le rouge sur fond d'approche des élections, rares seront ceux qui chercheront à faire immédiatement des achats à bon compte alors que l'incertitude dominera. Le mot d'ordre sera : « vendez ! ». Dans les périodes à l'actualité économique troublée, les opérateurs sur-réagissent aux nouvelles. Les inquiétudes autour de la Grèce, associées aux incertitudes sur le pétrole et la Russie, pourraient ainsi faire quelques dégâts au cours du mois de janvier.

Après une journée de forte baisse pour l'Athex lundi (-5,63%), la Bourse grecque était fermée mardi en raison des fêtes de l'Epiphanie.

X.B.


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