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La Pologne n'entend pas céder au "chantage" de l'UE - Morawiecki
information fournie par Reuters 21/10/2021 à 16:21

par Marine Strauss, Gabriela Baczynska et Jan Strupczewski

BRUXELLES, 21 octobre (Reuters) - La Pologne ne cédera pas au "chantage" de l'Union européenne mais elle souhaite trouver une solution aux disputes avec Bruxelles, a déclaré jeudi le Premier ministre Mateusz Morawiecki avant l'ouverture du Conseil européen.

Les tensions entre les nationalistes au pouvoir à Varsovie et les libéraux majoritaires dans les institutions européennes semblent avoir atteint un point de non-retour après la décision du Tribunal constitutionnel polonais du 7 octobre qui a remis en cause la primauté du droit européen sur le droit national.

Cette position, soutenue par quelques pays, dont la Hongrie de Viktor Orban, a ébranlé les fondations de l'intégration européenne et risque de priver la Pologne des financements de l'UE, notamment ceux - très généreux - liés au plan de relance adopté par les Vingt-Sept pour faire face aux conséquences de la pandémie de COVID-19.

"Certaines institutions européennes s'octroient le droit de prendre des décisions sur des questions qui ne leur incombent pas", a déclaré Mateusz Morawiecki à son arrivée à Bruxelles.

"Nous n'agirons pas sous la pression du chantage, (...) nous ne sommes pas d'accord avec l'extension sans fin des compétences (des institutions de l'UE) mais nous allons bien sûr discuter des moyens de résoudre les désaccords actuels par le dialogue", a ajouté le Premier ministre polonais.

Certains pays ne cachent pas leur volonté de priver les nationalistes polonais de la manne financière de l'UE alors que le gouvernement de Varsovie s'emploie depuis plusieurs années à saper les valeurs européennes - qu'il s'agisse de principes démocratiques comme la séparation des pouvoirs, ou de droits humains, en particulier ceux des femmes, des migrants et des homosexuels.

MACRON APPELLE AU DIALOGUE

Le président français Emmanuel Macron s'est entretenu jeudi à Bruxelles avec Mateusz Morawiecki et l'a appelé à engager un dialogue avec la Commission européenne pour trouver une solution "compatible avec nos principes et nos règles communes", a fait savoir l'Elysée.

Son secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, Clément Beaune, s'est fait plus menaçant, rappelant que l'UE a à sa disposition un éventail de sanctions si les discussions avec Varsovie n'aboutissent pas.

La Commission refuse pour l'instant de verser à la Pologne les 57 milliards d'euros qui lui reviennent au titre du fonds d'urgence destiné à lutter contre les effets de la pandémie. Varsovie pourrait se voir imposer des sanctions financières supplémentaires par la Cour de justice de l'UE.

L'issue du bras de fer engagé avec la Pologne est d'autant plus importante que les Vingt-Sept se sont, pour la première fois de leur histoire, engagés sur la voie d'une intégration accrue l'an dernier en s'entendant sur l'émission de dette commune pour financer un plan de relance de 750 milliards d'euros, après avoir surmonté les réticences d'Etats "frugaux" comme les Pays-Bas.

Mateusz Morawiecki a exclu l'idée d'un "Polexit", rejeté par une très large majorité de Polonais, mais il n'en entend pas moins combattre, avec le soutien de Viktor Orban, ce qu'il considère comme des pouvoirs "excessifs" de la Commission.

"La Pologne est un des meilleurs pays européens. Il n'y a pas besoin de sanctions, c'est ridicule", a commenté le Premier ministre hongrois en arrivant à Bruxelles.

La chancelière allemande Angela Merkel a mis en garde de son côté contre le risque d'isoler la Pologne et de multiplier les procédures judiciaires contre Varsovie.

"Nous devons trouver le moyen de nous retrouver", a-t-elle dit avant de prendre part à son dernier Conseil européen, au cours duquel seront également abordées la question des prix de l'énergie et celle des flux migratoires entre la Biélorussie et plusieurs pays de l'UE comme la Pologne ou les républiques baltes.

(Reportage de Marine Strauss, John Chalmers, Gabriela Baczynska, Philip Blenkinsop, Jan Strupczewski, Michel Rose, Andreas Rinke et Sabine Siebold ; version française Tangi Salaün, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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