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Peut-on sauver les banques allemandes ? (Cercle des économistes)

Boursorama03/10/2016 à 10:05

Peut-on sauver les banques allemandes ? (Cercle des économistes)

Classées parmi les toutes premières banques mondiales il y a 30 ans, Deutsche Bank n'est plus qu'au 15rang européen. Comment en est-on arrivé là ? L'analyse de Bertrand Jacquillat.

 

Pauvres banques allemandes et pauvre Deutsche Bank. Celle qui brillait au firmament de l’économie allemande, celle dont le nom resplendissait au sein du secteur financier mondial, n’est plus que l’ombre d’elle-même. Depuis le début de l’année 2016, Deutsche Bank a perdu plus de 50% de sa valeur en bourse. Sa capitalisation boursière est inférieure à 15 Milliards €, un peu plus du quart de celle de BNP Paribas. Elle n’est plus qu’au 15e rang européen par sa taille boursière, alors qu’elle était dans les toutes premières banques mondiales il y a à peine 30 ans. Quelle dégringolade ! Comment en est-on arrivé là et que faire pour la sauver ? « Il y a trop de banques en Europe » a déclaré tout récemment Mario Draghi. C’est particulièrement le cas en Allemagne même si un mouvement de consolidation a déjà été entamé pendant la crise financière avec la fusion Dresdner/Commerzbank et une réorganisation des Landesbanken. L’Allemagne était  surbancarisée en banques de détail, lesquelles étaient insuffisamment rentables. La Deutsche Bank en tira les conséquences dans les années 1980 avec la constitution d’une banque d’investissement de rang mondial facilitée par le rachat de Banker Trust. En fait deux banques cohabitèrent sous le même nom avec deux cultures très différentes, l’une laissée à elle-même et prenant des risques inconsidérés, et l’autre souffrant de la surbancarisation allemande dans la banque de détail. Une telle saturation était la conséquence de l’ingérence politique des Etats allemands dans le système financier du pays, qui eut pour effet de proroger un maillage bancaire dont la santé économique n’était pas soutenable. Bien qu’il s’en défende, la politique de taux zéro de Mario Draghi n’a pas arrangé les choses. Il est clair que ce dossier met le gouvernement allemand dans l’embarras, à la fois pour des raisons de politique intérieure et de proximité des élections, et pour des raisons de politique européenne où depuis des mois Berlin fait la leçon aux mauvais élèves de la zone euro sur ses banques et exige l’application du « bail in », c’est-à-dire du processus de résolution de l’union bancaire européenne qui rejette l’aide publique et exige la participation des déposants, des créanciers et des actionnaires pour redresser les banques en difficulté. Mais Deutsche Bank ne sera pas le nouveau Lehman Brothers. Aussi, l’Etat allemand pourrait encourager une fusion avec Commerzbank, dont le premier actionnaire est l’Etat Fédéral. Cette solution rassurerait les marchés par la présence de Berlin dans le capital de cette nouvelle entité qui aurait la taille de la Société Générale. Certes Commerzbank va également fort mal, et marier deux personnes malades ne suffit pas à guérir leurs maux, bien au contraire.  Pourrait être aussi envisagée une scission de Deutsche Bank entre sa banque d’investissement et sa banque de détail fusionnée avec Commerzbank. Quoi qu’il en soit, le gouvernement allemand, qui devra gérer un jour ou l’autre la situation, car ce n’est pas la diminution de l’amende américaine qui fera disparaître le problème, devrait s’inspirer du gouvernement italien. Confronté au même problème, celui-ci a fait appel à une grande banque internationale pour le conseiller à réorganiser son système bancaire.

Bertrand Jacquillat, Vice-Président du Cercle des économistes.

 

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