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L'interview de Rose Ouahba (Carmignac Gestion) : « Les taux des obligations espagnoles et italiennes pourraient encore baisser »

Boursorama30/06/2014 à 18:50

Pour Rose Ouahba (Carmignac Gestion), les taux des obligations italiennes et espagnoles pourraient encore baisser.

L'action de Mario Draghi à la tête de la BCE et les pressions inflationnistes aux Etats-Unis favorisent la détente des obligations européennes, en particulier celles des pays périphériques, explique Rose Ouahba, gérante taux chez Carmignac Gestion.

Quel est le scénario actuel retenu par Carmignac Gestion pour l'Europe ?

Rose Ouahba : L'économie européenne a rebondi en fin d'année mais nous constatons un essoufflement des indicateurs macroéconomiques, notamment en provenance de l'Allemagne et de la France. En Allemagne, on observe une décélération de l'activité à la fois dans l'industrie et dans les services. En France, le recul observé est plus marqué. Ce contexte nous amène à penser que la politique monétaire européenne va rester extrêmement accommodante. Les indices des prix pourraient encore baisser...  

Le risque déflationniste existe-t-il en Europe ?

R.O : La déflation est un phénomène particulier et nous n'en sommes pas là. Ce risque existerait si le secteur bancaire n'était pas suffisamment restructuré. La BCE va procéder à l'audit des bilans bancaires des établissements européens via son asset quality review, examen rigoureux qui pourrait entraîner des cessions d'actifs ou des regroupements entre établissements. Le Japon est tombé dans la déflation car les bilans bancaires n'ont pas été assainis, ne permettant pas aux injections de liquidités par la banque centrale de se transmettre à l'économie réelle.

Les annonces de Mario Draghi, début juin, sont-elles susceptibles de réveiller l'économie européenne ?

R.O : Mario Draghi a envoyé un signal fort aux marchés bien que les effets de la plupart de ses annonces ne seront pas mesurables à court terme. Les opérations de Target LTRO sont principalement destinées à compenser le remboursement par les banques des deux premières opérations de LTRO prévu début 2015. L'étude d'un plan destiné à raviver le marché de la titrisation est également de bon augure à moyen terme. Enfin, l'espoir ultime d'annonce d'un programme  d'achat de dettes souveraines accentue la détente des taux souverains et en particulier le phénomène de convergence des obligations « périphériques » vers les obligations « core ».

L'euro peut-il enfin baisser par rapport au dollar ?

R.O : On peut déjà faire remarquer que le niveau de l'euro est désormais intégré dans les préoccupations de la BCE. La logique macroéconomique devrait pousser la devise européenne à la baisse par rapport au dollar au cours des prochains mois. Mais pour assister à une baisse plus franche de l'euro, il faudrait que la BCE engage un véritable « quantitative easing » à l'instar de ce qu'a fait la Fed. Nous n'en sommes pas encore là. De même, les tensions inflationnistes sont plus marquées aux Etats-Unis et pourraient entraîner, si elles se confirmaient, une remontée des taux américains et un affaiblissement de l'euro. En attendant, l'intérêt des investisseurs pour les actifs européens reste un facteur de soutien important de la devise européenne.

Quelle est aujourd'hui votre stratégie taux ?

R.O : Nous avions en début l'année trois convictions fortes : hausse attendue des taux américains, convergence accrue des taux souverains européens et prudence sur les obligations privées avec une préférence pour les obligations bancaires européennes. Une stratégie qui s'est avérée payante sauf sur les taux américains. Pour le trimestre à venir, nous pensons que les pressions inflationnistes aux Etats-Unis devraient favoriser la remontée graduelle des taux courts (notamment le segment 2-5 ans). En Europe, il existe encore un potentiel de détente sur les obligations espagnoles et italiennes. La convergence n'est pas terminée selon nous. Pour les pays émergents, nous sommes positionnés sur la baisse des taux brésiliens et mexicains. Du côté des obligations privées, nous restons prudents sur ce compartiment en raison des niveaux élevés de valorisations atteints en lien avec la faiblesse des taux de défaut constatés. Nous favorisons toujours le secteur financier européen, engagé dans un vaste programme d'assainissement des bilans et réductions des risques de nature à favoriser les porteurs de dettes.

Propos recueillis par Julien Gautier

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