Les données de Bank of America dessinent une économie américaine plus solide, mais plus inégale
À quelques jours du rapport officiel sur l'emploi américain, les données de Bank of America Institute donnent une image moins dégradée de l'économie américaine, sans pour autant valider l'idée d'un consommateur uniformément solide. D'après les comptes de dépôt de ses clients, la croissance des salaires versés a accéléré en avril à 1,9% sur un an en moyenne mobile sur trois mois, contre 1,4% en mars, soit le rythme le plus élevé depuis deux ans et demi. Cette dynamique contraste avec les séries du Bureau of Labor Statistics (BLS) et d'Automatic Data Processing (ADP), restées beaucoup plus faibles, et suggère une décorrélation entre les données bancaires en temps quasi réel et les indicateurs plus traditionnels.
Cette lecture reste toutefois à nuancer, car Bank of America précise que sa série n'est pas ajustée des variations saisonnières et repose sur une clientèle spécifique. Le signal n'en demeure pas moins important pour les marchés, puisque la croissance des versements d'allocations chômage reçus sur les comptes de ses clients a ralenti à 7,4% sur un an en avril. Autrement dit, les données de la banque ne décrivent pas une dégradation franche du marché du travail, malgré le choc géopolitique au Moyen-Orient et la flambée des cours de l'énergie. Cette résistance n'est pas homogène, puisque les petites entreprises ont enregistré en mars un recul de leurs paiements de salaires pour le troisième mois consécutif.
Du côté de la consommation, le diagnostic apparaît plus ambivalent. Le rapport publié fin avril montre que la hausse des prix de l'essence a déjà pesé sur les ménages en mars, avec des dépenses par carte dans les stations-service en hausse de 16,5% sur un mois. Le ménage américain moyen a consacré environ 3,1% de son revenu à l'essence, contre 2,8% un an plus tôt, mais l'effort atteint 4,2% pour les ménages les plus modestes, contre 2,7% pour les ménages les plus aisés.
La consommation ne paraît donc pas cassée, notamment parce que les soldes de dépôts restent supérieurs à leurs niveaux de 2019, y compris pour les ménages gagnant moins de 50 000 dollars par an. Mais cette résilience dépend de plus en plus des coussins d'épargne, des remboursements d'impôts et des ménages à hauts revenus, dont les salaires après impôts ont progressé de 6,0% sur un an en avril, contre 1,5% seulement pour les ménages les plus modestes.
Cette combinaison dessine une économie américaine encore robuste en surface, mais plus asymétrique sous-jacente. Pour la Réserve fédérale, le message est inconfortable, puisque l'emploi ne plaide pas clairement pour un assouplissement rapide, tandis que la consommation devient plus vulnérable à une diffusion du choc énergétique vers l'alimentation, les services essentiels ou les factures d'énergie.
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