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Lassés, les gérants de fonds se détournent de Facebook

Reuters06/12/2018 à 16:18
    par David Randall
    NEW YORK, 6 décembre (Reuters) - Entre une réputation qui
n'en finit pas d'être écornée et une rentabilité en déclin,
Facebook  FB.O  ne fait plus envie aux gérants de fonds
américains, dont près d'une centaine ont déjà complètement soldé
leurs positions au sein du premier réseau social mondial depuis
le début de l'année.
    Ces ventes de titres ont exacerbé le repli de l'action
Facebook, qui, au cours de clôture de mardi de 137,93 dollars, a
chuté de près de 37% depuis un record en séance à 218,62 dollars
atteint le 25 juillet. Elle affiche désormais une baisse de
21,8% depuis le début de l'année, contre une progression de 3,7%
pour l'indice Nasdaq  .IXIC , à forte pondération technologique,
sur la même période.
    Dans les premiers échanges jeudi, la valeur reculait de
2,3%, sous le coup d'un abaissement de recommandation de Stifel.
Le courtier prédit que la défiance croissante envers Facebook va
avoir sur le long terme des conséquences négatives sur
l'activité du groupe.
    Que ce soit pour son rôle dans la diffusion de "fake news"
ou dans l'affaire Cambridge Analytics, société qui a détourné
les données personnelles de 87 millions d'utilisateurs, le
réseau social ne cesse d'être au centre de la controverse.
    Dernier exemple en date, un parlementaire britannique a
déclaré mercredi que Facebook avait par le passé proposé à une
poignée d'entreprises, dont Netflix  NFLX.O  et Airbnb, des
informations personnelles d'utilisateurs, prêtant à nouveau le
flanc aux accusations selon lesquelles le groupe monnayait ces
données.
    Selon des données Lipper, une division de Refinitiv, des
fonds communs tels que Fidelity Investments, Hartford et Putnam,
se sont au total délestés de près de 12 millions de titres cette
année. 
    Des fonds alternatifs axés sur la croissance ne sont pas en
reste: Jana Partners et Third Point LLC ont ensemble vendu 3,7
millions de titres Facebook, selon des avis boursiers.
    
    CONTRACTION DE LA MARGE
    Après s'être débarrassés des actions Facebook - dont la
progression avait aidé Wall Street à enchaîner les records au
cours des dernières années - ces fonds privilégient des
entreprises du secteur du paiement - comme Visa  V.N  et
Worldpay  WP.N  - ou celles de biens de consommation courante
telles que PepsiCo  PEP.N  et Chef's Warehouse  CHEF.O .
    "Les révélations du premier trimestre concernant les données
personnelles, les inquiétudes croissantes relatives à la
sécurité des données et la réglementation (...) devraient peser
fortement sur la croissance des bénéfices dans les trimestres à
venir", dit Jim Hamel, gérant de portefeuille chez Artisan
Global Opportunities.
    Le 26 juillet, le titre Facebook a perdu près de 19% en une
seule séance, le groupe ayant prédit une forte hausse de ses
coûts en raison de ses efforts pour mieux protéger la vie privée
de ses utilisateurs et renforcer la surveillance des contenus
partagés sur son application.  
    Le fonds de Jim Hamel, qui a liquidé sa position en mai, a
réalisé une plus-value de près de 400% avec Facebook dont il
avait acquis des titres lors de l'introduction en Bourse en mai
2012, au prix de 38 dollars l'action. 
    Jim Hamel dit avoir investi ses gains pour renforcer ses
positions dans le secteur mondial en forte croissance des
spécialistes des paiements numériques, tels que Worldpay, dont
les actions sont en hausse de 12% depuis le début de l'année.
    Greg Woodard, directeur de Manning & Napier, explique que sa
société, qui avait commencé à acheter des actions Facebook à 20
dollars en novembre 2012, a vendu la totalité de son
portefeuille cette année.
    Les dernières prévisions de Facebook "confirmaient
réellement la contraction de la marge qui avait commencé à nous
inquiéter et lorsque nous avons comparé le prix et nos
prévisions de croissance future, cela ne correspondait pas",
déclare-t-il.
    Greg Woodard ajoute que sa société a renforcé ses positions
dans le spécialiste des logiciels EPam Systems  EPAM.N , le
géant des sodas PepsiCo et Amazon  AMZN.O , lorsque le titre du
géant de la distribution en ligne était dans un creux.
    
    ACTION "DÉCHUE"?
    Alors que l'action Facebook se négocie maintenant à un prix
plus attractif après sa forte baisse, des doutes sur la capacité
du groupe à maintenir et à accélérer sa croissance pourraient la
placer sur un terrain flou, entre valeur de croissance et "value
stock". La première séduit les investisseurs en quête de
croissance rapide. La seconde, ceux à la recherche de valeurs
décotées au regard de leurs fondamentaux.
    "Une fois qu'un investisseur en valeurs de croissance met
une entreprise sur le banc de touche, il lui est difficile de le
quitter", dit Todd Rosenbluth, directeur de la recherche en
fonds communs de placement chez CFRA. "Lorsqu'une action est
perçue comme une action de croissance déchue, elle perd de son
attrait, alors qu'un prix en baisse pour une entreprise décotée
peut souvent la rendre plus attrayante."
    Greg Woodard dit que sa société n'achèterait plus d'actions
Facebook pour ses fonds de croissance mais qu'elle les placerait
dans un fonds axé sur "les entreprises qui doivent se réparer
elles-mêmes", s'il en achetait encore.
    Pour que cela se produise, le cours de l'action Facebook
devrait être "sensiblement inférieur", précise-t-il.

 (Benoit Van Overstraeten et Catherine Mallebay-Vacqueur pour le
service français, édité par)
 

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