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L'orgie bancaire chinoise (le Cercle des Analystes indépendants)

Boursorama 19/10/2016 à 18:45

Les Trente Glorieuses chinoises se sont achevées en 2007, signant la fin du rattrapage chinois. Le passage d’une économie tirée par l’offre vers une économie tirée par la demande (c’est-à-dire par les salaires et la consommation) est extrêmement périlleux. Pour y remédier, les autorités devront mettre en place un système de sécurité sociale digne de ce nom, qui accélérera la perte de compétitivité du modèle chinois « low cost ».

Pékin a donc décidé, une fois de plus, d’augmenter l’investissement pour préserver la croissance. Sous l’injonction du gouvernement, les banques ont à nouveau prêté, les yeux fermés, aux collectivités locales et aux entreprises déjà surendettées pour acheter des équipements inutiles et non rentables. Pour colmater les brèches, mais en remettant à plus tard les réformes structurelles à réaliser, le pays a fait tourner la planche à billets provoquant une explosion de l’endettement public et privé qui a atteint un record historique de 280 % du PIB en 2016.

Or l’histoire a démontré qu’une telle orgie de crédit a toujours débouché sur une crise financière. Le crédit croit deux fois plus vite que la production et touche tous les secteurs. Ce déferlement de crédit finance les secteurs déjà saturés par une capacité de production largement excédentaire. La capacité du crédit à stimuler la croissance diminue rapidement. Il faut deux fois de crédit pour obtenir la même croissance qu’en 2007.

 

Les entreprises qui empruntent sont celles qui sont le moins capables de rembourser. La restructuration des entreprises publiques est le point clé. Elles contribuent à seulement 20% de la production, alors que leur endettement représente 50% du total de la dette des entreprises. Dans le secteur financier la prise de risque est excessive.

Le FMI estime que 15 % des prêts chinois aux entreprises sont à risque. La valeur comptable des créances douteuses pourraient atteindre un quart du PIB. Les pertes seront donc considérables. Le bilan des banques ne reflète qu’une faible part des crédits à risque car elles ne les ont pas provisionnés : leur capacité de prêt semble donc toujours importante. Au cours des deux dernières années, le crédit bancaire est passé de 22% du PIB à 44% du PIB chinois. La Chine a le plus fort endettement mondial. L’accélération de la dette est encore plus inquiétant que son niveau. Selon la Banques des règlements Internationaux, Lorsque le ratio dette/PIB progresse de plus de 10% par rapport à sa tendance long terme il y a un risque systémique bancaire. En 2016, l’écart est de plus de 30% en Chine !

L'orgie bancaire chinoise (le Cercle des Analystes indépendants)

Aujourd’hui, l’État qui reconnaît le problème, essaye d’éviter un ralentissement trop brutal de l’économie, et maintient en vie sous perfusion bancaire les groupes les plus fragiles. Si le gouvernement chinois ne met pas en place rapidement une restructuration de son économie, la Chine pourrait se retrouver dans la même situation que celle du Japon lors de la crise bancaire des années 1990 : des banques moribondes prêtant à des entreprises moribondes et étouffant la croissance des entreprises les plus saines. Faute de réformes structurelles rapides et en cas de poursuite d'une politique de relance économique reposant sur un gonflement sans fin du crédit, « les vulnérabilités s'intensifieront » et conduiront le pays à « une croissance affaiblie de façon permanente », a averti le Fonds Monétaire International à l’été 2016.

 

L’image du pouvoir central en a pris un sacré coup, les autorités donnant l’impression de ne plus avoir les cartes en main. L’histoire n’est pas écrite, mais plus le pays perd confiance en lui, plus il durcit le ton vis-à-vis de l’extérieur, entraînant la montée du nationalisme qui ne cesse d’inquiéter les pays riverains de la Chine.

 

De plus en plus d’investisseurs mettent en doute la fiabilité des statistiques économiques chinoises. Le plus grave n’est pas tant les écarts entre les chiffres officiels et la réalité économique mais la perte de confiance dans cette « réalité virtuelle » véhiculée par le Parti communiste. La capacité de créer une réalité imaginaire dans la tête des investisseurs qui ont cru en l’invincibilité du modèle de croissance chinois est en train de disparaitre. Les mythes peuvent changer rapidement. Raconter des histoires crédibles n’est pas facile et dans ce domaine les autorités chinoises ont fait preuve par le passé d’un grand savoir-faire. La fable chinoise a ainsi permis au pays de devenir le réceptacle d’un mouvement de délocalisation et d’investissements directs sans précédent. La fin de ce mythe de l’invincibilité fragilise le pays et donne le sentiment que les autorités à Pékin ont perdu la main. Le doute s’est insinué sur la santé de la deuxième économie mondiale, ce qui maintient une forte pression à la baisse sur la monnaie et les réserves de change qui sont passées de 3900 milliards de dollars fin 2014 à 3100 milliards aujourd’hui.

 

Les autorités chinoises ne cessent de réaffirmer que le pays a engagé une périlleuse transition de son modèle de croissance. Une partie des investisseurs sont persuadés du contraire. En finance, il peut y avoir autoréalisation de la pensée des investisseurs : s’ils pensent que l’économie chinoise va fortement ralentir alors il y a de fortes chances que cela arrive.

 

JL Buchalet 

 

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