Une femme se rafraîchit devant un tuyau d'arrosage à Paris, le 18 juin 2026 ( AFP / Simon WOHLFAHRT )
Toujours en vigilance rouge canicule, la majeure partie des Français subissent mercredi des températures record, synonymes ces derniers jours d'un pic de passages aux urgences liés à la chaleur, alors que la ruée sur les climatisations alimente le débat sur l'adaptation au changement climatique.
La journée de jeudi sera encore "suffocante" avec 14 départements supplémentaires en rouge à la mi-journée, soit 72 au total, avant une éventuelle rétrogradation en soirée d'une dizaine d'entre eux sur la façade ouest, exposée aux orages, selon Météo-France.
Vers 15h30, l'institut météorologique relevait 41,5°C à Vannes, 41,4°C à Poitiers, 40,7°C à Biarritz et 39,6°C à Paris. Mardi a été la journée "la plus chaude jamais enregistrée en France", avec une moyenne de températures diurnes et nocturnes de 29,9°C, a précisé Météo-France.
"On a calfeutré les fenêtres, mis des ventilateurs au plafond, ça fonctionne bien mais sans clim' c'est compliqué, ce ne serait pas du luxe", estime Manon Langlois, 34 ans, animatrice petite enfance à Bordeaux.
Sous la fournaise, des infrastructures sont mises à l'épreuve: dans le Finistère, jusqu'à 120.000 foyers ont été privés d'électricité après un incident sur un transformateur près de Quimper. Un réacteur nucléaire de la centrale de Golfech (Tarn-et-Garonne) est à l'arrêt en raison du réchauffement des eaux de la Garonne qui servent à le refroidir.
Pic aux urgences
Un homme se rafraîchit dans le bassin de la fontaine des Girondins, sur la place des Quinconces, à Bordeaux, en Gironde, le 22 juin 2026 ( AFP / Philippe LOPEZ )
Selon une étude scientifique publiée cette semaine, la canicule qui frappe la France et une partie de l'Europe est "fortement aggravée par le changement climatique d'origine humaine", sans lequel il ferait actuellement 2 à 4°C plus frais.
En Espagne, les journées de lundi et mardi ont été les plus chaudes enregistrées pour un mois de juin depuis 1950.
Cette canicule est comparée en France à celle de 2003, qui avait fait 15.000 morts dans le pays. En 2025, les fortes températures ont tué quelque 5.700 personnes, les trois quarts ayant plus de 75 ans, selon l'agence Santé publique France.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a fait état d'une quarantaine de morts par noyade depuis le 18 juin, "essentiellement des jeunes". Mardi soir à Bègles (Gironde), un enfant rom de six ans s'est noyé dans un petit lac.
Vagues de chaleur en France : plus précoces, fréquentes et chaudes ( AFP / Valentin RAKOVSKY )
Accusé d'avoir tardé à réagir lors d'une première vague de chaleur en mai, le gouvernement a renforcé la mobilisation du système de santé.
Selon Santé Publique France, les services d'urgence ont enregistré en début de semaine un pic de passages liés à la canicule pour des personnes de tout âge, avec un afflux "rarement, voire jamais observé" pour un tel phénomène.
Pour ne rien arranger, patients et soignants "crèvent de chaud" dans nombre de bâtiments mal isolés et non climatisés, selon les professionnels.
Le monde du travail jongle, de façon générale, entre horaires remaniés, chantiers interdits l'après-midi et pénibilité accrue.
32°C en classe
Favorisée par les fortes chaleurs, la concentration d'ozone dans l'atmosphère a dépassé le seuil réglementaire dans le Nord et le Pas-de-Calais, placés en niveau d'alerte mercredi et jeudi avec une réduction de vitesse autorisée sur les routes.
Une touriste se protège du soleil sous une ombrelle devant la Pyramide du Louvre, à Paris, le 23 juin 2026 ( AFP / Dimitar DILKOFF )
Plus de 8.000 établissements scolaires (sur 60.000) sont perturbés, dont environ 1.800 fermés, selon le gouvernement. Des oraux du bac ont été reportés pour 10.000 candidats mais les épreuves du brevet sont maintenues vendredi matin.
"J'aime pas la clim' mais quand vous voyez qu'elle est partout sauf pour eux, vous avez compris: les enfants ne comptent pas en ce moment", peste, sous couvert d'anonymat, une enseignante d'une vieille école de Bordeaux, où il fait 32°C dans sa classe depuis une semaine.
En attendant, climatiseurs et ventilateurs s'arrachent: le groupe Carrefour dit avoir vendu, lundi, "mille fois plus" d'appareils qu'à l'ordinaire.
"On n'a pas d'autre solution", expliquait Alain Bichot, 34 ans, clim' en mains mercredi en sortant d'un magasin près de Dijon. Des volets aux fenêtres? "On en a déjà." Une isolation renforcée? "Notre proprio dit que c'est trop cher."
Le coup de chaleur ( AFP / Gal ROMA )
Cette ruée divise les responsables politiques – le RN propose un "plan massif de climatisation", les Écologistes ne croient pas à la "solution miracle".
Comme la climatisation est "énergivore", "l'idée, c'est de ne pas l'installer partout au détriment du reste, mais (seulement) quand c'est nécessaire et possible", a fait valoir mercredi à l'Assemblée nationale le ministre de la Ville et du Logement Vincent Jeanbrun, disant aborder le sujet "sans dogmatisme".
Pour Christophe Rodriguez, directeur de l'Institut français de la performance du bâtiment (Ifpeb), "quand toute la France aura des volets et des toitures isolés, on aura une assise plus confortable pour débattre de la climatisation".

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