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POINT HEBDO-Les marchés tanguent dans la crainte d'une deuxième vague
information fournie par Reuters 15/05/2020 à 10:32

* Le rebond des marchés a du plomb dans l'aile

* La crainte d'une deuxième vague de coronavirus pèse

* Trump s'en prend encore à la Chine

par Patrick Vignal

PARIS, 15 mai (Reuters) - Après avoir brutalement décroché en mars puis vivement rebondi en avril, les marchés financiers traversent une phase turbulente caractérisée par la crainte grandissante d'une résurgence de la pandémie de coronavirus.

Les facteurs de soutien nés de l'espoir d'un redémarrage de l'activité avec la levée progressive des mesures de soutien et des réponses massives apportées à la crise par les gouvernements et les banques centrales n'ont pas disparu mais n'ont plus la même efficacité.

Si les mauvais indicateurs économiques que continuent de s'accumuler ne surprennent plus les investisseurs, ces derniers s'inquiètent en revanche de l'évolution de la crise sanitaire, qui menace de briser leur rêve d'une reprise économique rapide et vigoureuse, en forme de V.

De nouveaux cas de contamination sont en effet apparus dans plusieurs pays et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a prévenu mercredi que le Covid-19 pourrait devenir endémique et donc ne jamais disparaître totalement.

"La direction des marchés dépendra de l'évolution sanitaire, le risque principal étant une deuxième vague épidémique qui pourrait entraîner de nouvelles mesures de confinement et pèserait sur la reprise économique", explique Nadège Dufossé, responsable de l'allocation d'actifs chez Candriam.

Le président de la Réserve fédérale des Etats-Unis a contribué lui aussi à doucher le fragile optimisme de marchés en déclarant mercredi que l'économie américaine pourrait connaître une "période prolongée" de croissance faible.

Jerome Powell tient ce discours depuis plusieurs semaines mais n'avait pas réussi jusqu'à présent à émouvoir des investisseurs qui semblent prendre enfin la pleine mesure des dégâts durables qu'infligera le virus à l'économie.

Dans ce contexte, l'audition, mardi, du patron de la Fed et du secrétaire américain au Trésor, Steven Mnuchin, par la commission bancaire du Sénat sera suivie avec attention par les investisseurs.

TRUMP SOUFFLE LE CHAUD ET LE FROID

"Les risques potentiels pour les marchés sont encore très présents", souligne Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marchés chez IG France, en ajoutant à la liste la hausse du nombre des faillites d'entreprises et le regain de tension entre les Etats-Unis et la Chine.

Sur ce front, Donald Trump est allé jusqu'à suggérer jeudi qu'il pourrait rompre les liens avec la Chine, qu'il tient pour responsable de la propagation du coronavirus.

Le président américain, qui ne cesse d'alimenter l'indécision des marchés, a déclaré le même jour qu'il était ouvert à l'idée d'un nouveau plan de soutien à l'économie américaine, ce qui a aussitôt fait remonter les indices de Wall Street.

Le S&P-500 .SPX , indice de référence des gérants américains, ne s'en orientait pas moins vendredi vers une baisse de plus de 2,5% sur la semaine, à comparer à un repli de plus de 3% pour le Stoxx 600 européen .STOXX , ce qui témoigne de la nervosité des marchés d'actions.

Une série de signaux techniques qui clignotent, notamment sur des résistances et des moyennes mobiles, sont en outre à surveiller dans les prochains jours, prévient Alexandre Baradez.

Parmi les raisons à l'essoufflement des marchés, l'analyste d'IG France cite également le ralentissement des achats de bons de Trésor par la Réserve fédérale, à 7 milliards de dollars par jour sur la semaine écoulée, soit plus de 10 fois moins que lors de la deuxième quinzaine de mars.

En Europe, où une réponse budgétaire coordonnée se fait toujours attendre, les marchés guetteront l'issue de la réunion de l'Eurogroupe qui doit se tenir lundi avec l'espoir que les membres de l'union monétaire sauront afficher une plus grande solidarité.

LE MARCHÉ DU CRÉDIT REPREND DES COULEURS

La moindre appétence pour les actifs risqués se traduit dans les allocations d'actifs des sociétés de gestion, qui sont nombreuses à adopter une posture prudente sur des actions ayant regagné en quelques semaines la moitié de ce qu'elles avaient perdu lors de l'effondrement des indices au mois de mars.

Le marché du crédit, sur lequel le rebond a été moins marqué, reprend en revanche des couleurs avec notamment un retour des investisseurs sur les obligations d'entreprises classées en catégorie investissement ("investment grade"), qui figurent sur la liste de courses des grandes banques centrales.

Si l'optimisme un peu étrange des dernières semaines a disparu, les marchés continuent cependant de croire que la crise aura une durée limitée et que tout repartira, mais peut-être pas tout à fait comme en avant.

Le choc sur l'économie est pourtant de plus en plus manifeste, notamment aux Etats-Unis, où plus de 36 millions de personnes, soit environ un quart de la population active, ont perdu leur emploi depuis le 21 mars, et nettement plus violent que lors de la crise financière de 2008-2009.

Il sera aussi plus bref, pense Joe Davis, chef économiste de Vanguard, géant américain de la gestion indicielle.

"Bien que le choc actuel soit sévère, la reprise pourra commencer plus tôt comparé aux récessions précédentes, une fois que les risques sanitaires les plus importants seront jugés suffisamment apaisés pour permettre le redémarrage de l'activité des entreprises", écrit-il dans une note.

"Tout ne sera pas rose pour autant", ajoute-t-il avant d'estimer à deux ans le temps qu'il faudra à la première économie mondiale pour retrouver ses niveaux d'avant la crise.

(édité par Blandine Hénault)

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