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Pour défendre la guerre en Iran, Trump use d'une méthode habituelle: attaquer les médias
information fournie par Reuters 18/03/2026 à 13:19

Trump d'un déjeuner avec les membres du conseil d'administration du Kennedy Center

Trump d'un déjeuner avec les membres du conseil d'administration du Kennedy Center

par Helen Coster et Nathan Layne

Donald Trump et ses partisans ont multiplié les attaques ‌contre les médias américains pour leur couverture de la guerre contre l'Iran depuis le début du conflit, qui, au-delà du chaos qu'il a déclenché dans tout le Moyen-Orient, est impopulaire aux ​Etats-Unis malgré les déclarations triomphalistes du président américain et de son administration.

Si Donald Trump a pour habitude depuis des années d'agonir de reproches, voire d'injures, les médias dont la couverture lui déplaît, ses dernières déclarations marquent une escalade avec une rhétorique basculant dans le registre de la menace.

Certains défenseurs de la liberté de la presse, rappelant que ce principe est inscrit dans la Constitution ​des Etats-Unis, s'inquiètent de cette évolution et du risque d'autocensure qu'elle pourrait porter chez certains journalistes.

Seul un Américain sur quatre approuve les bombardements lancés depuis le 28 février par les Etats-Unis et Israël contre l'Iran, selon un sondage Reuters/Ipsos du 1er ​mars.

Environ la moitié des Américains, dont un républicain sur quatre, pensent que leur président recourt de ⁠manière excessive à la force militaire. Au moins 13 militaires américains sont morts dans ce conflit jusqu'à présent.

LA FCC MET EN GARDE LES CHAÎNES POUR LEURS LICENCES

Les critiques ‌du pouvoir américain contre la couverture médiatique du conflit ont franchi un palier vendredi lorsque le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a nommément désigné CNN au cours d'une conférence de presse.

Il avait alors qualifié de "manifestement ridicule" une information de la chaîne de télévision, fondée sur des sources selon laquelle ​l'administration Trump avait sous-estimé les risques pour le commerce du pétrole via ‌le détroit d'Ormuz, de facto bloqué par l'Iran en représailles aux frappes israélo-américaines.

Pete Hegseth a ajouté que, plus tôt David Ellison ⁠deviendrait officiellement propriétaire de CNN, mieux ce serait.

David Ellison est le P-DG de Paramount Skydance, qui est en train de mettre la main sur Warner Bros Discovery, maison-mère de CNN. Il est aussi le fils de Larry Ellison, cofondateur d'Oracle et allié de Donald Trump.

La Maison blanche a renchéri sur les propos du secrétaire à la Défense via un courriel accusant CNN de "mentir" pour ⁠dévaluer le "succès écrasant" de l'intervention militaire ‌contre l'Iran.

Mark Thompson, patron de CNN, a dit dans une déclaration à Reuters: "Nous restons fidèles à notre travail journalistique."

Brendan Carr, président de la Commission fédérale ⁠des communications (FCC), a pour sa part écrit samedi sur X que les chaînes de télévision diffusant des "fake news" ("fausses informations") auraient désormais l'opportunité de "corriger le tir avant le renouvellement de leur licence".

La FCC ‌n'a plus retiré de licence à une chaîne de télévision depuis plus de 40 ans et toute tentative en ce sens de l'administration Trump motivée par le ⁠contenu proposé risquerait de se heurter à des recours en justice fondés sur le Premier Amendement de la Constitution des Etats-Unis ⁠qui garantit la liberté de la presse.

"FAKE NEWS ‌MEDIA"

Dans un message diffusé dimanche soir sur son réseau Truth Social, Donald Trump a accusé des "fake news media", qu'il n'a pas nommés, d'oeuvrer de concert avec l'Iran pour propager des images ​générées par intelligence artificielle d'un porte-avions américain en flammes, jugeant qu'ils devraient être poursuivis pour trahison.

Les affirmations ‌iraniennes d'une frappe contre un porte-avions américain n'ont guère été reprises par les médias occidentaux, qui se sont au contraire employés à prouver l'inauthenticité de ces images.

L'accusation de trahison fait encourir la peine de mort aux Etats-Unis.

Scott ​Bessent, secrétaire au Trésor, a déclaré dimanche sur CNBC que la couverture de la guerre par les grands médias reflétait "une aversion envers le président Trump".

"Le président Trump a raison", a dit Olivia Wales, porte-parole de la Maison blanche, dans un communiqué. "Beaucoup dans les médias passent leur temps à jeter le discrédit sur le président Trump, sur l'administration et sur l'armée des ⁠Etats-Unis tout en apportant de l'eau au moulin d'un régime qui tue des Américains depuis plus de 50 ans. C'est une honte totale."

Jameel Jaffer, directeur exécutif du Knight First Amendment Institute à l'université de Columbia, juge que la rhétorique récemment employée par Donald Trump marque une intensification d'un "effort de longue date visant à amener les organes de presse à s'aligner plus étroitement sur son propre programme politique et idéologique".

"Le président Trump est libre de critiquer la couverture médiatique qu'il considère imprécise ou injuste mais le Premier Amendement donne aux organes de presse le droit de décider par eux-mêmes ce qu'ils couvrent et la manière dont ils le couvrent", a-t-il ajouté dans un communiqué. "C'est un fondement constitutionnel, plus que tout autre."

(Helen Coster et Nathan Layne à New ​York, version française Bertrand Boucey, édité par Benoit Van Overstraeten)

1 commentaire

  • 13:33

    L'empereur Trump devrait lire Montaigne: "Sur le plus haut trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cu.l ».


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