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Les matières premières agricoles, valeurs refuges dans un contexte déflationniste ? (Agritel)

Boursorama05/12/2014 à 13:45

Depuis le 1er octobre 2014, nous assistons à un rebond des cours de plus de 15% des principales céréales relève Michel Portier (Agritel).

Alors que le risque de déflation s'accroît, les matières premières agricoles font figure de valeurs refuges pour investisseurs en quête de rendement explique Michel Portier, directeur général d'Agritel.

Les cours des matières premières agricoles, selon les produits,  ont perdu entre le 1er janvier et le 30 septembre 2014 près de 30 % de leurs valeurs. La raison essentielle de cette chute des cours s'inscrivait dans les fondamentaux, à savoir une offre abondante et supérieure à la demande. Cela est un schéma tout à fait classique, qui répond aux lois de l'offre et de la demande.

Le climat du premier semestre 2014 dans l'hémisphère nord a été particulièrement clément et a permis un développement très favorable des cultures. Depuis le 1er octobre 2014, nous assistons à un rebond des cours de plus de 15% des principales céréales alors que les fondamentaux n'ont guère varié et que la demande est somme toute conforme aux prévisions des analystes.

Cela s'explique par plusieurs phénomènes.

La crise sur la région de la mer Noire et la chute des monnaies, à savoir la grivna pour l'Ukraine et le rouble pour la Russie conduit à  une rétention à la vente de la part des producteurs locaux de ces deux pays. Cette rétention est liée à une volonté de se protéger contre l'inflation en détenant un actif qui se revalorise au fur et à mesure que la monnaie sombre, puisque sa valeur est généralement indexée au dollar, dans un marché lié à l'exportation. Ce phénomène de rétention est bien connu des farmers argentins qui utilisent régulièrement leur production agricole comme rempart face à la dévaluation du peso.

Un autre élément justifiant ce rebond des cours des matières premières agricoles est le repositionnement des fonds. En fin d'année les fonds indiciels qui constatent une baisse de la valeur de ces produits dans leurs portefeuilles sont contraints à racheter des contrats portant sur ces actifs, pour qu'ils conservent le même poids dans leur portefeuille. Cela ne suffit cependant pas à expliquer cet engouement, car nous assistons également à des rachats de la part des fonds non indiciels. Ces derniers font la constatation qu'il semble difficile d'intervenir sur les marchés obligataires dans un contexte où les taux américains devraient croitre l'an prochain, et où les taux européens n'ont plus beaucoup de place à la baisse, proches de zéro. Reste une classe d'actifs plus risquée, celle des actions. La prudence sur ce marché est de mise dans un contexte de marasme économique européen et de doute sur la vigueur de la croissance de la zone Asie. Les fonds se tournent alors vers les matières premières agricoles, en tant que valeurs refuges. En effet dans un contexte d'incertitude, il y a bien une demande qui demeure particulièrement inélastique aux prix, celle liée aux biens dits de première nécessité ou alimentaires, qui ne peuvent pas faire l'objet de substitution.  

Ces phénomènes de répartition par classes d'actifs ne datent pas d'aujourd'hui, mais une menace fait son apparition dans la sphère de ces lois dites économiques, la déflation. Rarement une telle situation est apparue au niveau européen, voire mondial, avec pour conséquences un bouleversement dans les lois qui régissent le monde économique.

Regardez le pétrole. Sa chute ne semble pas devoir s'enrayer, conséquence d'une offre abondante en énergie grâce au gaz de schiste notamment, mais également de baisse de la demande dans un contexte de croissance économique et probablement d'enjeux géopolitiques de la part des pays du Moyen-Orient. Or chacun sait que dans la sphère des commodities, le pétrole a toujours joué un rôle de leadership. Peux-t-on donc avoir une décorrélation durable entre le secteur de l'énergie et les autres matières premières? Probablement non, à moins que toutes les règles qui régissent les fondamentaux de l'économie ne s'en trouvent chamboulées par un phénomène aux conséquences imprévisibles : la déflation. Cela conduirait à ce que quelque soit le secteur d'investissement retenu, la valeur future soit inférieure à la valeur actuelle. Dans ce contexte les investissements chuteraient puisque les financiers n'auraient aucun intérêt à se mettre en situation où la probabilité de profits futurs serait négative. Tous les secteurs de l'économie s'en trouveraient affectés avec la fin des règles économiques qui ont régi jusqu'alors le modèle dit capitaliste. Le risque d'entrer dans un monde de décroissance serait réel. Nous allons probablement entrer dans une ère inédite, où malheureusement les conflits et les zones de tension politique sont les seuls éléments en forte croissance.

Espérons que la tentation ne se résume pas en une fuite en avant comme certains le suggèrent, notamment en évoquant une explosion de la zone euro. Et la tentation de revenir à des monnaies nationales serait probablement équivalente à celle de vouloir lutter contre un trou noir. La seule chose que l'on sait, c'est que le trou noir absorbe toutes les sources d'énergies, sans jamais les restituer.

Michel Portier

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