Un présentoir de produits L'Oréal dans un magasin de cosmétiques parisien. (Crédit: L. Grassin / )
Si le projet d'union entre Estée Lauder et Puig a suscité des doutes dans l'industrie et la communauté financière, la reprise de Kering Beauté par L'Oréal est jugée «logique» et dans la continuité de sa longue histoire. Depuis 1909, le numéro un mondial des parfums et cosmétiques, au chiffre d'affaires de 44 milliards d'euros, n'a créé que trois marques mais en a acquis beaucoup depuis Monsavon, en 1928.
Il revendique aujourd'hui un portefeuille de 40 marques internationales. Mais la force de son modèle tient avant tout à une présence sur toute la planète, dans tous les canaux de distribution (l'e-commerce pèse 30 % des ventes) et à tous les prix: une poignée d'euros pour le nouveau gel hydratant Garnier dans son petit pot jaune citron, mais près de 300 € pour le soin Absolue de Lancôme.
Si le montant de 4 milliards d'euros pour Kering Beauté impressionne, il ne déroge pas aux habitudes de L'Oréal en matière de croissance externe: repérer une marque petite mais dans l'air du temps (comme les soins coréens Dr.G ou les produits australiens Aesop, aux ingrédients naturels), pour lui faire bénéficier de son réseau mondial et de sa puissance de feu en matière de recherche et de marketing.
Espoirs pour Creed
Ainsi, elle rejoindra peut-être son club des 13 milliardaires en chiffre d'affaires, comme La Roche-Posay, acquise en 1989 avec des ventes de 18 millions d'euros, portées depuis à près de 3 milliards, ce qui en fait «la troisième marque mondiale de soins de la peau», a précisé Nicolas Hieronimus, le directeur général, en février. Ou, plus récemment (2017), l'américaine CeraVe, à laquelle on ne peut plus échapper en entrant dans une pharmacie! Sa gamme s'enrichit même de soins pour les cheveux.
Creed et ses 350 millions d'euros de chiffre d'affaires environ, chez Kering Beauté, ne demandent donc qu'à croître dans l'écosystème L'Oréal, dont le poids dans la haute parfumerie va doubler, selon Nicolas Hieronimus. L'autre enjeu sera de relancer la licence Gucci, à partir de 2028 au plus tard. Chez Coty, elle a déçu les espoirs des Pinault, qui voyaient prospérer parallèlement les parfums et cosmétiques Yves Saint Laurent (deuxième marque de Kering), développés depuis 2008 par L'Oréal, avec des revenus «proches de 3 milliards d'euros» pour cette licence, d'après Nicolas Hieronimus.
Outre son expertise, l'entreprise a les reins solides. Elle dégage une marge opérationnelle élevée (un bon 20 %) et qui progresse, et était à peine endettée fin 2025 (pour 35 milliards de fonds propres) avant de décaisser plus de 8 milliards pour Kering Beauté et les 10 % de Galderma.
Le modèle d'affaires de L'Oréal a largement fait ses preuves, mais il se paie toujours assez cher... Nous sommes à conserver sur la valeur.
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