BEYROUTH, 3 août (Reuters) - Le Liban commémorera vendredi le troisième anniversaire de l'explosion du port de Beyrouth, qui a fait au moins 220 morts, des milliers de blessés et endommagé des quartiers entiers de la ville.
Malgré les dégâts et une enquête, aucun haut responsable n'a été amené à rendre des comptes. Voici un résumé de ce qui s'est passé et de la manière dont l'enquête a été entravée:
L'EXPLOSION
L'explosion aurait été déclenchée par l'incendie d'un entrepôt peu après 16h00 GMT le 4 août 2020, qui a fait exploser des centaines de tonnes de nitrate d'ammonium.
Destinés à l'origine au Mozambique et entreposés à bord d'un navire loué par la Russie, les produits chimiques se trouvaient dans le port depuis 2013, date à laquelle ils ont été déchargés lors d'une escale imprévue.
Personne n'a réclamé la cargaison, empêtrée dans un conflit juridique portant sur des frais impayés.
La quantité qui a explosé représentait un cinquième des 2.754 tonnes déchargées en 2013, a conclu le FBI, ce qui laisse à penser qu'une grande partie de la cargaison a disparu depuis son déchargement.
QUI ÉTAIT AU COURANT DE L'EXISTENCE DES PRODUITS CHIMIQUES ?
De nombreux responsables libanais, dont le président de l'époque, Michel Aoun, et le premier ministre de l'époque, Hassan Diab, étaient au courant de la cargaison.
Human Rights Watch a déclaré dans un rapport datant de 2021 que les hauts responsables de la sécurité et du gouvernement "avaient anticipé la menace (posée par ces produits) (…) et accepté tacitement le risque que des morts se produisent".
UNE ENQUÊTE AU POINT MORT
Le juge Fadi Sawan, nommé par le ministre de la justice pour enquêter sur l'explosion, a inculpé trois anciens ministres et Hassan Diab pour négligence en décembre 2020, avant qu'un tribunal ne le dessaisisse de l'affaire en février 2021, deux ex-ministres - Ali Hassan Khalil et Ghazi Zeitar – s'étant plaints que le juge avait outrepassé ses pouvoirs.
Le successeur de Fadi Sawan, Tarek Bitar, a cherché à interroger des personnalités de haut rang, dont Ali Khalil et Ghazi Zeitar. Tous nient avoir commis des actes répréhensibles.
Au début de l'année 2023, Tarek Bitar a repris son enquête de manière inattendue et a inculpé d'autres responsables, dont Abbas Ibrahim, un haut responsable de la sécurité au moment de l'explosion.
Toutefois, le procureur général du Liban l'a accusé d'avoir outrepassé ses pouvoirs et a ordonné la libération de personnes détenues depuis l'explosion, ce qui a de nouveau mis l'enquête en veilleuse.
LE RÔLE DU HEZBOLLAH
Le Hezbollah, soutenu par l'Iran, a rejeté les accusations selon lesquelles il contrôlait le port ou y stockait des armes, et il a fait campagne contre Tarek Bitar lorsqu'il a cherché à mettre en cause ses alliés.
À L'ÉTRANGER
Les victimes de l'explosion se sont tournées vers les tribunaux étrangers, une partie d'entre elles ayant déposé une plainte aux Etats-Unis contre une société ayant détenu le navire sur lequel le nitrate d'ammonium est arrivé dans le port de Beyrouth.
En juin, un tribunal londonien a accordé près d'un million de dollars de dommages et intérêts aux victimes, une victoire symbolique, car le propriétaire de l'entreprise qui a été condamnée à cette occasion n'est pas connu, ce qui empêche le versement de l'amende.
(Reportage Corentin Chappron)

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