Le Trésor américain a annoncé mercredi qu'il allait au moins doubler ses rachats d'obligations à longue maturité, de 2 à 4 MdsUSD par opération, entre le 9 septembre et le 4 novembre. Officiellement destinée à améliorer la liquidité des anciennes souches de dette, la décision intervient surtout à un moment où Washington fait face à des coûts de financement élevés et à une sensibilité croissante des marchés à la trajectoire budgétaire américaine.
La réaction des marchés a été particulièrement marquée. Le rendement du Treasury à 30 ans chute d'environ 7 points de base, sa plus forte baisse depuis le 24 juin, et celui à 10 ans de près de 4 points de base, tandis que l'indice dollar DXY chute d'environ 0,7%, sa plus forte baisse depuis la conférence de presse controversée de Kevin Warsh fin juillet. Parallèlement, l'or bondit de près de 3% et le Bitcoin d'environ 5%.
Cette combinaison correspond assez clairement au retour du "debasement trade", qui consiste à acheter des actifs susceptibles de bénéficier d'une érosion de la valeur réelle de la monnaie ou d'une volonté croissante des autorités de contenir les coûts de financement. Le signal envoyé mercredi est donc moins anodin qu'un simple ajustement technique de gestion de la dette. Une partie du marché semble considérer que, face à des taux longs devenus politiquement et budgétairement inconfortables, le Trésor est désormais davantage disposé à intervenir sur leur formation.
La situation est d'autant plus ironique que Scott Bessent avait précisément reproché à Janet Yellen d'avoir influencé les conditions financières en privilégiant excessivement les émissions de dette à court terme. Il défendait alors une approche laissant davantage le marché fixer le prix de la dette américaine. Or, après avoir largement conservé la structure d'émission héritée de son prédécesseur, son administration renforce maintenant les rachats sur la partie longue de la courbe et se réserve la possibilité d'aller plus loin en cas de tensions.
Cette évolution des taux obligataires pourrait également placer Kevin Warsh face à ses propres arguments lors du symposium de Jackson Hole. Fin juillet, il avait estimé qu'une hausse des taux directeurs n'était pas nécessaire, notamment parce que la remontée des rendements obligataires avait déjà resserré les conditions financières. Si ces mêmes rendements continuent de refluer, Kevin Warsh devra alors expliquer si ce relâchement justifie une hausse des taux directeurs...
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