MILAN, 14 août (Reuters) - BNP Paribas BNPP.PA figure
parmi les cinq banques européennes les plus exposées à la
Turquie, dont la brutale accélération de la chute de la devise a
suscité une poussée d'aversion au risque dans le monde entier.
Après avoir touché un plancher sans précédent de 7,24 par
dollar lundi, la livre turque a regagné un peu de terrain après
l'annonce par la banque centrale du pays de mesures de soutien à
la liquidité.
Vers 14h20 GMT mardi, elle se traitait à 6,52 par dollar
TRYTOM=D3 . Mais, malgré ce gain de près de 5,5%, la devise
reste en recul de plus de 40% face au billet vert depuis le
début de l'année.
Les analystes financiers estiment que les cinq banques
européennes les plus exposées au marché turc auraient les moyens
de faire face au pire des scénarios - jugé hautement improbable
à ce stade -, à savoir celui qui les verrait contraintes de
déprécier l'intégralité de leurs activités dans le pays, voire
de le quitter.
Mais, malgré l'accalmie observée mardi, les investisseurs
redoutent une poursuite de la crise de la devise turque, voire
une contagion à d'autres pays émergents, comme le Mexique,
l'Argentine ou encore l'Afrique du Sud, voire à l'Italie, dont
les orientations budgétaires suscitent toujours l'inquiétude.
En termes d'impact potentiel de la crise de la livre turque
sur les fonds propres, la banque espagnole BBVA BBVA.MC est
considérée comme la plus exposée, suivie de l'italienne
UniCredit CRDI.MI , de la néerlandaise ING INGA.AS , de BNP
Paribas et de la britannique HSBC HSBA.L .
Depuis le début du mois d'août, le titre BBVA n'a connu
qu'une seule séance de hausse et elle accuse sur la période une
chute de 14%, contre une baisse de 5,7% de l'indice sectoriel
Stoxx .SX7P sur la période.
UniCredit a plongé de 13,6% depuis le 31 juillet, ING de
10,4%, BNP Paribas a baissé de 7,2% et HSBC de 2,1%.
Voici, dans le détail, l'exposition des cinq banques à la
Turquie :
BBVA
Après avoir augmenté sa participation en février 2017, la
banque espagnole contrôle 49,9% de Garanti GARAN.IS , la
deuxième banque turque en termes d'actifs avec un total de bilan
de 84 milliards de dollars (73,8 milliards d'euros) fin juin.
Garanti, dont la valeur comptable est de 4,4 milliards
d'euros pour BBVA, génère environ 13% des résultats de la
deuxième banque espagnole, selon les calculs de Deutsche Bank,
qui estime que le pire des scénarios en Turquie pourrait amputer
les fonds propres de BBVA de 12%.
Les analystes de JPMorgan Cazeneuve ont dit vendredi avoir
réduit de quelque 6% leurs prévisions de bénéfice par action
pour BBVA en 2019 et 2020 afin de tenir compte d'une poursuite
de la dépréciation de la livre turque et d'une hausse des pertes
sur créances en Turquie du fait du ralentissement de la
croissance du pays.
BBVA s'est dit à l'aise avec sa participation dans Garanti,
ajoutant avoir accumulé beaucoup d'expérience dans la gestion
d'activités dans des pays émergents volatils, évoquant à ce
titre un modèle qui rend chaque filiale entièrement responsable
de ses fonds propres et de la gestion de ses liquidités, une
organisation qui empêche selon elle des transferts de liquidités
de la maison mère aux filiales ou des transferts entre filiales.
Le groupe espagnol a ajouté avoir été prudent dans sa
politique de couverture de changes afin de limiter la volatilité
de ses ratios de fonds propres et d'endiguer tout impact des
effets de changes sur ses résultats.
La banque a ajouté qu'une chute de 10% de la valeur de la
livre turque amputait de deux points de base son ratio de fonds
"core".
UNICREDIT
La première banque italienne détient environ 40% de Yapi
Kredi YKGYO.IS , la quatrième banque turque, via une
coentreprise locale.
L'administrateur délégué d'UniCredit, Jean-Pierre Mustier, a
dit la semaine dernière que la banque valorisait cette
participation à environ 2,5 milliards d'euros dans ses comptes.
Selon les estimations de Berenberg, les financements internes au
groupe se montent à 2,2 milliards d'euros.
Au cours de Bourse actuel de Yapi Kredi, la part d'UniCredit
vaut un peu moins de 800 millions d'euros mais Jean-Pierre
Mustier a exclu toute dépréciation, soulignant que les activités
de cette division se portaient très bien et que la banque
italienne avait déjà pris en compte un effet de change négatif.
JPMorgan Cazeneuve estime que le ratio de capital
d'UniCredit pourrait augmenter de 59 points de base en cas de
dépréciation de cet actif, du fait de la diminution du poids des
actifs pondérés des risques qu'entraînerait une telle décision.
En raison de la situation en Turquie, le courtier a abaissé
sa prévision de bénéfice par action pour UniCredit d'environ 3%
pour les années 2019 et 2020.
UniCredit précise que Yapi Kredi représente environ 2% du
produit net bancaire (PNB) global du groupe et qu'une chute de
10% de la valeur de la livre amputerait de deux points de base à
son ratio de capital "core".
ING
L'établissement financier néerlandais possède en Turquie une
filiale détenue à 100%, ING Turkey.
Deutsche Bank estime que le pire des scénarios dans le pays
se traduirait par une diminution de 4% de la valeur comptable
d'ING, en raison de la perte aussi bien de fonds propres que des
financements internes au groupe.
Du fait de l'exposition d'ING à ces financements internes,
JPMorgan Cazenove estime que le ratio de capital "core" de la
banque pourrait être amputé de 87 points de base en cas de
scénario extrême.
ING n'a pas souhaité répondre à une demande de commentaire.
BNP PARIBAS
La première banque française possède 72% d'Economy Bank of
Turkey (TEB), une des 10 premières banques turques, en partie
via une coentreprise locale.
Selon les analystes de Deutsche Bank, la Turquie contribue à
hauteur de 2,5% au bénéfice imposable de BNP Paribas. Dans le
pire des scénarios, la banque verrait sa valeur comptable nette
diminuer de 1,7%, ajoutent-ils.
La semaine dernière, BNP Paribas a dit avoir une exposition
"très limitée" à la Turquie, le pays ne représentant qu'environ
2% de ses prêts.
Une personne proche du dossier a dit que TEB était financée
par des dépôts et des fonds propres pour l'essentiel turcs, et
souligné qu'il s'agissait d'un établissement bien géré dégageant
des bénéfices solides.
HSBC
Deutsche Bank estime que le groupe britannique, qui dispose
d'une filiale en Turquie, pourrait perdre 400 millions de
dollars, soit 0,3% du total de l'ensemble de ses fonds propres
du groupe, en cas de scénario extrême. Une porte-parole de HSBC
a refusé de donner suite à une demande de commentaire.
(Valentina Za à Milan, Andres Gonzalez Estebaran à Madrid, Inti
Landauro à Paris, Toby Sterling à Amsterdam et Lawrence White à
Londres, Benoit Van Overstraeten pour le service français, édité
par Marc Angrand)
L'exposition des banques européennes à la Turquie
information fournie par Reuters 14/08/2018 à 16:39
| 18,2600 EUR | Sibe | +0,88% | |
| 86,570 EUR | Euronext Paris | +1,99% | |
| 1 208,400 GBX | LSE | +1,05% | |
| 22,680 EUR | Euronext Amsterdam | +0,62% | |
| 338,11 Pts | DJ STOXX | +1,07% | |
| 64,320 EUR | MIL | +0,75% |
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